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16/10/2009

Un quart d'heure avec Henry Kissinger

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Henry Kissinger, d'abord, je le voyais nettement plus grand. C'est vrai qu'à force de le présenter comme un géant je m'étais imaginé une stature. Or c'est un petit bonhomme ventripotent qui entre dans le salon du Ritz, palace où il a ses habitudes lorsqu'il passe par Paris. Oui, Kissinger ne se refuse rien, il a donné quelques conférences à un million de dollars et à l'occasion conseille encore nombre de puissants, y compris Obama. Kissinger a été secrétaire d'Etat de deux présidents américains républicains, Nixon et Ford. S'il n'était pas né en Allemagne et naturalisé américain avec ses parents-la famille avait fuit le nazisme après la nuit de cristal-, il aurait eu toutes ses chances d'être élu Président. Il a dû se contenter des affaires étrangères et du prix Nobel de Paix pour ses efforts de paix au Vietnam, ce qui n'est dejà pas si mal, comme disait Mitterrand à propos de Rocard.
Pourtant, évoquez cette rencontre, devant la plupart de vos collègues, on ne vous regardera pas avec envie mais plutôt comme si vous aviez rendez-vous avec Mephisto: On vous parle des bombardements au Cambodge contre le vietcong qui firent enormément de victimes civiles et bien sûr dans les années 70, l'opération Condor, dans laquelle Kissinger est soupçonné d'avoir trempé. Condor est cette opération secrète d'élimination d'opposants de gauche latino-américains dans les pays ou ils s'étaient réfugiés, y compris aux Etats Unis. Kissinger est obligé de limiter ses déplacements à l'étranger car plusieurs ONG essaient de l'envoyer devant la Cour Pénale internationale. Peu de chance qu'ils y arrivent mais dès fois qu'un petit juge ambitieux veuille se faire de la pub en l'envoyant au trou comme Polanski, je vous laisse imaginer...
Donc je rencontre cet homme, digne continuateur de Bismark dans la realpolitik moderne et oracle diplomatique. Je le trouve au Ritz en compagnie d'Hubert Vedrine qui faisait partie des rares personnes dans la confidence. Normal, Vedrine c'est un peu notre Kissinger à nous. Un pro. Pour lui aussi la diplomatie n'est affaire ni de droite ni de gauche, mais de réalités incontournables. Aucun principe aussi noble soit-il, (comme par exemple les droits de l'homme) ne sauraient s'y substituer. C'est ainsi que tout anti-communiste viscéral qu'il soit Kissinger devint un symbole de la détente et de la fameuse méthode des "petits pas" ou "shuttle diplomatie" qui fit beaucoup d'émules avec les progrès de l'aviation. Car Kissinger est tout sauf un néo-con. Il parle beaucoup par "understatement", par litote. Mais tâchons de résumer sa pensée:
Il pense qu'il faut parler avec tout le monde et approuve par exemple la main tendue d'Obama aux iraniens. Ce qui le chagrine ce n'est pas la carotte, mais qu'on ne voit pas le bâton. Autrement dit que les Américains ne paraissent pas crédible dans leurs menaces de rétorsion au cas où les négociations avec Téhéran sur le nucléaire échouaient. Préoccupation qu'il résume ainsi: "Il ne faut jamais que votre interlocuteur sente que vous êtes disposé à accepter finalement ce que vous qualifiez dès le départ d'inacceptable". Et prend ça M. le prix Nobel à crédit!
Deuxième question: l'Afghanistan est-elle un nouveau Vietnam? Peut-être bien puisque Kissinger pense que:
1-Obama n'a pas d'autre choix que d'écouter le commandant qu'il a lui-même nommé sur place, le général Mc Chrystal, et d'envoyer des renforts importants, à defaut de quoi les talibans interpreteraient cette irrésolution comme un signe de faiblesse, et même de défaitisme.
2- Que la victoire militaire n'est rien sans l'appui de l'opinion publique. Au Vietnam nous avions presque gagné, dit-il, mais l'opinion ne soutenaient plus l'effort réclamé. Le Watergate a fini de tout ficher par terre et a précipité la débacle. Cette fois-ci les alliés des Américains ne se bousculent pas non plus pour les appuyer militairement (Sarkozy vient d'annoncer qu'il n'y aurait pas un soldat français de plus)
Conclusion: Obama a toutes les chances de se planter.
Mais Kissinger, c'est aussi un grand conteur. Allez tonton Henry (86 ans) une anecdote pour finir sur la fin du mur de Berlin, il y a 20 ans déjà: "J'étais en Chine, ou je m'entretenais avec Deng Xiaoping. Tout semblait calme, mais Deng m'explique que le bloc communiste en Europe de l'Est est condamné parce que Gorbatchev a fait la glasnost (ouverture démocratique) avant la perestroïka (modernisation économique et sociale), et que les Chinois ne feront jamais la même erreur. Là dessus je m'envole pour Hawaï, ou j'attéris quelques heures plus tard. Et j'apprends que le mur n'existe plus!" Il faut toujours faire très attention à ce que disent les Chinois.

 
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