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28/08/2007

Et bien, rentrons, maintenant

Je ne fais pas partie des "workoholics" qui aiment la rentrée et l'attendent avec impatience. Pour moi, elle signifie surtout que l'été (même pourri) touche à sa fin et ça me fiche le spleen.
C'est le moment, dans ces derniers jours d'août qui sont comme un sas, de reprendre contact, d'atterrir. En vacances, je ne lis plus les journaux comme autrefois, mais seulement des livres. Ma collection attendait donc. Comme à chaque fois ce qui me frappe le plus ce sont ceux qui sont partis. Une véritable hécatombe, cet été: Antonioni, Bergman, Serrault, Lustiger, Barre, Amouroux...Si on n'y prend garde, on peut, deux ans après, demander dans un dîner des nouvelles de tel ou tel defunt en s'étonnant qu'il ne tourne plus beaucoup ou qu'on ne l'entende plus dans les medias! Pour un journaliste, ça "marque" mal.
Et puis, aussi, la sortie du livre de Yasmina Reza, "L'aube, le soir ou la nuit" (quel titre!) qui a suivi le candidat Sarkozy presque 24 heures sur 24 pendant presque un an. Histoire d'une fascination. Quel coup d'image extraordinaire! On y apprend, si j'en crois les gazettes, que Mme Reza et M. Sarkozy éprouvent un commun mépris pour les journalistes qui ne "comprennent" rien. Il y a en effet beaucoup de sots dans cette profession, mais la généralisation est évidement injuste. On ne peut en effet imaginer plus anti-journalistique que cette démarche purement artistique, esthétique même. Mais pourquoi pas? J'y reviendrai, quand je l'aurais lu.
Comme près d'un million de Français, dont notre président, j'ai passé mes vacances-la plus grande partie en tout cas- aux Etats-Unis. On entendait parler français partout, y compris dans le coin le plus reculé de l'Arizona! Curieux pays en tout cas, où, en une heure d'avion on quitte les "rednecks" puritains, obèses et conservateurs de l'Utah pour les californiens body-buildés qui militent pour l'"empeachment" de Bush. Pays du service, où l'on se met parfois à deux pour vous vendre un sandwich et vous l'emballer, où l'on sent l'activité bouillonnante à chaque coin de rue, mais où vous pouvez croiser un SDF handicapé dormant sur une plage au pied de son fauteuil. Bref, avec tous ses excès, l'exact contraire de notre société d'assistance. Il ne saurait s'agir d'imiter les américains. Mais, ne pourrait-on, au moins, s'inspirer de leur conviction dans le fait que le travail est la source de tout, y compris de la dignité humaine? Cette conception va très loin, trop loin. Les Américains, surtout les républicains, sont persuadés que si l'Etat aide  les gens qui en ont besoin, il y a trop de risque que d'autres imaginent des stratégies oïsives pour profiter du système, et que cela tire toute la société vers le bas, aux dépens des bosseurs. Il y a du vrai là dedans. Pas plus tard que deux jours après mon retour, je me trouvais au bord d'une plage (française) avec quelqu'un qui se flattait de toucher le Rmi qu'il cumulait avec un juteux travail au noir. Un sport national.
Je vois aussi que l'omerta sur la "rupture" introuvable de Sarkozy commence à se briser. Certains de ses amis, anonymement pour l'instant, commencent à s'impatienter, à regretter la timidité des premières réformes. Surtout, avec la crise immobilière aux Etats-Unis, plus personne ne croit que la croissance sera au dessus de 2%, et alors ce sera la cata. La lecture des pages économiques-très pessimistes-des journaux tranche de plus en plus nettement avec celle des pages politiques qui épargnent encore Sarko et en sont restées au recit glamoureux du couple élyséen, de ses vacances de "milliardaire". C'est la France!
Moi, ça ne me choque pas que Sarko profite de ses amis riches, pourvu qu'il tienne ses promesses. Or, pour l'instant, on voit surtout un changement de style. Un forme de parler-vrai, de lucidité bienvenue. On sent une volonté de reveiller le pays, mais encore peu de prise de risque et trop de soucis de la popularité. Le retour aux réalités sera violent et c'est pour bientôt.

19/07/2007

Et si on (re) parlait de la rupture?

Avant de prendre congé pour quelques semaines d'évasion bien méritées, voici quelques réflexions qui seront encore valables, je crois, à la rentrée et sur lesquelles on pourra méditer.

Notre nouveau président que l'on dit hyperactif, hyperprésident, semble avoir remis la rupture à plus tard. A quand on ne sait pas, mais c'est bien dommage. Car, que l'on ait ou non voté pour lui, que l'on soit de gauche ou de droite, force est de constater que notre pays en a pourtant réellement besoin. Il n'y a qu'à voir la réforme avortée des universités pour s'en convaincre. Il n'y aura aucune amélioration réelle de l'état misérable des performances de l'Université française sans introduction de la sélection, le plus tôt possible, et d'une augmentation des droits d'inscription, accompagnés bien sûr d'un effort d'orientation, d'aide aux étudiants issus de milieux modestes et bien sûr d'aides publiques, c'est un tout. Cela fait 20 ans que tout le monde ou presque le sait et que les gouvernements successifs reculent, manquant singulièrement de courage.
Pas davantage à l'horizon de réforme du marché du travail.
Quand à la politique de cadeaux fiscaux à quelques ultra-privilégiés elle ne fait que dégrader encore nos comptes (au grand désolement de nos partenaires dans l'Euroland qui doivent supporter notre inconséquence, et le font, pour l'instant, car ils se disent que la France n'a malgré tout guère mieux à proposer que Sarkozy). Cette politique n'a pas la moindre chance de  relancer l'économie tant elle concerne peu de monde. La France n'est pas les Etats-Unis des années 80. Un de mes amis,faisant partie des salariés les mieux payés de ce pays, me disait récemment qu'il avait bien tout vérifié: il n'était pas concerné par le bouclier fiscal. Une grande partie de ceux qui le sont et seraient en situation de revenir en France ne le font pas, de peur d'être l'objet d'un contrôle fiscal.
Bref, dans quelques mois, selon un grand économiste (qui a voté Sarkozy), on aura droit à un tour de vis, ce sera "la Rigueur". Encore du temps perdu en communication.
 La loi sur les mineurs multirécidivistes? Le service minimum dans les transport? Attendons d'en voir les effets concrets. Et dire que certains s'offusquent qu'il puisse être étendu à l'Education Nationale! C'est à dire que les parents puissent aller travailler pendant que les profs font grève! Lamentable non?
De Berlin à Bruxelles. D'Eads jusqu'aux infirmières bulgares, en passant par le Tour de France ou il communia dans sa passion du vélo, Sarkozy veut être partout mais donne l'impression de ne pas parvenir à se concentrer sur un sujet à la fois pour le traiter à fond. Ses discours paraissent avoir été écrits pendant la campagne électorale. Henri Guéno, la plume qui l'inspire et même le guide, inquiète par sa passion jacobine dont on avait plus eu de tel échantillon depuis 30 ans au moins. On dirait du Chevènement millésime 70! A l'Elysée la guerre des conseilliers couve. Il y aura bientôt du sang sur les murs. Mais pour l'instant c'est l'été, les Français, saouls de politique pendant les six derniers mois, ne pensent plus qu'aux vancances. Sarko aussi s'y prépare ou il se concentrera sur son "seul soucis": Cécilia.
Son seul réel succès est tactique: l'ouverture politique qui a attiré à lui certains des plus beaux esprits, des plus grands coeurs de la gauche réaliste. Cette opération illustre d'ailleurs à mon avis l'obsession actuelle du Président: amender une image délabrée dans la partie la plus jeune de l'opinion, dans les banlieues ou il ne peut mettre les pieds. A ceux-là, il semble vouloir dire: "pourquoi ne m'aimez-vous pas? Voyez comme je ne suis pas sectaire, comme je veux travailler avec les meilleurs. Le Karcher, c'est le passé, faisons table rase. Je ne suis pas un méchant de droite, mais le président de tous les Français." Je comprends que Sarkozy ait été bléssé, atteint par une diabolisation stupide et mensongère. Mais il n'a pas à intérioriser à ce point cette impopularité qui est loin d'être générale.
Dernier succès en date dans le "débauchage": Strauss Khan, qui accepte de passer du statut  de présidentiable à celui de haut fonctionnaire international à la tête du FMI. Bon salaire et frais de representation élevés, mais influence politique quasi nulle, sachez-le. DSK ne sera, à Washington, guère plus que le fondé de pouvoir des grands pays industrialisés. Personne ne croira en tout cas que Sarkozy n'est pour rien dans sa désignation, comme tente de s'en convaincrent les socialistes.
Pour qualifier le PS, justement, on hésite à parler d'état comateux, ce qui semble correspondre à sa situation, car de temps en temps quelques responsables de Solférino en sortent pour tenir des propos confus, incohérents. Dans ces rares moments de semi-conscience ils font pitié. Pronostic réservé donc. Beaucoup de repos nécessaire, mais l'évolution ne semble pas devoir aller dans le sens souhaité par ceux qui attendent une gauche moderne. Il y a bien Manuel Valls qui n'a pas peur de dire qu'il faut larguer le mot "socialiste" pour inventer une gauche sociale. Mais c'est un des seuls. beaucoup paraissent tentés par une nouvelle surrenchère gaucho-populiste. Un certain nombre sont  encore assomés, et se taisent.
Pourtant beaucoup de gens ont mal. Particulièrement au travail. Voyez les suicides dans l'industrie automobile. Tiens, Sarkozy n'est pas encore allé chez Peugeot. Ça ne saurait tarder.
Tout cela vous parait trop rapide? Vous pensez que la France peut encore attendre? Disons que l'on peut se donner jusqu'à septembre. Mais beaucoup de Français auront du mal à saisir la cohérence. Pourtant Sarkozy pouvait, peut encore se permettre beaucoup de choses. Pourvu qu'il ne laisse pas filer l'occasion...
Bonnes vacances!

06/07/2007

Boutin, le maillon faible du gouvernement

Voici une pépite dénichée par l'équipe de l'excellent Pro-choix (Caroline Fourest et Fiametta Venner). Dois-je ajouter aussi à la complicité involontaire de Karl Zéro qui, l'air de ne pas y toucher, a fait de ce thème l'un de ses fonds de commerce de sa web tv.
Christine Boutin y affirme tranquillement, en réponse à une question d'un "citoyen" déjà parfaitement convaincu, qu'il est "possible" que Bush soit "à l'origine" des attentats du 11 septembre. Le plus "dingue"-pardonnez-moi- est la raison pour laquelle cela lui parait vraissemblable: Parce que, dit-elle, les sites conspirationnistes qui répandent ces âneries (c'est moi qui qualifie), sont parmi les plus consultés, et qu'en somme la vox populi d'internet, abusivement comparée à un réferendum démocratique, ne saurait se tromper... jugez en vous même, en visionnant la video. Cliquez ici. (si quelqu'un sait comment mettre des videos directement sur ce blog qu'il me dise comment on fait!)
Christine Boutin n'était encore que conseillère du futur président, lorsqu'elle tient ces propos. Vous avez constaté que "reopen 911" en a fait aussitôt un clip de propagande, en cherchant à mouiller Sarkozy. Pensez! Quelle aubaine d'avoir recruté un membre du nouveau gouvernement français!...Sarko a interet à trouver une explication avant son prochain voyage aux states...Quand à la dame, connue jusqu'ici pour ses positions archi-conservatrices en matière de moeurs et sa dévotion pour les moindres faits et gestes du pape, cela lui vaudra de devenir une icône impromptue de la toile.
Dernière chose: Dans la "grande presse", cette gaffe (espérons qu'il ne s'agit que de cela) n'a pas l'air d'interesser grand monde. Or, je vous le demande, Qu y a-t-il de moins excusable? Tenir ces propos dans une interview filmée ou se laisser aller à dire qu'Unetelle est une "salope" dans une conversation privée surprise par un videaste?

02/07/2007

Terrorisme: La vérité d'un repenti, et quand Blair se décide lui aussi à parler vrai

Fichu anticyclone des Açores! Par sa traitrise, je me suis laissé enfermer pendant un long week-end arrosé à Birmingham, avec tout le loisir de lire la (copieuse) presse de fin de semaine. Pendant ce temps là, à Londres et à Edimbourg une cellule alqaidesque tentait de semer à nouveau la terreur. On ne doit qu'à son amateurisme qu'un nouveau bain de sang n'ait encore une fois endeuillé le Royaume Uni.
A côté des récits détaillés sur la façon dont le drame a été évité de justesse, je tombe sur une supplique d'un terroriste repenti, Hassan Butt, ancien membre du groupe djihadiste Al Mouhajiroun. Son article est intitulé: "J'implore mes coréligionnaires musulmans de renoncer au terrorisme!" Il est bon d'en citer les premières phrases: "Je me souviens de nos éclats de rire collectifs lorsque nous entendions des commentaires de gens à la télévision affirmant que la seule raison des actes de terreur islamiste tels que ceux du 11/09/2001, les attentats de Madrid, ou ceux du 7 juillet (2005), était la politique étrangère des pays occidentaux. En tenant le gouvernement (britannique) pour responsable de nos actions, ceux qui parlaient des "bombes de Blair" se chargeaient de faire notre propre propagande. De surcroît, ils faisaient en sorte que soit écartée toute tentative d'examen critique des motivations réelles de notre violence: la théologie islamique."
Face à de tels propos, certains seront bien tentés de qualifier l'ancien activiste repenti de traitre à la solde de l'occident, ce dont il se défend avec énergie (Voir aussi le récent éditorial de The Economist sur cette problématique, cette névrose, intitulé "Traitres ou martyrs, le malaise arabe"); ils n'escamoterons plus cette évidence: La question de la justification et de la conduite de la guerre en Irak se pose toujours et est digne d'être débattue dans le débat démocratique, mais elle n'est nullement le facteur explicatif du terrorisme islamique. En vertu du même raisonnement j'ajouterais qu'il en est exactement de même pour la cause palestinienne. Ces évènements sont certes encore traumatisants pour l'opinion arabe et musulmane. Pour autant, si, subitement, les forces étrangères quittaient l'Irak et si, demain, les territoires occupés étaient évacués et qu' un Etat palestinien y était proclamé, celà n'arrêterait pas les djihadistes dont la seule motivation est de mener ce qu'ils croient être une guerre de civilisation contre l'occident.
Comme par enchantement, à la veille de son départ de Downing Street, Tony Blair décidait de mettre fin à un discours lénifiant et politiquement correct qu'il avait affectionné tout au long de son règne comme premier ministre. Interrogé pour un documentaire diffusé au lendemain de la passation de pouvoirs, il s'en prend pour la première fois vertement à "l'absurdité des islamistes" qui ont nourri un ressentiment erroné contre la société britannique en laissant croire que les musulmans y étaient opprimés, alors que, comme le note justement Tony ils y jouissent probablement de plus liberté de culte et d'opinion que dans n'importe quel autre pays du monde, y compris la plupart de pays musulmans...Et Blair de souligner, comme Hassan Butt, que son pays risque de perdre la guerre contre le terrorisme du seul fait que le courant central de la société (mainstream society) est incapable d'apprécier la nature exacte de la menace.
Après avoir beaucoup louvoyé et tenté d'apaiser les courants musulmans les plus indulgents envers les attentats-suicide, et même fait appel pour les besoins de sa communication politique aux talents de Tarik Ramadan, Blair, redevenu un citoyen comme les autres, se décide enfin à tenir un language de vérité à l'opinion musulmane. Si celle-ci comprend qu'il y va de son salut de ne pas le rejeter en bloc, alors la mission de Tony Blair comme émissaire du quartet au Proche-Orient s'en trouvera facilitée. C'est un pari risqué, mais qui mérite d'être tenté.

25/06/2007

Kouchner: Darfour, je positive!


Il n'y a pas qu'en Europe, en Afrique, et, de façon spectaculaire dans la relation transatlantique, la France est de retour. Face au Soudan, que Washington accuse de faire partie de "l'axe du mal", Paris est désormais résolument aux côtés des Etats-Unis pour "agir" et "agir vite" au Darfour. Que cela plaise ou non au régime en place. Le messianisme des " French Doctors" et celui de la droite religieuse américaine, comme deux doigts de la même main. Sur le plateau de France 24, ce soir, un porte parole du quai d'Orsay a même estimé que l'option "changement de régime", bien que n'étant pas l'objectif de la France, pouvait s'avérer comme ultime recours en cas d'entêtement du président soudanais Al Bashir. On sent que le patron a changé! Ici pas d'embrouille sur d'imaginaires "armes de destruction massive". Il s'agit d'intervention humanitaire, de droits de l'homme, de démocratie. De mettre un terme à la pire crise de l'époque, quoi qu'en disent certains.
Cette rencontre de Paris se voulait un coup de semonce aux soudanais. Une menace voilée. Comme l'enthousiasme de Sarkozy, son hyper activité sont facilement communicative, Kouchner s'est laissé allé à dire que "l'horizon s'était éclairci". Voire. On a surtout vu que les Chinois ne voulaient rien entendre. Au nom de leurs intérets, ils persistent à vouloir dissuader les autres membres du conseil de sécurité de prononcer des sanctions contre Khartoum. Ils jouent un peu le même jeu que Chirac avec Saddam. On n'en mesure que davantage l'évolution française.
Curieusement cette attitude de Pékin ne laissera peut-être un jour pas d'autre choix que l'intervention militaire, sous peine de passer pour des velléitaires. Alors on verra si la France va au bout de l'aventure au nom de ses principes, car il faudra qu'elle donne le change, fournisse des troupes. Mais on a vu avec quelle difficulté elle avait rassemblé quelques centaines de casques bleus pour le Liban.
En attendant on bombe le torse, on rameute, on bouscule le prudent Ban Ki Moon. On prend des photos, on communique. Bref, on positive!

22/06/2007

L'effet Bild (suite). La preuve par les Echos

Un bon actionnaire de presse est-il un actionnaire étranger? Pour corroborer ma dernière note au sujet du projet de Bild allemand (qui semble d'ailleurs assez mal barré), voyez la guerre des journalistes gauchistes des Echos contre les appétits de Bernard Arnault et pour conserver un actionnaire majoritaire, le britannique Pearson, qui a garanti leur indépendance rédactionnelle pendant 18 ans! Ceci est bien expliqué par Vncent de Féligonde, president de la société des journalistes du quotidien économique, dans cette vidéo de Marianne.info
Rappelons que Arnault est déjà propriétaire de "la Tribune", journal qui, pendant la campagne, tronqua un sondage sur la crédibilité du programme économique de Nicolas Sarkozy trop défavorable à l'actuel président.

19/06/2007

Haro sur l'ouverture!



Stupeur! Fureur et tremblements au PS. Ils sont scandalisés, indignés, révulsés. Mais comment a-t-il pu leur faire ça, le nouveau demi d'ouverture de l'équipe de France. Débaucher Bockel, et Amara! Et eux, les "traitres"? Quelle indécence, quelle immoralité!
Pourtant, je crois bien que l'on entendit pas de tels cris d'orfraie, à droite, lorsque Michel Rocard fit lui aussi l'ouverture (Stirn, Soisson, Durafour...). D'accord, Sarkozy fait encore plus fort. Il a non seulement le nombre mais aussi la qualité. C'est vrai, que les combats de Fadela pour l'égalité et la laïcité, c'est autre chose que l'eau tiède de Jean Marc Ayrault...Bon passons. Sous Mitterrand, souvenons nous, c'était Tapie qui était ministre de la ville. Du point de vue moral ça se posait là. Mais, que voulez-vous, Mitterrand lui avait tous les droits. Il était la gauche. Et quand on est la gauche, même si l'on perd les élections, on est quand même toujours en droit de dire ou est le Bien...
On commence à comprendre l'impatience de ces transfuges . Que dis-je? Leur désespoir de voir un jour la gauche devenir enfin pragmatique, d'arrêter de se payer de mots et de postures. Ok Fabius a piégé Borlo qui n'avait pas compris que dans "TVA sociale" il y avait "sociale". Infoutu de l'expliquer et pour cette raison mis à la porte de Bercy, non pas avec un bonnet d'âne, mais avec une augmentation! Cela s'appelle la politique....
Mais, même si cela a fait élire 60 députés de plus est-ce vraiment si brillant, alors que tout le monde sait qu'il est irresponsable de continuer à faire peser sur les seuls salariés et sur leurs employeurs (qui n'ont pas tous des golden parachutes) le poids de la protection sociale? Et Fabius, avec ça, est (re)devenu en un instant le héros du PS! La reconnaissance du ventre, direz-vous. Mais avec ce type de comportement le PS ne nous prépare rien qui vaille...
Bockel, était à lui tout seul le courant blairiste au PS. Sa motion n'obtint que 1% au dernier congrès. 1% pour un courant qui a fait ses preuves en dix ans de gouvernement outre-manche et va survivre à son créateur, non sans avoir rénové en profondeur la gauche! Mais le blairisme, au PS, même pour DSK (en tout cas dans ses propos publics) c'est déjà la droite. On l'écoutait à peine, Bockel, monsieur 1%, tant on le considérait déjà comme un étranger à la famille de "gôche". Et maintenant voilà qu'on le traite de traitre comme s'il avait vendu du beurre aux boches. Passé à l'ennemi avec son 1%, et ses convictions si peu partagées. A la fin on se lasse d'être tant méprisé. Mendès reveilles-toi ils sont devenus fous!
Que disait-il pourtant de si infâme, le maire de Mulhouse? Simplement que le petit peuple avait besoin de sécurité, qu'il fallait se montrer "dur avec le crime et avec les causes du crime". Et qu'il était temps de songer à produire avant de penser à redistribuer, de se préoccuper aussi du financement de la protection sociale, bref qu'il était temps qu'advienne "une gauche nouvelle (...) Une gauche capable de rompre avec le tout Etat, avec la culture de la dépense et de la redistribution irresponsable."
Au fond, on comprend qu'ils flippent les socialistes de voir peut-être, (je dis peut-être car je suis un sceptique professionnel mais je crois aussi à ceux qui osent qui transgressent les conformismes) la France se moderniser sans eux, pendant qu'ils en seront encore à s'entretuer.
Enfin, j'allais oublier, nous aurons la seule équipe présente à la coupe de monde de Rugby entrainée par un ministre. L'ouverture, il connait. Super chicos. Et si on perd, Sarko remanie?

17/06/2007

Leçon d'humilité

Il n'y a pas d'autre mot, c'est une leçon, puisque la claque c'est uniquement Juppé qui la prend. Mais elle rebondit forcément sur le front du Président qui en avait fait son seul ministre d'Etat. Il n'y a pas de vague bleue et c'est sans doute mieux pour tout le monde.
La cacophonie sur la TVA sociale explique en partie ce reveil. Il est vrai que la mesure n'est pas facile à expliquer. Vrai aussi qu'il vaut mieux la mettre en place à prélèvement fiscaux constants. Lorsque l'on réduit par ailleurs la recette de 20 ou 30 milliards, tous les soupçons sont permis, y compris que la hausse de la TVA serve en partie à financer les réductions d'impôt pour les plus favorisés. La mesure mérite pourtant mieux que cela.
Autres leçons: Royal avec son coup de fil à Bayrou a rendu service aux socialistes. Deux lignes vont s'affronter, la sienne et celle de Fabius qui a certes joué un joli coup en mettant habilement le thème de la TVA sociale sur le tapis dès le soir du premier tour. Borloo n'avait pas l'air très sur de son affaire.
Reste "la" nouvelle qui parasite tout: l'officialisation de la séparation du couple Hollande Royal. Le people débarquant dans une soirée électorale, c'était du jamais vu...

16/06/2007

Sarkozy au G8, internet et télés, deux conceptions moyennes de l'information

Non, Sarkozy n'était pas "bourré" au G8, puisque, notoirement, il ne consomme jamais une goutte d'alcool, ce qui,soit dit en passant, est une autre sorte de "french paradox".
Néanmoins, lorsque l'on revoit les images de la dite prestation, il est évident que le Président français n'est pas dans son état habituel. Il est même méconnaissable. Quelque chose d'intriguant, que le spectateur ou le téléspectateur ne peut qu'imaginer, semble indiquer qu'il s'est produit quelque évènement en coulisse qui a influé sur le comportement de Sarkozy. Ou alors n'est-ce peut-être que la fatigue, une indigestion, ou seulement l'immense contentement, le plaisir d'être là, enfin et pour la première fois, ce qui, autant qu' une surdose d'alcool peut en effet déclencher un état euphorique.
Toujours est-il que cet épisode- devenu pendant une bonne semaine l'évènement internet dont les images ont été vues plus d'un miilion et demi de fois- illustre ce qui a changé: Préference sur la toile pour ce qui est "interessant" plutôt que pour ce qui est "important", selon une notion anglosaxone séparant l'actualité en deux catégories. Mais aussi, grande réactivité et curiosité des internautes tranchant avec une certaine apathie des medias audiovisuels traditionnels. Enfin, le plus grave, absence totale de soucis d'exactitude de l'information et confusion du "vrai" avec le "vraissemblable". Revenons en détail sur la séquence:
Premier temps: Ces images diffusées en direct par plusieurs chaines d'information apparaissent embarrassantes pour le Président qui n'y est pas à son mieux. Mais aussi pour le journaliste qui ne sait ce qu'elles signifient. Le plus simple, normalement, serait de demander des explications à l'interessé ou, à défaut à quelque porte-parole. Mais nul ne se soucie de celà, et faute de pouvoir les expliquer, les images ne sont pas "éditées", c'est à dire sorties de leur contexte pour être présentées dans leur curiosité au télespectateurs. "Sarkozy à l'air bizarre" n'est pas une information suffisament importante pour que les journalistes la creusent davantage, pas plus qu'il n'avaient d'ailleurs montré de l'ardeur au sujet de l'abstention de Cécilia Sarkozy, fait beaucoup plus important en soi et aussi plus facilement vérifiable qu'un supposé état éthylique. Mauvais exemple: le journaliste de la télévision belge qui dut ensuite présenter ses excuses, pour avoir conclu trop rapidement.
Deuxième temps: Plusieurs internautes mettent la video en ligne sur You-tube et Dailymotion. Elles sont dupliquées, remixées, publiées sur des centaines de blogs. C'est vrai qu'en les revoyant on note que Sarkozy est quand même dans un drôle d'état et que sa tenue n'est pas très "présidentielle". L'ennui c'est que les internautes font à leur tour un acte d'édition et titrent, sans en avoir ni le moindre doute, ni le moindre indice: Sarkozy "saoûl" (ou "bourré") au G8. Compte tenu de l'effet multiplicateur d'internet et du nombre de plus en plus grand de gens qui utilisent ce moyen pour s'informer, la rumeur se répand que Sarkozy était bourré (drunk, borracho etc...) pour sa première participation au G8, et que les télés françaises ont soigneusement voulu escamoter "l'affaire". Les journaux se mettent alors à publier des brèves au sujet d'une video mise en ligne sur internet et qui laisse supposer que etc..et qu'un journaliste de la télévision belge qui avait laissé entendre que a du présenter ses excuses..Des journalistes encartés se décident, enfin, à solliciter une réaction de l'Elysée qui, superbement, déclare qu'il n'y a pas à commenter "une mauvaise plaisanterie"...belge qui plus est.
Fin de l'histoire? Pas tout à fait, car nombre d'internautes, prompt à imaginer les pires complots et convaincus par nombre d'évènements de la servilité des medias français traditionnels envers le pouvoir continueront de penser qu'on a voulu leur cacher quelque chose. L'ennui c'est qu'avec une telle absence de curiosité des "JT" et une aussi mauvaise communication présidentielle, beaucoup seront tentés de continuer à (mal) s'informer sur internet, et qu'on ne pourra vraiment les en blâmer.

11/06/2007

Infortunes de la diversité et explication de la vague sarkozyste

Elles on toutes les deux un sourire "ultra brite". Craquant. Elles sont belles et intelligentes. L'une est ministre, et non des moindres, a été porte-parole de Sarkozy et évoque son mentor vingt cinq fois à la minute. L'autre est donnée secretaire d'Etat (sans doute auprès de Kouchner) après les législatives, parle de la politique avec les mots d'une enfant découvrant un monde merveilleux et encore inaccessible il y a quelques mois ("les politiques, c'était mes héros"). Elles sont sympathiques et méritantes et representent toutes les deux (doublement car ce sont des femmes) la diversité que souhaite heureusement promouvoir le nouveau Président. Mais voilà ni Rachida Dati, ni Rama Yade n'étaient candidates aux législatives. Bien sûr c'est leur droit, mais pourquoi? Peut-on dénoncer inlassablement le fait que l'Assemblée représente aussi mal les origines des Français et, lorsque l'occasion se présente d'affronter dans d'aussi bonnes conditions le suffrage populaire, laisser ce soin à d'autres, moins connus et moins bien soutenus? Réfléchissons à cela. Ces deux sémillantes representantes de la nouvelle époque étaient présentes, hier, sur les plateaux de télévision. C'est donc qu'en haut on estime qu'elles sont dignes d'être des porte-paroles médiatiques. Elles sont télégéniques mais prendraient trop de risques à se présenter dans une circonscription où leur implantation ne serait pas assez ancienne? La diversité ne serait pas un  aussi grand avantage que cela sur le terrain? C'est possible si l'on voit la mésaventure de Malek Boutih, qui n'est pas un novice, à Angoulème. Eliminé, battu sèchement par une candidate qu'avaient choisie les militants socialistes locaux. Donc parachuté au nom de la diversité. Boutih était pourtant considéré comme "un-proche-de-Ségolène-Royal. Rien à faire. Vous direz que c'est plus son parachute que sa gueule d'arabe qui l'a fait battre. Voire. Prenez la première circonscription de l'Aisne, dont j'ai déjà parlé ici. Les militants avaient choisi Fawaz Karimet, un militant du cru, au détriment du vieux routier Dausière, député sortant. C'est lui qui s'est imposé, là aussi largement.
Il faudra étudier de près les résultats des autres candidats "de la diversité" pour voir si la physionomie de la future Assemblée sera (un peu) changée et en tirer des conclusions. Comme par exemple celle-ci, sans doute un peu hative: Pour s'imposer localement avoir une tête ou des origines quelque peu métèques est un plus grand handicap que trainer des casseroles judiciaires. Voyez Mellick, Bédier et même Carignon qui fait mieux à Grenoble que Richard Cazenave...Inquiétant non?
S'agissant du résultat national, il me semble que l'on a trop peu souligné le fait que la vague bleue s'explique davantage par le laminage du FN que par réel un effondrement de la gauche. Avec un FN à 5%, plus question de triangulaires, la droite républicaine domine et s'impose (très) largement. Une époque s'achève ou la gauche gagnait uniquement en profitant d'une extrême droite hypertophiée, et même parfois en favorisant cyniquement son essor. Sarkozy a réussi a remettre le lepénisme en place, c'est à dire plus ou moins sur  son socle d'extrême-droite. Ce serait génant si, pour ce faire, il n'avait pas poussé certains de ses proches, d'origine étrangère à concourrir. Je ne sais pas, je me pose la question.
De ce point de vue les exortations des personnalités de gauche à "rectifier le tir" au second tour était assez pathétiques hier soir. D'abord parce que les électeurs ont jugé sur pièces, en l'occurrence sur une gauche sans leader, sans programme cohérent et en plus écartelée. Ensuite parce que la gauche est, grosso modo, au niveau de l'élection présidentielle. Ce qui a changé c'est que la baisse du FN s'accentue, qu'une partie des électeurs de Bayrou est rentrée au bercail séduite par l'ouverture, et que le (petit) reste a voté pour le MoDem (quel nom horrible!). La bipolarisation logique découlant des institutions reprend ses droits. Bayrou a perdu son pari. L'ironie est qu'il sera un des seuls rescapés de sa stratégie suicidaire.
Il y a place en France pour une gauche modernisée de fond en comble (ne disons plus sociale democrate, même ce modèle est dépassé) pesant entre 35% (défaite) et 42% (victoire).  A condition qu'elle réussisse ce qu'a su faire Sarkozy à droite: Une modernisation de son  programme et son unité derrière un chef charismatique.

 
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