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18/04/2008

Césaire, un héritage

Je crois que ce qui me frappe le plus chez Césaire, c'est que, comme Senghor, il a illustré qu'un homme pouvait adhéré aux valeurs universelles des lumières sans que cela signifie le renoncement à ses racines et à son identité "nègre". C'est un beau message.
Pour une courte bio du poète martiniquais cliquez  ici

17/04/2008

Sarko n'a plus rien dans son chapeau

Ayant de temps en temps la dent dure envers la gauche française, je crois juste de dire la consternation qui me traverse de part en part au vu de cette première année de "Sarkozie". Ce n'est pas tant le bling-bling, ni le "pauvre con" symptomatique d'une difficulté, comme l'a bien résumé Fabius à se gouverner soit même. Tout cela, j'aurais pu l'accepter, le mettre sur le compte d'une recherche de "contemporainité". Je ne veux pas non plus m'en prendre à Sarkozy personnellement. Trop facile. Non, ce qui m'inquiète c'est que je pensais que nous avions touché le fond avec Chirac et que je commence à me demander si ce n'est pas pire avec Sarkozy. Là aussi, croyez-moi, je pense que la situation du pays est si grave que j'espère vraiment me tromper.
Car au fond, un an après et alors que la France s'apprête à prendre les rennes de l'UE, je ne sais toujours pas ou Sarko veut nous mener. Il y a, en effet un programme de réformes sans précédent mis sur les rails, mais on ne voit ni la direction, ni surtout la cohérence.
Souvenez-vous: Acte un: Le Président s'avance comme le champion du pouvoir d'achat. Il dillapide 40 milliards et se retrouve à sec. Bien sûr, beaucoup de français ont des problèmes de fins de mois, surtout avec la hausse de l'énergie et de l'agroalimentaire. Mais la consommation continue de se tenir à peu près et surtout peut-on distribuer plus quand on produit moins? Mais surtout, à quoi servait-il de faire une telle campagne si au bout du compte c'était pour ronger un des rares leviers de l'Etat, à savoir les allocations familiales? Comment croire Fillon lorsqu'il affirme qu'il est hors de question de faire une politique de rigueur en période de basse croissance, car cela ne ferait, en effet, qu'aggraver les effets de la crise, lorsque dans le même temps on prend la responsabilité de diminuer les ressources des familles? Comme l'a bien expliqué l'économiste du CNAM Michel Godet (qui avait pourtant il n'y a pas si longtemps encore l'oreille du président), chaque enfant grève de 10 à 20% le revenu d'un ménage. Ce qui veut dire que le revenu des familles nombreuses est davantage consommé et contribue au soutient l'activité économique. Sans compter que la démographie française reste l'un de nos derniers atouts en Europe.
Bien sûr, l'Etat doit faire des économies- c'est même la clé-mais pour reprendre une expression en vogue au gouvernement, n'y a-t-il pas à la fois inélégance et lâcheté à faire payer les familles plutôt que de s'attaquer aux dépenses improductives de l'Etat? Evidement cela peut sembler moins risqué politiquement que de défier les syndicats de la fonction publique...
De surcroit, le festival de couacs auquel a encore donné lieu cette affaire- bien raconté ici-  renforce l'impression que cette équipe gouvernementale n'est pas "tenue" et n'a pas de feuille de route précise. Enfin, tous ces sujets ne sont-ils pas discutés en conseil des ministres, en interministeriel? C'est proprement hallucinant.
Sarko a joué les durs devant ses ministres en promettant la porte aux mauvais élèves. Pour ne pas perdre toute crédibilité, peut-être devra-t-il passer à l'acte et si cela ne suffit pas virer Fillon. Le Premier Ministre est là pour servir de fusible. Mais sans doute pourrait-il-avant de sacrifier un Premier Ministre compétent et sérieux- se demander si son équipe dispose d'une idée claire de sa ligne politique. Sur ce sujet, comme sur les OGM (souvenez-vous des engagements du Grenelle), ou même sur la politique étrangère, on y comprend que pouic...Car au bout du compte, si d'ici 4 ans et quelques premiers ministres on en est encore là, c'est Sarko qui en fera les frais!
Prenons l'attitude envers la Chine. Vous avez compris, vous, quelle position voulait adopter la France envers Pékin sur la question des JO? Un jour on veut leur vendre des centrales nucléaires et on fait des grandes déclarations d'amitiés en mettant un mouchoir sur les droits de l'homme au Tibet ou ailleurs, le lendemain on évoque un éventuel boycott de la cérémonie d'ouverture, "si les choses n'évoluent pas favorablement". Total, les Chinois sont furieux, spécialement contre la France arrogante et sournoise et ont l'impression, excusez-moi, qu'elle se fout de leurs gueules, alors qu'ils ont l'habitude que les Anglais ou les Allemands les cherchent sur les libertés démocratiques, mais avec moins de bruit de grosse caisse. A l'arrivée, on perd sur tous les tableaux.
Je crois qu'il ne reste plus qu'une seule chose à faire pour corriger ces débuts calamiteux: Se décider enfin à pratiquer un peu de parler vrai, faire la pédagogie de la réforme et surtout agir plus vite en se souciant un peu moins de l'opinion à court terme et en cessant de penser que l'électeur peut être abusé par des tours de passe-passe aussi grotesques. Bref que Sarkozy arrête de se prendre pour Mandrake, sinon il va finir comme Garcimore.

16/04/2008

Leçons transalpines

Parlons un peu politique. Dans quelques jours sortira un livre très attendu signé Manuel Valls (avec Claude Askolovitch, copinage), intitulé "Pour en finir avec le vieux socialisme". Le très stimulant et prometteur député-maire d'Evry aurait pu aussi bien supprimer l'adjectif...
Dans le débat de France 24 lundi, j'ai animé un face à face entre Antonio Tajani, co-fondateur de Forza Italia et Franco Bassanini du Parti Démocrate, ancien ministre et membre de la commission Attali. Tous les deux revendiquaient leur proximité intellectuelle avec le programme économique de Sarkozy! On pourrait dire que Bassanini est proche de ce que Sarkozy avait promis de faire et Tajani de ce qu'il fait. Reste qu'aucun des deux ne fait l'apologie des dépenses publiques. Au contraire ils se prononcent l'un comme l'autre pour une politique de l'offre, des baisses d'impôts et un désendettement de l'Etat. Bassanini, comme d'ailleurs Weltroni, refuse de présenter le PD comme "la gauche", mais seulement comme "le centre-gauche". Certes la gauche du PS français ne manquera pas de faire remarquer à l'aile droite (Royal, Delanoë etValls) que la rupture du centre et de la gauche, en Italie, a été synonyme de défaite. Ce qu'Eric Dupin remarque aussi ici.
C'est oublier un autre facteur bien plus important que les programmes: Le "Storytelling", (Voir l'essai passionnant de Christian Salmon à la Découverte), c'est à dire la capacité d'un candidat à créer de l'émotion à partir de ses idées politiques, à mettre en marche l' imaginaire de l'électeur, sa capacité de représentation symbolique, un système de valeurs auquel il aura envie d'adhérer. Bref de faire rêver, comme on disait jadis de ce côté des Alpes. Sur ce plan Berlusconi, avec toutes ses casseroles, l'a emporté haut la main.
Reste que l'idéologie socialiste-la tendance pro-chinoise à la Melenchon- jadis très forte en Italie a été complètement laminée lors de ces législatives.
Nous avons eu en France cette gauche, la deuxième, la rocardienne. Elle a réussi intellectuellement mais échoué politiquement parce qu'elle n'a pas voulu ajouter à son réalisme une dimension subjective, affective y voyant- notamment son chef de file Rocard- une trahison, la manifestation d'une inepte démagogie.
La gauche convertie aux réalités économiques, acceptant de porter elle aussi les valeurs individualistes et refusant la diabolisation du liberalisme, devra bien un jour se rendre à l'évidence: Elle n'a plus le monopole du soucis social. Elle pourra alors poser son encombrant bagage socialiste.

11/04/2008

retour à Olympie


Confronté aux manifestations de Londres et Paris qui ont donné au parcours de la flamme olympique (transportée dans un bus!) un air de farce, le CIO s'est enfin décidé à réagir, quoique sur un mode très modéré, pour rappeler la Chine à ses engagements. C'était déjà trop pour Pékin qui a répliqué de manière cinglante en rappelant aux gardiens du temple les principes édictés par eux même, à savoir le pseudo "apolitisme" de la charte olympique. Un comble.
L'Olympisme moderne est dans une impasse totale, coincé entre nécessités économiques et contraintes politiques, dont il ne sortira que par un retour aux sources.
On peut d'ailleurs se demander si trouver une ville prête et surtout capable de remplir les multiples critères pour pouvoir organiser les prochains jeux à attribuer- ceux de 2016- ne s'avérera pas une tâche quasi-impossible.
Durant de mon expérience comme consultant éphémère pour "Paris 2012" j'ai analysé les expériences des 30 dernières années. Elles illustrent parfaitement la situation actuelle. Pardonnez l'énumération:

-Munich 1972: La tragédie que l'on sait, et les Jeux n'ont pas été interrompus un seul jour!
-Montréal 1976: Derniers jeux financés exclusivement sur fonds publics. Un désastre économique dont la ville a mis 25 ans à se sortir.
-Moscou 1980: Année du boycott d'athlètes de nombreux pays, dont les Etats-Unis en raison de l'intervention des chars russes en Afghanistan. De ce fait bilan sportif insignifiant. Des jeux pour rien, ou presque.
-Los Angeles 1984: Premier Jeux entièrement privatisés, de ce fait bénéficiaires. Mais dès lors plus rien ne peut plus se concevoir sans les sponsors.
Séoul 1988: On peut admirer pour la première fois le sens de l'organisation asiatique. La Corée du Sud montre qu'elle accède au rang de pays développé.
-Barcelone 1992: Les jeux marquent le retour de l'Espagne dans la modernité. Tout a été pensé pour que la ville soit transfigurée. Triomphe de J.A Samaranch, alors président du CIO. Aujourd'hui, en partie grâce aux Jeux, Barcelone est une des capitales européennes les plus attractives. Ces Jeux sont encore régulièrement cités en exemple d'héritage positif.
-Atlanta 1996: Les JO "Coca-Cola", Ce ne sont pas les Etats Unis qui ont été choisis mais la capitale d'un des principaux sponsors du CIO, et accessoirement de CNN. Choix uniquement dicté par les contraintes du business. Atlanta s'avère être une ville trop petite, ses infrastructures sont ridicules. Il y a des ratés dans l'informatisation des résultats. Modèle de mauvaise organisation, comme le montre en particulier l'attentat devant le parc olympique qui fait 2 morts et 112 bléssés.
Sydney 2000: L'exemple de jeux parfaitement organisés et réussis, portés par une nation qui porte aux nues les valeurs et la pratique du sport. L'Australie a de l'espace, est à l'écart des troubles géopolitiques et...c'est une démocratie. Elle profite de l'évènement pour compenser son éloignement du reste du monde. Une référence, mais difficile de reproduire ces Jeux ailleurs.
Athènes 2004: La Grèce obtient enfin, après plusieurs échecs, le retour des Jeux dans leur mère-patrie. Mais le CIO (et tous les observateurs) sont un peu nerveux. La Grèce moderne n'est-elle pas un trop petit pays? Ses moeurs "méditerranéennes" ne seront-elles pas un handicap insurmontable? Néanmoins impossible de bloquer plus longtemps la demande des Grecs. A l'arrivée, on passe tout près de la catastrophe. Athènes faillit ne pas être prête à l'heure. Les retards dus aux impayés ont pu être rattrapés grâce à la solidarité européenne qui a joué à plein. Du coup, Athènes s'est offert, en quelques années, au prix d'un endettement important et grâce au contribuable européen une modernisation de ses infrastructures qui aurait demandé 20 ans sans les Jeux.
Pékin 2008: C'est le tour de Pékin. Les sponsors et le CIO sont alléchés par les records de croissance. La Chine est un grand pays qui ne lésine pas sur les moyens, y compris les plus discutables pour arriver à ses fins. On a fermé les yeux sur les quasi esclaves venus des campagnes et les expropriations. Une telle "réussite" qu'il a fallu interrompre les chantiers pour ne pas être prêts trop tôt. La Chine prend des engagements sur les droits de l'homme qui resteront lettre morte.
Londres 2012: Paris échoue pour la troisième fois, pour 4 voix seulement (sur 104). Un camouflet pour les héritiers de Coubertin, à qui il est cyniquement rappelé que l'essentiel est de participer! Les raisons de l'échec sont multiples mais on ne dira jamais assez à quel point la grève des transports parisiens, le jour de la visite de la commission d'évaluation du CIO aura été un coup de poignard dans le dos. Finalement le CIO a davantage confiance dans le dynamisme et le cosmopolitisme londonien qu'en ces imprévisibles et quelque peu arrogants Français.
Conclusion: Mis à part Barcelone, Sydney et dans une moindre mesure Séoul le bilan est largement négatif. L'idée de l'apolitisme des JO est une fiction. Tout montre au contraire que l'histoire des Jeux s'inscrit dans l'Histoire tout court. En choisissant Pékin, le CIO a pensé au business tandis que les Chinois, comme tous ceux qui les ont précédé ont pensé réaliser une opération de relations publiques à l'échelle mondiale. Cela ne saurait être neutre ni se limiter à un événement purement sportif. Du reste on peut s'attendre un festival de performances d'athlètes chinois plus ou moins suspectes, ce qui ne manquera pas de relancer la polémique sur le dopage.
Enfin, réflexion faite, si des Jeux correctement pensés (Barcelone) peuvent durablement façonner une ville, il est exagéré de dire que celle-ci en retire un supplément de croissance. En général celle-ci précède les Jeux qui constituent une lourde charge pour un pays et ses habitants, à peine compensée-pas toujours!- par des retombées d'image positives.
Pour 2016, le CIO cherchera un candidat en dehors de l'Europe en vertu d'une règle non écrite d'alternance entre les continents. Remis de l'expérience chinoise, il souhaitera privilégier une démocratie et en tout cas un pays à économie forte et fiable car les Jeux sont de plus en plus compliqués à organiser. L'Afrique étant de fait hors concours, on regardera vers l'Amérique. Il y aura le Brésil mais apparemment Rio préfère concourir pour la coupe du monde de foot 2014, choix indiscutable et quasi assuré. Les Etats-Unis ayant organisé deux fois des Jeux en 30 ans, cela laisse guère que le Canada (Toronto est un éternel candidat malchanceux). Le Mexique étant exclu car il a remplacé la Colombie comme pays le plus dangereux de la région. En Asie, il n'y aurait guère que le Japon mais rien n'indique qu'il souhaite être candidat. On pourra être tenté de retourner en Australie, à Melbourne cette fois qui a eu des velléités..Le choix, en tout cas, est restreint. Reste une autre solution, une vieille idée qui pourrait être un remède à tous ces tourments: Décider de revenir à l'esprit des Jeux de l'Antiquité, c'est à dire qu'ils se déroulent tous les quatre ans à Olympie, ou plutôt à Athènes dont les installations viennent d'être modernisées. Les investissements rendus nécessaires seraient bien sûr mutualisés, les installations sportives enfin amorties car contrairement à ce que l'on dit cela n'est jamais le cas. En effet, on ne peut plus ensuite y organiser d'événements comparables aux JO. Et contrairement aux infrastructures touristiques ou logistiques elles sont à fonds perdus, ne profitent qu'aux sportifs de haut niveau et ne laissent aucun héritage. On aurait enfin des JO durables! Mais les sponsors seront-ils d'accord? Le mouvement olympique va devoir faire un choix qui déterminera l'avenir des Jeux au XXIème siècle.

14/03/2008

Un boycott archaïque et contreproductif

Un confrère arabe du journal « Al qods al arabi » me demande mon sentiment « à chaud » sur l’appel (arabe) au boycott du salon du livre dont l’invité d’honneur est cette année Israël, ou plutôt, comme ont du le préciser les organisateurs, « la littérature israélienne ». Il est sur le point de « boucler » et ne me laisse même pas quelques minutes pour me retourner.
Voici ce que je lui ai dit, et aussi ce que je n’ai pas eu le temps de lui dire :
-La coïncidence avec la célébration du soixantième anniversaire de l’Etat d’Israël a pu donner le sentiment à certains qu’il s’agissait d’une manifestation politique s’inscrivant dans le cadre de la célébration de l’évènement. En réalité il n’en est rien. Il s’agit d’une manifestation essentiellement culturelle dédiée à une des littératures les plus inventives et inspirées du moment, comme du reste son cinéma.
-Cet appel, motivé par la situation alarmante dans laquelle se trouve le peuple palestinien, est d’autant plus contreproductif qu’elle vise à pénaliser des hommes et des femmes qui sont presque tous résolument engagés dans le combat pour la reconnaissance mutuelle et pour la coexistence de deux Etats. Je pense exactement la même chose, pour les mêmes raisons des tentatives de boycott des universités israéliennes. Dans un pays dont 20% des habitants sont arabes, elles font en particulier un énorme travail pour l’accès de cette communauté à l’enseignement supérieur, dont beaucoup d’universités française pourraient utilement s’inspirer.
-Les auteurs et éditeurs arabes qui se priveraient de participer à la vitrine que représente le salon du livre de Paris ne feraient que se tirer une balle dans le pied. Le salon est, pour eux aussi, une occasion unique de se faire connaitre et aussi d’encourager la traduction en arabe d’autres auteurs. On cite souvent cette statistique du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) : Dans l’ensemble du monde arabe on traduit à peine autant de livres étrangers que dans un pays comme la Grèce ! Et ce ne sont pas toujours les meilleurs, quand on songe au succès que rencontre dans les échoppes arabes la traduction de « Mein Kampf »,  du « Protocole des sages de Sion », ou-pour parler d’un livre plus récent- de « l’effroyable imposture » de Thierry Meyssan qui prétend qu’un complot américain est derrière les attentats du 11 septembre.
-Bref, il n’est hélas pas impossible de penser que cet énième appel-qui n’émane d’ailleurs pas des intellectuels arabes mais d’autorités politiques comme la Ligue Arabe-est une nouvelle manifestation de rejet d’Israël, de sa société, de sa réalité moderne, plutôt que de sa politique envers les Palestiniens.
Espérons qu’il sera  peu entendu et que de nombreux auteurs arabes iront au salon avec enthousiasme. Leur démarche ne vaut évidement pas soutien à Israël, elle contribue seulement à la paix. En effet, mieux que n’importe quelle initiative politique, le roman, le récit, le livre en général est la meilleure façon de découvrir ou de mieux comprendre la réalité de « l’autre ».

26/02/2008

Des regrets téléphonés (le salon, suite et fin?)

Et bien, les regrets que j'évoquais ici ce matin étaient bien peu spontanés comme l'atteste cette dépêche AFP tombée cet après-midi.

REMOUS AUTOUR D'UNE PHRASE DE REGRET AJOUTéE DANS UN ENTRETIEN DE SARKOZY
 
Une phrase de regret de Nicolas Sarkozy sur l'algarade qui l'a opposé à un visiteur du salon de l'agriculture a été ajoutée par l'Elysée dans un entretien avec les lecteurs du Parisien, de l'aveu d'un responsable du quotidien, suscitant mardi quelques remous.
 
La phrase en question, "J'aurais mieux fait de ne pas lui répondre", sert de titre à l'article publié mardi. Elle se trouve également dans une réponse du chef de l'Etat à une lectrice qui l'interroge sur sa réplique ("Casse-toi pauvre con") lancée samedi à un homme l'ayant insulté au salon de l'agriculture.
 
"Cette phrase n'a pas été prononcée" devant les lecteurs du Parisien, a expliqué mardi sur différents médias Dominique de Montvalon, directeur adjoint de la rédaction du quotidien. Elle a été ajoutée par l'Elysée tardivement lundi soir après relecture de l'entretien original.
 
Interrogé sur cette modification, l'Elysée a expliqué à l'AFP qu'on "était passé d'un entretien de 2H15 à trois pages" de journal. "Le texte nous est parvenu hier (lundi) soir tard et a été amendé et corrigé comme ça se fait habituellement. On dit la même chose, l'état d'esprit est le même", a assuré Franck Louvrier, responsable de la communication.
 
"A 23h45, dans les ultimes délais de notre bouclage, on s'est retrouvé avec une phrase qui n'avait pas été prononcée, une phrase qui devient le titre, car elle est très intéressante et très percutante", a raconté pour sa part M. de Montvalon.
 
Selon lui, le président "n'avait pas exprimé le moindre regret" lors de son entretien lundi matin, et la nouvelle citation "marquait un changement de ton, on était dans le registre cette fois du regret sinon du remords". "J'en déduis qu'au cours de la journée (de lundi), l'Elysée a fini par prendre la mesure de l'ampleur des secousses provoquées par cette affaire", a-t-il estimé.
 
Mais le fait que les lecteurs du Parisien qui ont rencontré M. Sarkozy "retrouvent dans le journal quelque chose qu'ils n'ont pas entendu" pose "quand même problème, et on s'en expliquera demain (mercredi) à l'intention de nos lecteurs", a observé M. de Montvalon, promettant de publier la version originale.
 
Les lecteurs ayant participé à l'interview, et interrogés par l'AFP, réagissaient diversement à cette affaire. Nicolas Sarkozy "n'a pas prononcé cette phrase. Cela pose un petit problème: il nous a dit 25 fois au cours de la rencontre qu'il ne mentait pas. Pourquoi cette phrase et en gros titre ? Ce n'est pas terrible franchement", a réagi Michel Augagneur, retraité de Lagny (Seine-et-Marne).
 
Mais pour Philippe Laratte, entrepreneur à Bus-Saint-Rémy (Eure), "si ce n'est pas les mots exacts, c'est la même chose dans l'esprit. Je retrouve ce qu'il nous a dit et ce que j'ai ressenti. C'est vraiment un détail".
 
Selon un verbatim de l'entretien original auquel l'AFP a eu accès, le président a notamment dit aux lecteurs du Parisien: "j'aurais pas dû lui dire: casse-toi".
 
Cette affaire soulève plus largement la question de la relecture des entretiens par les personnes interrogées. "Les journaux français, je pense au Monde, aux Echos, à des titres très respectables ont une politique qui consiste à faire relire les interviews, alors que déjà, je trouve que c'est critiquable", souligne François Malye, secrétaire général du Forum des Sociétés de journalistes.
 
Un journal, quel qu'il soit, a-t-il les moyens de dire non au président de la République ? Pour M. Malye, "la marge de maneuvre vis-à-vis des politiques ou des +puissants+ en général est de plus en plus faible".
 
Faut-il dire tout le mal que je pense de cette pratique de la relecture des interviews (même quand ce ne sont pas des interviews, comme ici), pratique qui n'est plus guère signalée en exergue, même plus par le Monde qui, il fut un temps, faisait précéder celles-ci de la formule: "Cet entretien a été relu et amendé par M. X"
Mais en France, le rapport de force entre politiques et journalistes est tel que, pas de relecture, pas d'interview.
A la télévision ou à la radio, pourtant, les politiques n'ont aucun droit de regard sur le montage...

Sarkozy au salon (suite)

Pas tout à fait des excuses mais des regrets exprimés devant les lecteurs du Parisien, après le "casse-toi pauvre con"du salon de l'agriculture. On a semble-t-il enfin pris conscience, à l'Elysée, des dégats qu'allaient provoqué cette video dans une opinion déjà passablement déconcertée. Une bien meilleure réaction que celle de Brice Hortefeu qui, voulant prendre la défense du chef de l'Etat, avait cru bon d'affirmer: "il est bon que le Président de la République parle comme tous les Français."

24/02/2008

Sarkozy au salon de l'agriculture: une victoire du net sur la télé

Dans les heures et les jours qui viennent tout le monde va, si ce n'est déjà fait, donner son avis sur l'écart de langage de Nicolas Sarkozy au salon de l'agriculture. Pour ceux qui n'ont pas vu et entendu le Président traiter de "pauvre con" un visiteur qui refuse de lui serrer la main, la video se trouve sur le site du Parisien.fr. Elle a surtout été reprise par tous les grands journaux (Dès hier soir par France 3 et ce soir par France 2 et même (et oui!) par TF1. Claire Chazal-un peu pincée tout de même-a quand même fait le boulot. J'ai voulu en effet vérifier mon intuition, le sujet figurait bien dans les journaux, même si ce n'était pas l'ouverture ni sur la une si sur la 2, chose à mo avis hautement contestable. Il ne faut pas trp en demander! Demain ce sera l'ouverture des radios. Et  bien sûr le sujet de conversation numero un au bistro, à l'usine ou au bureau.
Néanmoins, la question n'est pas de savoir-comme je le lis ici ou là- comment les hommes politiques, les stars ou les "pipoles" vont s'y prendre désormais pour contrôler ou essayer de bloquer la diffusion de telles séquences aussi dévastatrices pour leur image. Pour la simple raison que c'est devenu absolument impossible tant il y a d'émetteurs , qu'il s'agisse de blogueurs indépendants ou maintenant de sites de la presse traditionnelle comme celui du Parisien. Ce soir, à 20 Heures, la vidéo avait été déjà vue par plus de 700000 internautes sur le seul site du parisien, sans compter l'effet boule de neige. Il y a quelques années, si ces images avaient été enregistrées par une équipe d'une télévision nationale, le pouvoir politique aurait pu exercer des pressions pour qu'elles soient coupées au montage, ou au moins rapidement retirées de la diffusion. Ce type de censure ou d'autocensure n'est heureusement plus possible, grâce à internet. Non, M. Raffarin, il ne s'agit pas d'images "volées" comme vous l'avez affirmé sur Europe 1! Comment pouvez-vous employer ce terme s'agissant d'un échange enregistré dans un lieu public? En ajoutant que vous regrettez que la presse s'intéresse trop à la vie privée des hommes politique. Alors la visite présidentielle au salon de l'agriculture cela relève donc aussi de la vie privée de Sarkozy?
Pour faire allusion à une autre affaire de vidéo, abordée ici même récemment, j'ajouterai que ce qui est important ce n'est pas le nombre de video mises sur le net, mais leur valeur informative. Et dans ce cas présent, pas de doute que c'est "de la bombe"! Nicolas Sarkozy est à nouveau pris en défaut de sang froid.  Il n'est pas piégé, il sait qu'il est filmé et pourtant, comme avec les pêcheurs du Guilvinec, ça sort quand même. Il a décidement un énorme problème de self contrôle. Qui osera lui dire que même s'il est normal d'avoir envie de répondre de la sorte à quelqu'un qui refuse votre main et vous dit "tu me salis", un Président de la République, qui dispose de tous les moyens coercitifs de l'Etat, ne peut tout simplement pas se permettre de s'adresser de la sorte à un Français. Sur le sujet du langage aussi il se doit d'être exemplaire s'il veut pouvoir en remontrer à "la racaille". Plus il s'exprimera de cette façon et moins il sera respecté de ses opposants ou détracteurs, dont les rangs ne feront que grossir. Car on est là au coeur de ce que les Français lui reprochent: Comme le montre la popularité de Fillon qui a cessé de faire pitié, ce n'est pas la politique qu'il mène qui est en cause. Ils l'ont élu en connaissance de cause. Il s'agit de la manière dont il incarne la fonction, le rôle dans lequel l'ont mis les Français, ou du moins l'idée qu'ils s'en font généralement. A la réunion de 8H30 demain à l'Elysée, on serait bien inspiré de lui conseiller de s'excuser.

20/02/2008

Cavada complice d'antisémitisme?

Peut-on utiliser dans une même phrase « juif » et « 4X4 » en faisant allusion au caractère polluant, ou réputé tel, de ces engins sans risquer l’infamie d’une accusation d’antisémitisme ? Nous devons au talent d’agitateur de Guy Birenbaum, à sa "vigilance" et surtout à son sens de l’auto-publicité de nous poser cette question, on l’imagine, cruciale.
Sans rire, elle ne vaudrait pas que j’y consacre plus de deux minutes si elle n’avait pas donné lieu à un début de chasse à l’homme contre Jean-Marie Cavada, candidat ump aux municipales dans le XIIème arrondissement de Paris. Mettons tout de suite les choses au point. Je connais à peine Jean-Marie Cavada et mon objectif n’est pas d’intervenir en faveur de tel ou tel dans cette campagne. Pour être encore plus clair, je considère que, même si on peut discuter de tel ou tel aspect de son action, Bertrand Delanoë est un bon maire de Paris qui mérite sa réélection, d’ailleurs largement prévisible.
D’où vient alors que, grâce à Birenbaum, une partie de la « blogosphère », à laquelle l’équipe de campagne du maire de Paris emboite étrangement le pas, soupçonne Jean-Marie Cavada, sinon d’antisémitisme au moins d’indifférence coupable face à ce qui est présenté comme des propos antisémites ?
Il suffit de prendre la peine de regarder cette video jusqu’au bout avec un tout petit peu d’honnêteté intellectuelle pour se convaincre du caractère scandaleux du procès et même du procédé.
De quoi s’agit-il ? D’un journaliste, M. Stefanovitch qui, devant une assistance au premier rang de laquelle est installé le candidat Cavada, tient des propos de comptoir au lieu d’arguments digne du journaliste qu’il prétend être. Tout y est confondu, à commencer par les camps nazis de déportés politiques (Dachau), avec les camps d’extermination (Auschwitz). L’orateur évoque ensuite un prétendu vote juif, alors que l’on ne peut tout au plus parler que d’un vote communautaire, parmi les Juifs pratiquants dans certains arrondissements de l’Est parisien ( qui peut néanmoins avoir un certain impact local sur le résultat). Le reproche sur côté arbitraire des subventions aux associations est vieux comme la mandature parisienne de Jacques Chirac. Delanöe y a plutôt mis un peu d’ordre mais c’est vrai que la liste des bénéficiaires est digne d’un inventaire à la Prévert. Les montants cités sont au demeurant assez ridicules. Peut-on vraiment prétendre qu’on achète des associations de déportés avec quelques milliers d’euros par an, tout juste suffisants pour payer un coup à boire de temps en temps ? Pas de quoi fouetter un chat.
Il est vrai que les écoles juives bénéficient de subventions publiques et n’accueillent que des élèves juifs, ce qui est contraire à la loi. Cela s’explique par le caractère non prosélyte du judaïsme, mais c’est surtout un débat de sophiste : Je ne connais aucune famille non juive qui souhaite inscrire son enfant dans ce genre d’école.
Venons-en à l’argument massue : Dire que les parents juifs polluent avec leurs 4X4 serait une expression caractérisée d’antisémitisme. Bien sûr, prétendre que les Juifs naitraient avec les clés d’un SUV serait un stéréotype antisémite. Mais on peut aussi affirmer qu’il ne s’agit que de stigmatiser les habitants des banlieues (il est fait référence au 93 et au 94), qui possèdent et conduisent plus volontiers qu’à Paris des voitures encombrantes…et polluantes. Il me semble que Stefanovitch critique là le principe des subventions municipales pour des écoles fréquentées par des enfants de banlieue, alors que les petits parisiens non-juifs n’y sont pas acceptés. En tout cas il est outrageant d’affirmer qu’il s’agit là d’une remarque antisémite voilée.
J’admets qu’affirmer que le maire de Paris privilégie les Juifs et les homosexuels dans un but politique a quelque chose d’un peu de scabreux, et de certainement pas innocent. C’est surtout stupide, et peut-être Stefanovitch a-t-il là du mal à réprimer des préjugés. Je n’en sais rien, et là n’est pas le problème.

A travers Stefanovitch, c’est évidemment Cavada qui est visé. Or, j’affirme qu’il n’y avait rien qui justifiait ou plutôt qui obligeait Cavada à se lever, cramoisi de colère ou d’indignation et à sommer l’intervenant de s’excuser en menaçant de claquer la porte, comme l’aurait jugé correct l’expert autoproclamé des bonnes mœurs politiques Guy Birenbaum.
Cavada ne débat pas directement avec Stefanovitch. Il n’a pas de micro en main et on seulement lui reprocher d’écouter trop distraitement.
Je comprends que l’entourage de Delanöe soit agacé qu’un personnage aussi peu rigoureux que Stefanovitch parade dans des meeting de l’ump, avec un argumentaire aussi faible et partial, et le dénonce. Mais au fond ça fait partie du côté trash des campagnes électorales. Ce qui n’est pas acceptable c’est, sous prétexte de campagne électorale, de chercher à disqualifier un adversaire en laissant entendre qu’il aurait « un fond » antisémite, simplement à cause de ce qu’il n’a pas dit ou pas fait. On n’est pas loin d’un procédé totalitaire, et en tout cas (évitons de devenir outrancier) il s’agit d’ une instrumentalisation scandaleuse de l’antisémitisme. Pour avoir consacré un livre au danger bien réel du « nouvel antisémitisme » (édité, ironie de l’histoire chez Denoël, par le même Guy Birenbaum), je me sens autorisé à le dire : Si tout le monde est antisémite, alors personne ne l’est plus.
C’est ce genre de campagne, de plus en plus répandue sur le net par des polémistes en mal d’existence qui risque de rendre irrespirable si l’on y prend garde le climat du débat démocratique.

31/01/2008

Un plan pour l'audiovisuel public

Je suis sollicité par des amis journalistes de l'audiovisuel public pour signer une pétition contre la réforme annoncée par Sarkozy. Bien que farouchement attaché à l'idée d'un service public fort et respecté, je ne suis pas persuadé que leur démarche aille au delà que la revendication du statu-quo. Or, en ce domaine, comme en d'autres, je suis blairiste, c'est à dire que je pense que pour être soutenu et sauvé le service public aurait du faire des efforts financiers, et, oui, des économies qu'on ne lui a d'ailleurs même jamais demandé. On invoque toujours le modèle de la BBC en oubliant qu'en contrepartie d'un soutien financier et d'une garantie absolue de son indépendance éditoriale, la tutelle de la beeb exige d'elle une utilisation rationnelle de ses moyens, et lorsqu'il le faut des plans d'économie qui peuvent comporter des suppressions d'emplois. A France Télévision, c'est l'inverse: saupoudrage des moyens au lieu de les concentrer sur des missions de qualité, stratification des statuts de personnel et des chaines qui s'empilent sans que soient distingués leur rôle, et bien sûr faible indépendance par rapport au pouvoir politique. Dire que les effectifs sont pléthoriques (Ah! les placards dorés et autres sinécures du public...) et qu'il y a peut-être une chaine de trop est une évidence. Pour autant, et c'est le paradoxe, le service public est sous-financé et ne peut se permettre la politique de production prestigieuse qu'on est en droit d'attendre de lui. A plus forte raison si on le libère de la publicité et de la course à l'audience qu'elle suppose, ce qui n'est pas une idée idiote.
La chaine monde qu'est France24 devrait, en toute logique être rattachée au pôle public, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui alors qu'elle est financée à 100% par l'Etat! Ses moyens devraient être considérablement augmentés pour rivaliser avec BBC world, CNN ou Al Jazeera.
Ce n'est qu'une fois que le service public aura fait la preuve de sa capacité à faire des économies que le gouvernement, au lieu d'imaginer une taxe sur les activités les plus créatrices de richesse et génératrices de croissance, pourra à son tour montrer son soutien au service public en expliquant courageusement aux Français que pour qu'ils aient un service public indépendant des pouvoirs économiques et politique, qui porte haut et loin l'idéal de qualité, il doivent accepter une hausse substantielle de la redevance.

 
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