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09/06/2007

"Bild" va-t-il secouer la presse française?

La presse française, surtout la presse quotidienne, est souvent ennuyeuse, moutonière, imprécise et pauvre en informations, reportages et enquête "in depth", en profondeur comme disent les anglo-saxons. Elle excèle dans les titres accrocheurs qui trompent sur la marchandise et introduisent des articles vides ou plats. Comme elle est souvent entre les mains de capitalistes ou d'interêts dépendant étroitement de commandes publiques elle est continuellement l'objet de soupçons de connivence ou d(e)'(auto)censure. Deux parfaits exemples viennent d'en être donné très récemment avec la censure, sur intervention d'Arnaud Lagardère, d'un papier du JDD sur l'abstention de Cécilia Sarkozy le 6 mai dernier, et celle, déjouée semble-t-il, de la reprise d'un article hongrois, d'abord paru en France dans Courrier international, traitant d'expulsions musclées d'étrangers illégaux par la police française par le quotidien gratuit Matin Plus (copropriété de Vincent Bolloré et du groupe Le Monde), au motif "qu'on ne peut pas parler ainsi de la police française". Ces affaires déplorables ont fait grand bruit et occasionné des téléscopages amusants bien racontés ici.
Tout ceci, ajouté au tonitruant parachutage à TF1 de Laurent Solly, ancien chef de cabinet de Nicolas Sarkozy, a relancé les craintes d'une main-mise "berlusconienne" de l'Elysée sur les medias. Notre vigie médiatique préférée a donné ici quelques clés qui permettent de comprendre en quoi cette mutation est peut-être en rapport indirect avec les hauts et les bas du couple Sarkozy. Cette histoire a aussi le mérite de montrer qu'un journal a priori indépendant économiquement et politiquement des industriels de l'armement et des amis du chef de l'Etat,  doté d'une rédaction très chatouilleuse sur cette indépendance, prend de telles précautions d'écriture que le lecteur finit par ne plus rien comprendre à ce que l'on essaie de lui dire...sans le lui dire! Bref cela explique aussi que la presse française, même de qualité, ait aussi peu de lecteurs, comparée à beaucoup de nos voisins.
Là, on touche du doigt qu'il n'est pas facile d'analyser les raisons pour lesquelles les journaux français ont autant de mal à dire les choses de manière directe et intelligible par le lecteur déjà objet de nombreuses autres sollicitations dans sa journée de dur labeur.
Je note en effet que des journaux comme Libération ou Le Parisien que l'on ne peut soupçonner de connivence sarkozystes n'ont pas mis beaucoup de zèle à informer sur les facéties politiques de Cecilia Sarkozy. Le Monde non plus d'ailleurs, pas plus que son service politique n'avait interressé ses lecteurs au rôle apparement joué dans la construction de la candidature Royal, l'évolution de "son agenda privé" comme dirait le Monde avec son compagnon François Hollande. Avant que deux de ses journalistes ne nous disent ce qu'elles savaient dans un livre paru au lendemain de l'élection, c'est à dire-à nouveau une drôle de manie française- une fois que tout était joué. Bien. Rien n'est simple en la matière, et j'ai noté que l'hebdomadaire britannique "The Economist", grand redresseur de torts devant l'éternel, dans un article consacré cette semaine aux collusions entre les milieux de la presse, de la télévision et de la politique et des industries d'armement en France, considère que, compte tenu des relations incestueuses entre ces mondes, il est finalement étonnant que "ces conflits d'intérets ne génèrent pas davantage de censure qu'ils ne le font." Dont acte.
Je sens que vous vous impatientez. Mais ou veut-il donc en venir? Et bien à ceci que je finis par penser, comme d'autres, que la presse française a besoin d'un big bang, et que celui-ci ne peut venir que d'actionnaires étrangers dépourvus de toute attache avec le pouvoir politique ou économique français, et seulement motivés par le fait de vendre le plus de journaux possibles pour être rentable. Je vois bien ce que vous pensez: vendre du papier quelle horreur! Il faut être racoleur et mettre des photos de filles à poil comme le font les tabloïds britanniques. Ce risque existe, il ne faut pas se le cacher. Encore que, à côté des faits divers souvent graveleux, les articles politiques souvent très sevères pour le gouvernement en place jouent outre-manche un rôle de contre-pouvoir que n'exercent plus que très rarement les journaux français. Et puis, chacun sa culture et, par exemple, les révélations sur l'homosexualité ou l'infidélité d'un ministre n'emeuvront jamais personne de ce côté-ci de la manche. En revanche les domaines de la vie privé et de la vie publique n'ont plus de frontière aussi étanche qu'on ne le pensait jusqu'ici, comme le montre bien l'histoire de la "Femme fatale".
Or il se trouve que justement on nous annonce l'arrivée d'un tel journal. Je pense bien sûr au projet du groupe allemand Springer de lancer un quotidien populaire et très bon marché en France, sur le modèle du Bild d'Outre-Rhin. Ses promoteurs ne sont pas encore certains de la viabilité du projet, notament que les conditions de sa distribution lui permettront d'atteindre au moins 800000 exemplaires vendus. Il me semble en tout cas que sur le plan rédactionnel il existe en France un réél déficit d'offre que tente de combler, de manière imparfaite, internet.
Ce nouveau journal sera, il faut s'y attendre, très décrié (après le plombier polonais, le journaliste allemand), exploitant un sentiment xénophobe latent en France, il sera méprisé par les biens-pensants, mais j'en attend personnellement beaucoup.

06/06/2007

François Mitterrand réincarné en corbeau


J'étais, d'abord, séduit par le "blog de François Mitterrand". Par sa belle écriture classique, par son réalisme surtout. L'analyse politique était très fine et souvent pertinente. Et puis cette façon de se promener, la dague à la main, dans les allées de la maison socialiste. Cette manière d'assassiner ou simplement de ridiculiser d'un trait tel ou tel courtisan... Tout cela a bel et bien l'air "d'être" du Mitterrand. Et puis ces anecdotes "d'époque" distillées au compte-goutte dont j'ai pu vérifier qu'elles avaient, au moins certaines, une part de vérité. Elles ne pouvaient être connues que d'un très proche de Mitterrand.
Mais voici que depuis quelques jours l'auteur de ce blog mysterieux lui donne un ton que je n'aime guère. Ce n'est plus un "à la manière de" talentueux, mais une sorte de lettre anonyme ouverte. Derrière Mitterrand pointe un corbeau décidé à embarrasser certaines personnes, souvent des journalistes, avec de vieilles histoires. Le sommet de l'inquiétant étant, jusqu'à présent: "Demandez-donc à Jean Michel Apathie ce qu'il a vu, un soir de 1992, dans les toilettes du conseil régional de Haute-Normandie". Fichtre! Le tout répété avec insistance jusqu'à ce que l'interessé, excédé à bon droit, finisse par sortir de son silence. Là, je commence à avoir un peu la nausée. Car voyez-vous, j'ai beau penser que l'autocensure est la maladie la plus sévère qui ronge ma belle profession, je n'entends pas par là que tout ce que voit un journaliste doit être aussitot rapporté et encore moins publié. Apathie affirme qu'il ne se souvient de rien de marquant de cette soirée, mais confirme qu'il était bien à Rouen ce soir là. Il peut aussi avoir de très bonnes raisons de ne pas avoir raconté ce qu'il a vu, ou de vouloir s'en souvenir aujourd'hui. Un journaliste comme tout un chacun a droit au secret, à la confidentialité. Tout ne se dit pas, n'est pas bon à dire. Qui plus est, le lieu en question (les toilettes) suggère qu'il s'agit peut-être de quelque anecdote salace ou au moins intime. Or les journalistes ne sont pas des égoutiers. Certes, il faut parfois chercher là ou personne ne veut mettre les mains, mais nous ne sommes pas là non plus pour exposer le contenu des poubelles. Nous sommes maitres, et heureusement, de nos choix et même, au risque de nous tromper, seuls juges de ce qui est digne ou mérite d'être porté à la connaissance du public. Celà s'appelle la conscience professionnelle, tout simplement.
Le fait est que de plus en plus souvent hélas les journalistes, ou les patrons ou actionnaires de presse s'abritent derrière l'argument de la protection de la vie privée pour censurer des informations en réalités importantes voir essentielles pour mieux comprendre les évènements publics. Mais c'est une autre histoire et j'y renviendrai.

03/06/2007

Législatives à la trappe

Aviez-vous remarqué, il paraît que nous sommes en campagne électorale! Pour élire une assemblée nationale, théoriquement détentrice dans un régime parlementaire-car il en est ainsi sur le papier de la constitution de la Vème république- de la réalité du pouvoir. C'est en gagnant ces élections que le PS de Jospin déposséda Chirac du pouvoir pendant 5 ans.
On le sait bien, tout ceci est très largement à nuancer, compte tenu des pouvoirs considérables du Président de la République. Bon je n'ai pas envie de faire un cours, là, mais seulement de remarquer qu'il faut se pincer, après l'engoument de la Présidentielle, pour réaliser que des élections aussi importantes pour la démocratie ont lieu dans une semaine.
Et dire que c'est Jospin qui inversa le calendrier...Il est en partie responsable de l'évolution actuelle. Nous voici en effet, avec le quinquennat, dans un régime unijambiste qui rappelle la IIème république de Louis Napoléon Bonaparte. Les députés que nous allons élire ne ferons guère qu'un peu de figuration médiatique avant d'enregistrer les projets conçus à l'Elysée. Inquiétante évolution à laquelle il ne pourra être mis fin qu'avec un renforcement considérable des prérogatives du Parlement et la suppression du droit de dissolution.
En attendant une forte abstention est à prévoir ces deux prochains dimanches.

30/05/2007

Eva et les corrompus


Entretien avec Eva Joly à France 24. C'est la deuxième fois que je la rencontre. Elle me demande quelle est ma spécialité. "J'en ai eu plusieurs, lui dis-je, mais l'une d'elle était un peu la même que la votre." Et je lui conte les déboires d' "Argent Public". Ça l'interesse mais elle avait autre chose à faire, à l'époque, que regarder la télévision. J'ai de l'admiration pour son parcours, ses combats contre la corruption. Mais je sens chez elle une abscence totale de sentiments. Je relève une phrase du chapitre de son livre ("La force qui nous manque" Ed.Les Arènes), où elle évoque de manière froide et directe sa séparation, puis le suicide de son mari: "Je gardais le chat, il ne m'aimait pas lui non plus ."
Il fallait certainement cette raideur scandinave pour faire face aux monstres sacrés de la politique, passés par son cabinet d'instruction et qui se pensaient invulnérables. Dans le livre ("un petit traité d'énergie et d'orgeuil féminin") , elle les croque plutôt drôlement: Léotard, " le poête", lisant Saint John Perse en lui tournant le dos et la laissant avec ses avocats. Tapie, "le comédien" qui refuse de s'habiller lorsque les flics viennent le chercher en criant au fascisme. Etc.. On se demande si la dame a déjà été impressionnée par qui que ce soit. Ou quoi que ce soit.
Menacée physiquement (un haut magistrat et ange gardien-sans doute s'agit-il de Guy Canivet- lui conseilla un jour de "ne pas trop s'approcher des fenêtres."), Eva Joly a pourtant quitté la France, temporairement dit-elle, pour "ne laisser à personne l'occasion de se venger." Elle travaille aujourd'hui pour le gouvernement Norvégien et un réseau international anti-corruption. Pourtant, elle dit toujours "nous" en parlant de la France et des Français. Quand je m'en étonne elle me rappelle à l'ordre: "Je suis française!". Sans doute avais-je tendance à l'oublier tant elle semble venir d'une autre planète. Mais la France est faite de plusieurs métaux. Je suis hérissé, par exemple, lorsqu'elle attribue la corruption, et plus encore l'indifférence ou plutôt l'irrésolution des français face au phénomène à leur tempérament latin, à leur goût ou leur indulgence pour les fastes "méditerranéens". Je ne crois pas cela, même si, comme elle, je suis convaincu que la corruption des élites est beaucoup plus répandue qu'on ne le pense dans notre beau pays.
Il faut lire son analyse de la corruption en Afrique pour se convaincre que le sujet mériterait que les électeurs qui se disent sensibles aux problèmes du developpement se montrent un peu plus conséquents, par exemple en évitant de réélire des hommes politiques condamnés pour corruption...Quand la France donne un euro à l'Afrique, dit-elle, elle en récupère, ou plutôt les corrompus en récupèrent deux en argent sale...Sans lutte déterminée contre la corruption, pas de combat contre la pauvreté. Mais les juges ne se battent pas à armes égales, à cause de paradis fiscaux.
Avant de commencer l'interview elle me décrit un système assez répandu, selon elle, de blanchiment d'argent sale. M. X, un homme politique qui déclare un patrimoine modeste et des revenus en rapport avec ses traitements dispose d'une importante somme d'argent issue de pots de vins sur un compte à l'étranger. Il ne peut évidement utiliser lui-même cette somme pour, disons, acheter un grand appartement à Paris. Que fait-il? Il a des amis fidèles, ou des obligés avec lesquels il a nourri des relations de confiance durant sa carrière. Fidèles et riches. Il va donc demander à l'un d'eux, M. Y, d'acheter en son nom cet appartement et en contrepartie il déposera le montant correspondant à l'achat sur le compte bancaire de leur ami dans un paradis fiscal...Il dira ensuite que cet ami cher l'heberge gracieusement. L'amitié vaut tous les trésors dit-on.

22/05/2007

Qui connait M.Dosière?


Connaissez vous René Dosière? C'est un député socialiste de l'Aisne (departement que 8 Français sur 10 sont infichus de localiser sur une carte), ci-devant vice-président de l'Assemblée Nationale, tout de même. M. Dosière est physiquement du genre très "passe-muraille" et ne fait pas grand chose pour se faire remarquer. Je veux dire qu'il ne court pas les plateaux de télé, parce que à côté de ça, on a quand même beaucoup parlé de ce député élu pour la première fois en 1988 depuis qu'il s'est toqué de contrôler le budget de l'Elysée et qu'il a révélé à cette occasion que Chirac l'avait multiplié par cinq. En réalité les dépenses du château (n')ont été multipliées (que) par trois, en tenant compte de la réforme du budget de la Présidence mettant fin à certaines pratiques (pas toutes) consistant à faire supporter par des ministères des frais occasionés par l'Elysée.
M.Dosière n'a pas lâché Jacques Chirac, même en sa fin de mandat, en s'étonnant-et cela n'a guère été beaucoup relevé-qu'il ait pu déclarer, en quittant l'Elysée, un patrimoine moins important qu'en y entrant.
Jacques Chirac, outre qu'il sous estime toujours ridiculement la valeur de son chateau correzien de Bity (500000 euros), aurait donc été un des rares Français a avoir perdu de l'argent en Bourse et dans l'immobilier pendant l'exercice de son mandat. Pas de quoi se vanter surtout quand on a justement présidé aux destinées de la France pendant ces années. Mais surtout, comme le note justement M. Dosière, alors que toutes ses dépenses étaient prises en charges, qu'il était nourri, blanchi et logé gratis, (et que l'on sait qu'il s'est fait payer un certain nombre de voyages d'agrément...) comment expliquer qu'il réussi à dépenser la somme rondelète de 2 millions et demi d'euros qu'il a touchée (net d'impôt et de cotisations) au titre de son salaire de Président ajouté de ses pensions de retraite perçues durant ces 12 ans?
Merci M. Dosière. Vous auriez fait un excellent invité d' "Argent Public", une bien belle émission que s'honnora d'avoir inaugurée le service public mais qui fut supprimée par un Président de France Télévision un peu trop sensible aux pressions. Cela ne fit rien d'ailleurs pour accroître sa longévité, comme quoi il y a une justice.
Mais voici maintenant le meilleur: Croyez-vous que son parti, le Parti Socialiste (j'oubliais de le mentioner) ait félicité ce glorieux député? Bien au contraire, il vient de lui refuser son investiture aux législatives, lui préférant un candidat "de la diversité" paraît-il aussi très méritant. Place aux jeunes direz-vous peut-être. Il est vrai que M. Dosière a déjà exercé trois mandats. Voire. On sera fixé bientôt. René Dosière, politiquement proche de DSK considérant qu'il y avait "un problème de leadership au PS" (bien vu!) a derechef décidé de se présenter quand même, sans étiquette. Sur sa gueule. Dans l'Aisne, tout le monde connait M. Dosière. Vous aussi maintenant.

17/05/2007

Sarkozy, la droite française et la Résistance

Le premier geste de Nicolas Sarkozy fut donc d' honorer la Résistance française, et spécialement la mémoire de Guy Môquet, fils d'un député communiste, communiste lui-même, arrêté à 16 ans et assassiné à 17 ans et demi. Encore eut-il convenu de rappeller qu'il fut "éxécuté", sommairement sur ordre de Vichy, comme "otage", afin d'apaiser la colère de l'occupant de peur qu'elle ne s'exerce sur des "honnêtes gens", des "Français innocents", comme dirait Raymond Barre. Pucheu, ministre de l'intérieur de Vichy désigna donc 27 prisonniers, la plupart communistes ou Juifs. Môquet avait été arrêté en 40 pour une distribution de tract illégale... Guy Môquet, ancien élève, comme moi, du lycée Carnot à Paris, a toujours figuré dans mon Panthéon personnel. Vous savez, "si j'avais eu 16 ans en 40..." J'aimerais reproduire ici la dernière lettre de cet enfant-martyr de la Résistance:

"Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré
mon petit papa aimé"

"Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi.

Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !

J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour.

A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée. Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans 1/2, ma vie a été courte !
Je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous.

Je vais mourir avec Tintin, Michels.

Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine. Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant.

Courage !
Votre Guy qui vous aime


Dernières pensées : "Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"


Note :

(Jean, Roger et Rino, sont des « frères » de combat militant.

Tintin  désigne Jean-Pierre Timbaud . Michels, c'est Charles Michels. Ces deux hommes seront exécutés aussi le 22 octobre 1941)


L'exemple de Guy Môquet est en effet tout a fait édifiant pour les jeunes Français d'aujourd'hui. Au delà de l'hommage, la volonté de Sarkozy de renouer avec le souvenir de la Résistance, avec laquelle ses prédécesseurs se trouvaient plutôt mal à l'aise est tout à fait remarquable. De Gaulle n'avait rien à prouver et laissait ses compagnons entretenir le culte, pendant qu'il récupérait les "meilleurs éléments" fourvoyés sous Vichy, comme Papon. Pompidou qui n'avait pas résisté, honteux d'avoir été "planqué" était plus que discret sur la question. Giscard fit de Papon son ministre et supprima le 8 mai férié. Mitterrand qui parvint pratiquement jusqu'au bout à faire oublier sa Francisque et son amitié, jusqu'au bout avec Bousquet, considérait cette histoire comme un ferment de division entre les Français. Les choses, comme on le sait n'étaient pas toujours blanches ou noires. Sauf pour Guy Môquet et ses "frères". Chirac,  fit beaucoup pour la réparation morale envers les victimes de Vichy, particulièrement les Juifs, mais pour une raison curieuse ne vouait aucun culte à la Resistance. On sent au contraire Sarkozy porté, hanté presque, par cette épopée. Celà s'explique assez bien par une forme de culpabilité qu'ont ressenti toutes les générations qui comme lui, comme moi, n'ont eu à éprouver ni l'occupation, ni la guerre d'Algérie. A ses débuts, avant d'être aimanté par la vitalité politique de Chirac il était chabaniste. Cette réappropriation républicaine de la Résistance est permise par le temps et le changement de génération. On sent aussi que Sarkozy est tenté de se servir de cette flamme pour mettre un terme à "la repentance, cette forme de la haine de soi". Pour l'opposer aussi à la "révolution bourgeoise" des enfants gâtés de 68. Opposer Guy Moquet à Cohn Bendit serait pourtant dérisoire et brutal. L'histoire de France est un tout. Aucun épisode ne peut-être "liquidé". Même s'il est légitime de vouloir en corriger certains effets pervers, il faut aussi savoir en reconnaitre les bienfaits. Pour tout le monde. Ainsi, comme l'a remarqué Jacques Delors, "la nouvelle société" de Chaban, les réformes libérales de cette époque, n'auraient jamais vu le jour sans le mouvement déclenché en mai 68 dans les universités, mais aussi dans les usines.

15/05/2007

Débuts tonitruants

Plein, plein de choses que vous voyez commentées sur le net depuis la victoire de Sarkozy, et sur lesquelles je n'ai pas ajouté mon grain de sel, surtout par manque de temps: Le yacht de Bolloré, assez vulgaire et déplacé. Une erreur politique qui en a déçu plus d'un. Au moins mon toubib qui a voté pour lui. Ça se tassera, mais on pouvait imaginer meilleur début. Mes amis corses doivent se bidonner en se disant que chez eux, dans le très discret et classieux domaine de Murtoli par exemple, Sarko eut été bien plus peinard. La Corse c'est bien sûr la tranquilité, le luxe et en prime la classe. A bon entendeur...Parlant de rapport au luxe, Raphaëlle Baqué et Ariane Chemin, deux journalistes du Monde révèlent, elles que Ségolène Royal voyage en première classe dans le TGV (ce qui est son droit), mais qu'elle traverse plusieurs wagon pour sortir d'une voiture de seconde classe devant les caméras. C'est plus hypocrite.
Ensuite, l'affaire de l'abstention de Cecilia révélée par Rue89 et censurée par le JDD de M.Lagardère. Plus besoin d'intervention ni de pression. Le petit frère veille. Et propose à la place une photo officielle, vous l'avez tous vue, un baiser officiel, le soir de la victoire à la une de Match. Que l'on veuille être discret sur les diffultés du premier couple de France parce qu'après tout ils ont droit à une vie privée, d'accord. Mais ça, cela s'appelle de la desinformation.
Kouchner au quai d'Orsay? Quel coup extraordinaire ce serait! Sarkozy et lui sont en phase sur la diplomatie, le droit d'ingérence, la Tchétchenie, le rééquilibrage atlantiste etc..Ce n'est donc pas incohérent. Kouchner peut aussi légitimement en avoir marre, à 67 ans et avec son parcours, d'être constament rabaissé par ses camarades. L'option Vedrine évoquée au même moment fait aussi ouverture en diable. Toutefois, nommer l'inventeur du concept "d'hyperpuissance américiane" serait tout aussi chic mais enverrait un signal radicalement opposé, allant dans le sens de la continuité. Espérons que, cela durera plus que Serban Schreiber, ministre des réformes pendant 14 jours au début du septennat de Giscard. De toute façon Sarkozy ne prend aucun risque, et cela lui permet d'esperer plumer encore un peu les volailles centristes et socialistes aux législatives. Et pourtant, une opposition forte ne ferait de mal à personne, pas même à Sarkozy me semble-t-il. En tout cas c'est la panique, on recycle à la va-vite le "pacte présidentiel" en se déchirant déjà. Ça sent la raclée.
Sarkozy tient parole. Il agit cash. Même pas les petits mystères habituels sur la nomination du premier ministre. Fillon est déjà sur la photo.
Le redécoupage des ministères, les grands corps qui grimpent au mur, ça c'est de la rupture! Peut-être les premiers jalons d'une réforme de l'Etat qui n'a que trop attendu... Mais la suppression du ministère de la culture serait une erreur dont la droite se mordrait les doigts...
Et avec ça, Sarkozy n'est pas encore Président!

07/05/2007

Oui, vraiment, tout est possible

La droite se reveille gâtée, avec une victoire, un leader et une promesse de reforme du "modèle français". Tout ce que la gauche a été, à nouveau, incapable de proposer. Elle va sans doute, cette fois-ci, tâcher de s'y employer enfin sérieusement, se disant que toute forme de tergiversation est interdite après ce troisième échec consécutif à l'élection présidentielle. Mais ce sera encore plus difficile qu'hier, avec la rénovation entreprise par Nicolas Sarkozy et largement approuvée par une nette majorité de Français.
Si Sarkozy fait de la droite française ce que Blair a fait de la gauche anglaise, les socialistes français risquent de vivre le calvaire des conservateurs britaniques , c'est à dire une longue purge d'opposition. S'il se comporte en émule de Berlusconi ultralibéral, faisant pression à tout bout de champ sur les medias ou la justice (ce sont personnellement je doute), la gauche a toutes ses chances dans cinq ans, à condition de s'appuyer sur le centre.
Le score de Ségolène Royal permet toutes les interprétations. Ce n'est pas une humiliation, mais c'est néanmoins une nette défaite. Dans le système français tel qu'il est fait, et surtout avec un PS en miettes, il represente une légitimité populaire dont ne dispose aucun des éléphants. Mais il laisse Ségolène Royal seule ou presque, depourvue d'un appareil à sa disposition. C'est pourquoi il y a un effet trompe l'oeil dans la situation créée hier soir.
Sarkozy, lui, (comme avant lui Blair) a montré que pour gagner il fallait d'abord disposer d'un parti puissant et discipliné derrière la ligne politique qu'on lui propose. Il ne reste plus à Royal, pour l'imiter que deux options: conquérir le PS ou créer son propre mouvement politique "participatif". La première est hautement improbable et la seconde aggraverait encore les difficultés de la gauche.
Les semaines qui viennent risquent d'être extrêmement pénibles pour le PS qui peut aussi bien être tenté par une nouvelle radicalisation du discours (Fabius Emmanuelli), ne serait-ce que pour mieux se démarquer d'un Sarkozy jouant l'ouverture (Avec, anticipe-t-on, Besson, Allègre, Lauvergeon au gouvernement histoire de plumer un peu plus le PS aux législatives...). Ce serait la solution de facilité mais qui fuirait à nouveau les réalités. La ligne "social-démocrate" sera plus difficile à tenir car elle supposera d'adopter une certaine neutralité si Sarkozy et son gouvernement (qui devrait être conduit par le gaulliste "social", Fillon) propose des mesures qui vont dans le sens de la réforme et de la justice sociale.
L'histoire retiendra, enfin, le gâchis d'une gauche qui, malgré une bonne candidate, pour avoir échoué dans sa modernisation programatique, a laissé passer une victoire qui était à portée de main.

04/05/2007

Elle et lui vont dans un débat

J'ai attendu les premières enquêtes d'opinion avant de "poster" sur le débat. Il faut croire qu'il aura finalement plutôt profité à Sarkozy. J'avoue humblement avoir eu l'impression inverse. Elle m'a bien sûr parue figée dans un programme économique archaïque et flou, ce que Sarkozy lui a aisément fait remarquer avec des arguments de bon sens. Mais j'ai trouvé Sarkozy mal à l'aise dans la seconde partie et fuyant systématiquement le regard de son adversaire pour chercher la complicité des "arbitres" PPDA et Chabot. Je pensais que l'aisance de Ségolène Royal, sa combativité, et pour dire les choses son éclat, son allure extraordinaire, le fait qu'elle l'ait mis "dans les cordes" à une ou deux reprises, que tout ceci ferait peut-être chanceler quelques hésitants, même sans pour autant inverser la tendance. C'est apparement le contraire qui s'est produit, puisque les enquêtes réalisées au lendemain du débat montrent que Sarkozy creuse encore l'écart, autour de 54%. J'ai pris des paris autour de 52% et je continue de croire que le résultat sera plus serré qu'on ne le pense...On verra dimanche soir!
Tout ceci montre à quel point les effets de ce genre de débat, avec plus de 20 millions de téléspectateurs sont difficiles à prévoir. Il faudrait d'ailleurs songer à en organiser plusieurs, deux ou trois comme en Allemagne ou aux Etats-Unis, ne serait-ce que pour en consacrer un entièrement aux questions internationales, au lieu de les évoquer à la va vite à 23 heures...Je suis aussi très étonné que cet unique confrontation ait été programmée si tard, par rapport à l'éléction. A supposer que le challenger (Royal) ait marqué des points, il eut fallu bien davantage que deux jours de campagne pour que cet avantage soit exploité par son camp (le spin) et métabolisé par l'opinion, à travers les sondages. Au fond, tactiquement chacun des deux a assez bien joué. Mais le calme affiché par Sarko a sans doute rassuré davantage ceux qui redoutaient son tempérament. Au lendemain du 6 mai les socialistes devront enfin admettre qu'ils sont peut-être passés à côté d'une victoire promise en raison d'une pensée qui a trop tardé à se moderniser. Le comble c'est que dans le débat celui des deux qui a le plus évoqué les modèles socio-democrates d'Europe du Nord, c'est Sarkozy!
PS: Quand je souligne l'archaïsme du programme économique de Royal, je ne sous-entend pas que celui de Sarkozy est parfait. L'exonération des droits de succession, par exemple, me paraît être l'archétype d'une mesure sandaleusement injuste. Les promesses de baisse d'impôt sont démagogiques. Mais l'ensemble est moins malthusien et mise sur une stratégie de l'offre pour relancer la croissance et augmenter le pouvoir d'achat autrement que par la distribution d'argent public.

26/04/2007

Aperçu, à travers mes amis de 30 ans, de ce qui pourrait se passer le 6 mai.

Avalanche de mails sur ma messagerie ces dernières heures. Vif débat entre mes amis de trente ans (ou presque). Pas encore Ségolâtres ni Sarkomaniaques, mais leur choix est fait et m'aide à comprendre ce qui se passe en France, à partir de ce petit échantillon. Au fond, ils ne sont convaincus, mes amis, ni par la compétence de Royal, ni pas la sérénité de Sarkozy. Ils ont des craintes sur leur présidentialité, mais les refoulent. Ils se ressemblent par leur niveau d'étude, de vie, leurs goûts culturels, enfin évidement il y a des différences, mais nous faisons partie du même monde, la classe moyenne supérieure. Beaucoup d'entre eux ont longtemps voté pour la gauche, certains le regrettent aujourd'hui tout en gardant au fond d'eux-mêmes le rêve de pouvoir un jour voter à nouveau pour un(e) candidat(e) de gauche moderne. Mais pour l'instant ce sera Sarkozy. Pourquoi? Parce que, en gros, ils font partie d'une France qui travaille beaucoup, exposée à la concurrence. Ils n'ont pas toujours le sentiment que leurs efforts sont récompensés à leur juste mesure, tandis qu'une partie de plus en plus importante de leurs revenus est ponctionnée, non pas pour alléger la souffrance des plus faibles, ce qu'ils pourraient accepter, mais pour maintenir dans l'assistance une partie de plus en plus grande du pays que l'on a renoncé à faire revenir dans l'activité (jeunes, seniors, chomeurs en reconversion etc...) Ceux-là sont des démocrates, sensibles aux alarmes tirées, comme l'a dit hier Bayrou, sur "le goût de l'intimidation" de Sarkozy, ses pressions sur les juges, les syndicats, tous ceux qui se mettent en travers de sa route. Mais, "l'économie stupide", pour eux il est plus important de remettre la France au travail, de faire preuve d'autorité contre la délinquance, de recadrer un certain nombre de "fondamentaux" d'une vie en société, au lieu de se laisser aller à son déclin. Ajoutés aux électeurs de droite convaincus, ils vont sans doute donner une confortable majorité à Sarkozy. En face, qui voteront pour Ségolène, on a soit des salariés un  peu moins aisés pour lesquels la ponction fiscale est moins perceptible sur leur train de vie, soit des gens moins exposés à la concurrence, plus "bobos" ou plus "ludiques", dont la situation materielle est mieux assise et qui ne craignent pas les lendemains. Pour ceux-là, les considérations sur l'usage démocratique, sur le vivre ensemble, le souhait d'un style de leadership plus cool, plus maternel, peut s'exprimer davantage. Les arguments sur le poids excessif de l'Etat ont moins de prise sur eux parce qu'ils sont moins touchés ou se sentent moins concernés par le déclin français.
C'est évidement à la frontière de ces deux profils, frontière assez floue forcément, que va se jouer le deuxième tour, mais je crois que la dramatisation ou la diabolisation de Sarkozy ne déplacera pas les lignes de cette classe moyenne qui s'est au moins temporairement détournée de la gauche.
Ce qui est sûr c'est que mes amis resteront mes amis...

 
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