Avertir le modérateur

01/02/2007

Le candidat retro





Regardez bien cette photo. Rien ne vous choque? Rien ne vous interpelle? Reflechissez bien...
Mais oui, évidement, c'est elle tout simplement: la pipe.
Nous sommes le 1er Fevrier et la loi qui interdit de fumer dans tout lieu public fermé entre en vigueur. Surtout, cela fait bien longtemps que vous n'avez pas vu un homme politique, encore moins un candidat présidentiable, s'exhiber en public une clope au bec, encore moins avec un Havane...Et c'est ce même joour que choisit Bové pour lancer sa candidature. Et José, lui ne cache pas sa pipe. Car José est différent. La pipe est différente. La pipe rassure. Elle ne fait ni pollueur, ni empoisonneur. La pipe est un accessoire apaisant et retro.
Y a-t-il plus qu'une coincidence? Est-il possible que cette pipe fétiche soit là pour nous rappeler le souvenir d'une époque ou on s'enfumait joyeusement dans les arrières salles de bistros entre camarades, en refaisant le monde? La pipe, comme image subliminale d'un temps révolu, celui des R16 et des pattes d'éph. en velours côtelé.

26/01/2007

Jumblatt le téméraire


L'autre soir à l'occasion de la conférence sur la reconstruction du Liban j'avais invité des libanais qui étaient restés à Beyrouth. Les autres étaient trop occupés par les discussions d'alcôve. Il y avait un lieutenant de Michel Aoun et Walid Jumblatt. Un sacré tempérement ce Jumblatt! Et il était spécialement en forme ce soir-là.
Tout le monde ou presque au Liban a été à un moment donné l'allié de la Syrie et/ou du Hezbollah. Y compris Jumblatt dont le père a pourtant été assassiné par les barbouzes d'Assad père. Il était donc facile au représentant d'Aoun de retourner à l'envoyeur l'accusation de traitrise.
Je retiens ceci des propos extrêmement peu diplomatique du leader druze: "J'ai essayé de "libaniser" le Hezbollah mais c'est impossible. Aujourd'hui, nous n'aurons la paix au Liban que si l'on se débarrasse au préalable du régime criminel de Damas." Fichtre. On comprends que Jumblatt hésite à sortir de chez lui ces derniers temps.

PS: Je suis nominé au concours de blogs des journalistes de la "coupe de l'Info" qui se tiendra début février à Courchevel (je sais, j'y vais beaucoup en ce moment...) Vous avez jusqu'au 31 janvier pour voter ici. Vous n'êtes pas obligés de voter pour moi. Il y a plein d'excellents blogs!

22/01/2007

Le réchauffement les laisse froid

medium_13a_widstrand.3.jpg

Je participais ce week-end aux premiers "Ateliers de la terre" consacrés au réchauffement climatique, réunis à Courchevel. Les interventions étaient d'une grande qualité, évitant soigneusement le catastrophisme. Quelques regrets, néanmoins: On n'a pas assez pris en compte le progrès technique et l'innovation. Or, je suis convaincu que l'on ne peut plus poser la problématique de la diminution des émissions de carbone sans se demander comment le progrès technique va nous aider à moins consommer des énergies fossiles, pour nous chauffer ou nous déplacer. C'est la raison pour laquelle la protection de la planète n'est pas au contraire l'ennemie de la croissance.
Par ailleurs, alors que le "suspens Holot" doit prendre fin ce matin, aucun représentant des candidats sollicités n'avait fait le déplacement, mis à part Corrine Lepage.
Cela montre à quel point ce débat essentiel est cruellement absent de la campagne, comme d'ailleurs les autres dossiers internationaux.
PS: La belle photo d'illustration est signée Staffan Widstrand. Elle est tirée d'une exposition photographique en milieu naturel proposée, à Courchevel, jusqu'au 22 avril. Intitulée "les sommets de l'image", elle espère sensibiliser le public sur le thème de la protection de la diversité naturelle menacée par le réchauffement climatique.

18/01/2007

Comme un défaut


C'est sorti comme ça, comme une mauvaise blague mais tellement irresistible... "Le seul défaut de Ségolène Royal, c'est François Hollande". Je m'interroge: Arnaud Montebourg fait-il partie de ces gens capables de (se) tuer pour un bon mot? Ou bien y a-t-il quelque chose que nous ne captons pas bien sur ce couple Royal-Hollande?
Complices ou rivaux?Quel sorte de pacte unit donc ces deux là? Y a-t-il quelque secret quelque part, que nous ne connaissions pas et qui brouille notre réception?
J'avoue ma perplexité.
Je suis en effet frappé par le génie que met Ségolène Royale à malmener son compagnon depuis sa désignation. Humilier serait un mot un peu fort mais j'ai néanmoins hésité à l'employer.
Pendant les voeux à la presse de la candidate, par exemple, François n'eut droit, par exemple, qu'à une petite tape sur le bras. Lorsqu'elle est descendue de la tribune, Ségolène avait d'abord chaleureusement salué Bianco et Chevènement.
Et que dire de l'accueil reservé par elle à la proposition fiscale de Hollande suggérant d'alourdir les impôts des contribuables gagnant plus de 4000€ par mois? Elle est semble-t-il approuvée par une majorité des sympathisants socialistes. Pourtant, Ségolène n'eut de cesse de renvoyer son compagnon à ses chères études, avant de choisir Strauss-Khan comme conseiller économique...
J'entends d'ici votre objection: C'est que, croyez-vous, elle veut tellement éviter le reproche de favoritisme qu'elle en fait peut-être un peu trop en le rabrouant. Sauf que ça ne tient pas la route! Ne nous ont-ils pas montré à quel point ils formaient un couple moderne? Et convaincu qu'aucun des deux ne devait à l'autre sa réussite politique? Il s'agit après tout du premier secretaire du PS! Lequel a joué un rôle essentiel dans la nomination de Royal. En doutez-vous? D'abord, il ne s'est pas présenté lui-même alors que certains l'y poussaient et qu'il pouvait y prétendre. Ensuite, il a tourné le dos à Jospin qui n'attendait qu'un signe de lui pour débarquer. Puis, non content d'avoir ainsi dégagé le terrain, il a refusé de soutenir DSK qui était, dans le camp majoritaire, le plus ancien dans le grade le plus élevé. Pareille "neutralité" avait tout d'un soutien résolu...
Et vous pensez qu'après ça Hollande doit se mettre en congé si sa compagne est élue?
Je ne partage pas du tout l'opinion, un peu vite admise, qui considère comme impossible éthiquement , que la presidente élue nomme Hollande à quelque poste de responsabilité, et qu'il ne lui resterait, pour se consoler, que le rôle de "première dame". Au contraire, je ne vois vraiment pas au nom de quoi il ne pourrait pas être ministre, et même un ministre important du gouvernement. Premier ministre serait peut-être un peu trop "intime", compte tenu de la singularité du couple exécutif, mais si Hollande n'avait pas été le compagnon de Royal, la seule récompense politique envisageable pour le chef du parti ne pouvait être que Matignon.
Or, pour l'instant, jusqu'à ce qu'une "ligne jaune" ne soit franchie par un de ses porte-parole (s'y sentait-il autorisé?), Ségolène Royal s'employait à marginaliser François Hollande.
Ce couple politique représente une énigme qui, à mon avis, ne peut être comprise, à défaut d'être résolue, qu'en empiétant sur l'histoire de leur couple..tout court. Or, c'est un domaine dans lequel aucun journaliste français ne s'estime autorisé à pénétrer. Il y a bien des rumeurs qui circulent ici ou là, que certains qualifieraient volontiers de "délits d'initié", mais jusqu'ici nul ne s'est autorisé à enfreindre la règle. Jusqu'à quand?

13/01/2007

Je te laisse, j'arrive aux voeux...

Incongruité française: les "voeux". Trois semaines de salamalèques et autres courbettes auxquels s'adonnent avec frivolité l'élite du pays. Dès les premiers jours de janvier, le Président ouvre le bal avec les voeux au gouvernement, puis aux parlementaires, corps diplomatique, autres corps constitués, "forces vives" (représentant les "vrais gens") et ainsi de suite par ordre décroissant de prestige. Cela se termine par les voeux à la presse. Les journalistes en dernier, donc, mais tout de même invités à l'Elysée autour d'un buffet très réputé pour sa qualité (Ah! ce tartare de Saint Jacques au vinaigre de réglisse).
En ce qui me concerne, en raison d'un fond de sentiment républicain, je réponds à cette invitation et à celle-là seulement. C'est à cette occasion que je croise des vieux camarades que je ne vois plus qu'une fois par an...
Car, c'est là ou ça devient cocasse, emboitant le pas au Président, tout le monde ou presque l'imite, à commencer par le premier ministre et chacun des ministres, secretaire d'Etat etc ...Et chacun d'organiser "sa" petite sauterie de début d'année. Comme ce sont souvent les mêmes, ou presque, qui sont concernés, tantôt comme invités, tantôt comme invitant, on comprend que leur activité "professionnelle" se trouve particulièrement allégée, disons jusqu'au 20 janvier. Heureusement qu'il y a les télephones mobiles pour rester en contact! Mais il n'est pas rare, en cette période, que votre conversation avec tel ou tel de ces édiles soit brutalement interrompue par un: "Je te laisses, j'arrive aux voeux de machin..." Un ancien ministre que je sollicitais ces jours-ci pour un "entretien de France 24", ou une interview si vous préférez, me fit ainsi répondre qu'il s'excusait car il devait assister au même moment aux voeux de...son préfet de région. Bon sang mais c'est bien sûr! Une fois les voeux terminés à Paris, on attaque les voeux régionaux! A l'heure ou la France se met au régime pour corriger les excès des "fêtes", la classe dirigeante, elle, préfère prendre quelques kilos supplémentaires.
Cette année, toutefois, on a pu croire un moment à l'Elysée que l'on allait rompre avec la tradition du discours policé et assez assomant du début d'année, copié sur celui de l'année précédente. Le président de l'association des journalistes de la presse présidentielle (!) termina son discours de "voeux" par cette question qui était en effet sur toutes les lèvres: "M. le Président, s'il vous plaît, dites-nous si vous serez candidat..." Les voeux allaient-ils enfin servir à quelque chose?...Le Président joua parfaitement le jeu, faisant mine d'être surpris (personne n'est dupe, le discours est communiqué avant la cérémonie), avant de répondre: "Celle-là elle vient de loin...ça mérite que j'y réflechisse..."
Et chacun de se dire, alors, qu'il n'était pas encore temps de mettre tous ses voeux dans le même panier.

10/01/2007

La fin du journalisme?

Je suis invité ce vendredi après-midi à 17H sur France Culture à un débat sur ce thème, dans l'émission "Du Grain à moudre", de Julie Clarini et Brice Couturier, entre 17H et 18H. Je le dois évidement à mon papier du "Monde" sur les blogs. Sachez-le immédiatement je ne crois pas du tout, mais alors pas du tout, à la fin du journalisme. Je ne crois pas non plus que ce soit l'alpha et l'omega, ou un moyen de changer le monde, hélas.
Pour savoir comment capter France Culture dans votre région, allez ici .
Vous pouvez aussi podcaster l'émission ou l'écouter sur son site , qui est bien sûr rafraichi chaque jour en fonction du thème.
On pourra ensuite prolonger la discussion, ici ou ailleurs.
Chouette! je vais refaire de la radio...

La France championne d'Europe des SDF

Nous avons fait récemment un "débat de France 24" pour comparer la façon dont nos voisins traitent les SDF. La conclusion a été vite tirée: Pour des raisons différentes, du Nord au Sud de l'Europe aucun pays d'a sur le pavé autant de sans-abri que la France. Nous n'avons ni la solidarité familiale des pays du sud, ni la politique de logement des pays du nord et continentaux. En Allemagne, il n'y a pratiquement personne dans la rue qui ne l'ai réellement souhaité, parce que les landers ont construit des foyers en nombre suffisant pour les loger. Au Royaume-Uni, pays qui applique sans complexe le capitalisme intégral dans ses aspects les plus durs, Tony Blair a pratiquement fait disparaître le problème, comme le souligne cet article du Figaro. Bref, même si les choses ont semble-t-il commencé a changé sous l'impulsion de Borloo, voici une preuve supplémentaire que le modèle français n'a de social que le nom. Ou, dit autrement, que notre Etat obèse qui doit faire face à des charges exorbitantes ne fait plus son travail. Cela a forcément des conséquences dans le comportement des Français face aux urnes.

06/01/2007

Mon article dans "le Monde"

L'article que vous avez pu découvrir ici a donc été publié hier dans "Le Monde". Bien sûr, il a subi quelques coupes pour rentrer dans l'espace disponible. Voilà une preuve supplémentaire de l'utilité du net: le seul texte fidèle à 100% ne se trouve qu' ici.
Mais je me pose cette question: qui lit les articles jusqu'au bout? J'ai des doutes. Combien de temps passez-vous à lire le journal? Et sur ce blog? Moi qui lit plusieurs journaux par jours, et suis payé pour ça, je finis par ne plus avoir les bon points de repère... En fait il faudrait s'astreindre à publier des résumés au dessus des articles complets, comme dans les revues où les articles font 30 pages...ou des chapeaux. Ah! ces fameux "niveaux de lecture" enseignés par nos maitres de l'Ecole de Journalisme! Cette note est courte. Vous serez certainement nombreux à la lire entièrement. Je n'en dirais pas autant des précédentes...

04/01/2007

journalisme vs web (suite)

J'envoie cette contribution aux pages débats du "Monde", en réponse au point de vue de Jean-Pierre Elkabbach. J'espère q'il sera publié. Je vous en laisse la primeur:

Dans vos colonnes, Jean-Pierre Elkabbach s'inquiète de l'avenir du métier de journaliste à l'ère du web participatif. Il a raison. Mais la solution ne saurait se trouver dans une appellation journalistique contrôlée (par qui?). Le web 2.0 n'est pas une déontologie c'est un outil qui a déjà tout changé. Qu'on le veuille ou non, le temps où une petite élite journalistique décidait de ce qui se dit et ne se dit pas et de qui a le droit de le dire est déjà révolu. Sur le net rien n'est jamais définitif. Tout est soumis à la critique en temps réel. Les citoyens ne veulent plus, par exemple qu'on leur dise qui a ou non les qualités requises pour être candidat aux élections.
L'une des raisons pour lesquelles la France compte un  tel nombre de blogs- et probablement davantage qu'aux Etats-Unis si on le rapporte au nombre d'habitants- s'explique par la déception des citoyens dans les medias "dominants". Les internautes ont parfaitement compris que la concentration capitalistique dans le monde des medias, peut-être nécessaire sur un plan économique, n'a pas favorisé la liberté d'expression. Les journalistes sont encore trop dépendants du monde politique dans leur plan de carrière. Il y a encore beaucoup de sujets qu'il n'est pas recommandé d'aborder si l'on ne veut pas tomber en disgrâce. Voyez le nombre de journalistes reconnus qui ont trouvé refuge dans leur blog. Voyez aussi tous ceux qui estiment qu'il n'y a que sur leur blog qu'ils peuvent dire réellement ce qu'ils pensent. Davantage que d'une "évolution" du journalisme, il s'agit plutôt d'un retour aux sources, avec des moyens artisanaux. Les blogs permettent pour un coût quasi nul de s'adresser à un large public devant lequel notre responsabilité personnelle est engagée.
Sur internet, comme chacun le sait le "pire" côtoie le meilleur. Mais après tout ce n'est pas le privilège des blogs! A terme les réputations, bonnes ou mauvaises, redistribueront les cartes aussi sur internet.
En principe, nous autres journalistes ne publions rien qui n'ait été préalablement vérifié et recoupé. On sait bien qu'en réalité beaucoup d'informations tronquées ou fausses sont diffusées dans les journaux, à la radio ou à la télévision. Pire. Il y a certains sujets sensibles politiquement sur lesquels les medias français n'enquêtent pas, ou pas assez, alors même qu'eux seuls en auraient les moyens. D'une certaine façon, il s'agit d'une nouvelle "trahison des clercs". Il faut parfois aller chercher dans des journaux étrangers des informations sur notre propre vie politique! C'est ce que le public reproche aux journalistes français, en se tournant vers internet ou il a l'impression qu'en tout cas même s'il peut être abusé, on ne lui cache rien. A lui d'apprendre à faire le tri, ou à qui s'adresser pour l'aider à le faire.
Prenons deux exemples "limites" du défi qui est lancé aux journalistes:
Les internautes sont particulièrement friands des théories conspirationnistes sur les événements du 11 septembre  2001. Ces thèses sont particulièrement perverses et difficiles à contester. Aucun journaliste sérieux ne peut les cautionner. Mais exciper de sa qualité et de sa déontologie journalistique ne suffit pas. A terme il faut parier sur l'intelligence et ne pas donner l'impression de vouloir cacher quelque chose.
Deuxième exemple: les images de la pendaison de Saddam Hussein tournées sur un téléphone portable et diffusées sur internet. L'accession du grand public aux nouvelles technologies a rendu caduc le débat déontologique sur les images que l'on peut montrer ou pas. Mieux: ces images, en montrant cette exécution sous son véritable jour, ont dit la vérité et découragé toute tentative d'écrire une version officielle. Mais ces images ne rendent pas superflues une enquête journalistique sur les circonstances de la pendaison, chose qui n'est pas à la portée de n'importe quel blogueur propriétaire d'un téléphone mobile.
Prenons, enfin, l'argument de la gratuité. Il a déjà été utilisé contre la presse gratuite. Elle était censée constituer une concurrence déloyale aux "vrais" journalistes. Or il est prouvé qu'elle a attiré un nouveau lectorat. Certes tout ce qui est de bonne qualité à un coût. Mais c'est aux diffuseurs de rendre solvable la demande d'information. Après tout, il n'est pas nécessaire de payer avant de pouvoir écouter la radio! La publicité est un moyen détourné de faire payer l'élaboration de l'information par le consommateur.
Comme les radios "libres" dans les années 80, le web 2.0 est en train d'obliger  les journalistes à se remettre en question. Et tant mieux.
Il est illusoire de prétendre arrêter ce mouvement, comme il est vain de vouloir stopper la mondialisation économique. Est-ce qu'on arrête le courant avec ses mains? Il vaut mieux apprendre à nager!

01/01/2007

L'Europe, impuissance moraliste

La peine de mort est un châtiment barbare. Je crois bien que j' en ai la conviction à pu près depuis que j'ai l'âge de raisonner. Le spectacle de la pendaison de Saddam Hussein opère à cet égard comme une piqûre de rappel, et donne une occasion d'approfondir cette conviction. Puisque même l'exécution d'un des plus grands tyrans du XXème siècle, responsable de l'assassinat de centaines de milliers et peut-être de millions d'innocents nous soulève le coeur, c'est donc bien que nous avons raison de ne pas y voir un acte de justice, mais plutôt de vengeance.
Sachant que je devrais commenter cet "événement" sur France 24 j'ai d'ailleurs éprouvé du mal à m'endormir vendredi dernier. J'avais l'impression d'être convoqué à une exécution capitale publique. Ce qui fut bien le cas. Je considère pourtant que la décision de diffuser ces images que certains ont trouvé indécente n'est même plus un objet de débat. Sur internet, on peut même visionner la scène tournée jusqu'au bout avec cris et chants de réjouissance. Et puis, je ne crois pas que nous autres journalistes devons nous ériger en autorité morale. Nous devons seulement mettre en garde et éclairer les évènements, pas les occulter ou les édulcorer.
La mort reste pourtant un tabou et j'observe avec satisfaction qu'aucune télévision n'a diffusé la séquence du châtiment jusqu'à son terme.
Il est évidement désolant, tragique au regard de la justice (mais ô combien prévisible!), de voir que Saddam Hussein ne répondra pas de ses crimes les plus graves, ceux dans lesquels certains gouvernements occidentaux ont sur la conscience de lui avoir apporté une forme de soutien...
Il faut bien, aussi, faire cette constation historique: partout ou presque la "mort du tyran" a bien souvent constitué un exutoire. Et quoi qu'il en coûte, que l'exécution de Saddam Hussein ne provoquera sans doute pas l'explosion de violence qu'annoncent déjà certains.
En Irak, ses partisans chercheront à perpétuer la vendetta contre les chiites. Le niveau déjà très élevé de la violence quotidienne ne devrait pas en être très modifié. Une chose s'imposera néanmoins à eux: Ils ne peuvent plus caresser le rêve de le réinstaller au pouvoir. Saddam lui-même, d'ailleurs, croyait très fermement à cette éventualité. Le reportage de Patrice Claude, dans le Monde, nous apprends d'ailleurs qu'il plaisantait avec ses gardiens américains en leur promettant de leur faire visiter son pays, une fois sa couronne retrouvée. Les quelques protestations venant d'autorités religieuses sunnites, ou de mouvements islamistes comme le Hamas palestinien, sont purement formelles et seront vite oubliées. Il faudra se rendre à l'évidence: Bien peu pleureront l'ancien dictateur ou le considéreront comme un martyr dans le monde musulman. Et pour une raison simple: Saddam a surtout massacré des musulmans, de toutes sortes, en ne faisant guère de distinctions dans son délire paranoïaque entre chiites (qu'il situait en compagnie des juifs et des mouches au sommet de sa haine mais n'en avaient pas pour autant le monopole), et les autres.
Dans le pire des cas la guerre civile continuera comme avant et aboutira à une partition. Dans le meilleur, la disparition de Saddam permettra d'associer les anciens baasistes à un processus de réconciliation nationale. En tout cas, quoi que l'on pense de la peine de mort, il nous faut bien admettre que les irakiens ont procédé à un acte de souveraineté "révolutionnaire", comparable aux exécutions de Louis XVI, d'Eichman, ou plus près de nous des Ceausescu. Au fond, seul les bolcheviks ont été plus loin dans l'abjection en faisant disparaître toute la descendance des Romanov.
L'humanité aura beaucoup progressé le jour ou elle s'entendra sur une justice internationale refusant la peine de mort. En attendant, il n'y avait aucune raison de priver les irakiens de ce procès.
C'est pourquoi la réaction officielle de l'Union Européenne est si affligeante. Qu'elle réaffirme son opposition absolue à la peine capitale est naturel, mais guère étonnant et un peu court. Qu'une grande institution politique qui souhaite rayonner se borne à cette seule profession de foi humanitaire et moraliste en dit long sur son impuissance politique.
L'Europe s'est bâtie sur un rêve de paix dans un continent que les guerres avaient saigné. Ce rêve s'est réalisé-à la Yougoslavie près- mais ses frontières s'étendent. Mais faire de cet horizon iréniste le fondement d'une diplomatie est une grave erreur car elle occulte la cruauté du monde. C'est ne pas voir que tous les peuples ne vivent pas la même histoire que nous, en même temps que nous. Que les nations sont égoïstes et pas encore prêtes à s'unir derrière l'étendard "humanitaire" de l'UE ou de l'ONU. Réaffirmer nos valeurs, c'est essentiel et il ne faut surtout pas céder, en ce domaine comme en d'autres, à la tentation du relativisme culturel. Mais le fait que les institutions européennes et la plupart des gouvernements (à l'exception de quelques-uns comme ceux de Merkel et de Blair) ne soient pas allés plus loin dans leur analyse nous condamne à ne construire qu'une Europe isolée et aveugle, un "hymne à la joie"...
Au fond cette réaction synthétise bien l'impuissance de l'UE à être autre chose qu'une immense association de consommateurs charitables. Un super "Que choisir". Voyez Margot Waldström, vice présidente de la commission européenne (et en charge de la communication), qui vient de publier la liste des dix actions les plus importantes de l'Europe en 2006. Qu'a-t-elle placé en tête de liste? La baisse des tarifs de communication sur les téléphones mobiles entre pays de l'union...Tout un programme non?
Bonne année 2007 à tous.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu