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17/10/2006

Un débat social-(irréal)iste

Je viens de suivre l'intégralité du débat Ségo-DSK-Fabius, sur mon ancienne chaîne. "Débat "est d'ailleurs un bien grand mot. C'était plutôt un grand O. Ce qui frappe c'est que ce débat consacré aux questions "économiques" n'était pas un débat d'économistes, mais de "socialistes", ce qui peut passer pour une vérité de La Palisse, mais est en réalité très surprenant. On dirait que personne au PS ne pense qu'une politique sociale doit s'appuyer sur l'économie. Et que personne n'a semblé vouloir rappeler qu'il faut bien d'abord produire ce que l'on souhaite redistribuer. La seule solution- surtout si l'on veut continuer à travailler moins- c'est de miser sur les secteurs à forte valeur ajoutée et ou les gains de productivité, sont importants. Dans ce cas, inutile de vouloir retenir des entreprises qui délocaliseront de toute façon et d'autant plus volontiers d'ailleurs qu'on leur sucrera leurs aides publiques. Mieux vaut privilégier les secteurs où la France dispose d'avantage concurrentiel.
Débat de socialistes caricatural car personne n'a osé briser le consensus sur un programme dépensier et absolument irréaliste.
Par dessus le marché (!), je ne comprend toujours pas comment on peut avoir en 2006 un débat économique en France sans intégrer les aspects internationaux. C'est un peu hallucinant!
J'attendais DSK plus allant et plus moderne, mais il avait peur de passer pour droitier. Au bout du compte Ségolène Royal l'emporte à mon avis haut la main grâce à sa fraîcheur, son parler concret et proche du terrain, à un courage indiscutable face à quelques vaches socialistes sacrées (les 35 heures parfois synonyme de régression sociale!), et enfin, last but not least, parce qu'elle ose dire qu'elle n'a pas réponse à tout, ce qui est à mon sens une première venant d'un homme politique français aspirant aux plus importantes fonctions. Mais c'est vrai, au fait, ce n'est pas un homme...

14/10/2006

Deux Nobel Musulmans

Pamuk, Yunus, deux Nobel pour le monde "musulman", mais à chaque fois c'est l'humanité qui est récompensée. Je n'ai pas-encore- lu Pamuk, mais je sais que le choix de l'inventeur du micro-crédit est une sacrée bonne "pioche", comme on dit aujourd'hui. Mohamed Yunus, l'homme qui ne prête qu'aux pauvres et veut remiser la pauvreté dans les musées est un vrai bienfaiteur du genre humain, un génie qui a montré que les règles du capitalisme n'étaient pas mauvaises en soi à condition d'être appliquées avec un  peu plus de largeur d'esprit et, oui disons-le, de générosité.
Rappelons rapidement le principe de la "Grameen Bank": Elle ne prête que des petites sommes, quelques centaines de dollars, à des démunis qui n'ont absolument aucune garantie. Non seulement ça marche, mais il fait des profits! Mieux: Sa banque affiche un taux de remboursement de plus de 98%, alors que les établissements "classiques" en sont à moins de 50% et sont obligés de faire payer ce risque à ceux qui remboursent! Enfin, la quasi totalité des clients de Grameen sont des femmes, ce qui a contribué à améliorer leur statut dans la société bengalaise. Younous a essaimé en Afrique (au Mali notamment) et il a fait des émules chez nous avec Maria Nowak ou Jacques Attali. Pourtant cette formule sert bien peu à nos "pauvres", nos "exclus" et autres précaires. Est-ce parce que les bénéfices de l'assistance sont devenus plus attrayants que l'activité? Voilà encore une question tabou en France. La poser c'est se faire beaucoup d'ennemis.
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09/10/2006

Retour aux réalités

L'information la plus importante du week end?
L'assassinat, à Moscou de la journaliste Anna Politkoskaïa. Elle dénonçait inlassablement la politique de Poutine en Tchétchénie, et les crimes de son homme lige Kadirov. C'est elle qui avait déjà accusé le Kremlin d'avoir tenté de l'empoisonner au moment ou elle couvrait la prise d'otage de Beslan.
L'absence de réaction officielle russe témoigne que Poutine ne songe même pas à masquer son sentiment. S'il n'a pas organisé, il couvre.
Certes, on ne fait pas de bonne politique avec de bons sentiments, mais il serait temps que l'Europe, et la France singulièrement puisqu'elle raffole de ces "alliances de revers" anachroniques avec la Russie, se rende compte qu'un rappel à l'ordre sérieux s'impose. On ne peut guère envisager d'aller très au delà face à un membre permanent du conseil de sécurité, mais qu'on songe simplement aux commentaires lourds de sous-entendus qu'avaient suivi la poignée de main Bush-Sarkozy, Quand personne ne s'émeut d'un sommet Chirac-Merkel-Poutine. A moins qu'on ne considère qu'une faille de civilisation nous sépare de la Russie.
Demain, il faudra répondre à la Corée du Nord, qui vient de procéder à un essai, et à l'Iran qui décourage toute entreprise diplomatique au sujet de son programme nucléaire. On verra quel genre d'alliée est la Russie.
Un beau sujet de dissertation: A l'heure de la mondialisation, une politique étrangère d'un grand pays peut-elle prendre en compte le respect des droits de l'homme?

A Londres, L'ancien ministre de l'intérieur Jack Straw est traité de raciste parce qu'il a exprimé haut et fort ce que de plus en plus d'anglais pensent tout bas: Le port du voile dans les sociétés démocratiques occidentales n'est pas qu'un droit vestimentaire. Il érige une barrière entre la femme musulmane et le reste de la société. Ce n'est pas un signe religieux mais un signe d'oppression culturelle de la femme. Le modèle multi-culturaliste britannique tremble sur ses bases depuis les attentats de Londres perpétrés par des jeunes anglais musulmans. Pour ces raisons, je pense, comme Henry Porter dans l'Observer, que
Straw devrait être remercié et non isolé comme commencent à le faire ses amis politiques.
Ne pas affronter ces réalités c'est accepter la montée inexorable des partis xénophobes, comme le montre le résultats des élections en Flandre.

30/09/2006

Sur l'affaire Redeker, et au-delà

Mon premier réflexe, c'est la solidarité avec Robert Redeker. Elle doit être totale, inconditionnelle, active et même prosélyte. Le plus important est de résister à cette peur sourde qu'inspire à certains les fatwas de quelques fous. Ne pas oublier non plus que ces fous, pour ultra minoritaires qu'ils soient, n'en sont pas moins ultra dangereux. Comprendre aussi qu'il bénéficient d'une certaine mansuétude, hélas, du simple fait du silence de trop de musulmans qui se sentent insultés par les propos critiques contre leur prophète. C'est qu'il y a un point sur lequel Redeker a particulièrement de mérite dans sa "provocation": Elle interpelle les fidèles musulmans sur la violence intrinsèque du Coran, originelle de l'Islam. Un passage de son texte me semble devoir être particulièrement souligné: "De fait, l'Église catholique n'est pas exempte de reproches. Son histoire est jonchée de pages noires, sur lesquelles elle a fait repentance. L'Inquisition, la chasse aux sorcières, l'exécution des philosophes Bruno et Vanini, ces mal-pensants épicuriens, celle, en plein XVIIIe siècle, du chevalier de La Barre pour impiété, ne plaident pas en sa faveur. Mais ce qui différencie le christianisme de l'islam apparaît : il est toujours possible de retourner les valeurs évangéliques, la douce personne de Jésus contre les dérives de l'Église.  
 
Aucune des fautes de l'Église ne plonge ses racines dans l'Évangile. Jésus est non-violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l'institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d'amour, Mahomet un maître de haine."
 
Mais il faudra ici faire l'effort de me lire jusqu'au bout: Je pense que dire que: "l'islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine.", c'est infliger une blessure inutile à des millions de musulmans qui vivent, heureusement, leur foi en interprétant le Coran, et en ignorant tout ce qu'il peut avoir de violent. Bien sûr, Redeker veut montrer qu'il n'est pas toujours facile de distinguer Islam et Islamisme, en raison même de la violence du texte sacré, de l'absence de séparation entre temporel et intemporel en Islam. Mais il faut aller au delà de cette constatation.
Ainsi, au risque de surprendre, je ne suis pas en désaccord avec ce que dit Tarik Ramadan dans Libération du jour. En particulier le fait que:

"Le contexe global de lutte contre le terrorisme (...) a amplifié, dans le monde musulman, l'impression qu'à travers les radicaux on s'en prenait à l'islam. (...) c'est une impression peut-être fausse (mais) vécue quotidiennement et qui a fini par s'inscire dans le réel"
Ramadan a singulièrement mis de l'eau-j'allais dire dans son vin qu'il me pardonne cette métaphore judeo-chrétienne- ces derniers temps. Qu'il s'agisse où non d'une tactique, je n'en ai cure et trouve cela particulièrement réjouissant, compte tenu de son influence dans la jeunesse musulmane en occident. Je retiens particulièrement cette évolution majeure: Ramadan estime qu'il faut prendre le terme islamophobie "avec des pincettes". Quelle victoire sémantique nous avons remporté là! Le mot "Islamophobie" est en effet extrêmement ambigu en ce sens qu'il a été créé pour interdire la critique de l'Islam et à faire taire, ou pire à intimider des gens comme Redeker. Il n'y a guère plus que le MRAP pour l'employer. Le MRAP, seule association soit-disant laïque qui-soit dit en passant- ait refusé de soutenir le professeur de Toulouse en le qualifiant même d'incendiaire.
Je crois donc avoir trouvé avec Ramadan un terrain d'accord inespéré: Le débat nécessaire sur l'Islam en occident peut encourager, chez certains, des réflexes racistes, anti-arabe ou anti-musulman. Il faut être extrêmement vigilant là-dessus. Intraitable même. De le même façon que j'ai dit et écrit qu'une critique du sionisme lorsqu'elle devient radicale, sytématique ou hystérique se confond avec l'antisémitisme, je dirais la même chose pour la critique de l'Islam. Il y a un moment où elle devient raciste ou, pour le moins où elle encourage la haine de l'autre.
Nous voici donc devant deux nécessités tout aussi importantes l'une que l'autre: refuser les diktats, les intimidations, l'autocensure (voir la lamentable affaire Idoménée à Berlin) que veut nous imposer l'Islam radical, ou plus exactement (Olivier Roy a raison sur ce point) des radicaux au nom d'une lecture littérale du Coran; et en même temps, la pente de la discrimination religieuse qui compromet notre vie commune dans une société, non pas multiculturelle, mais métissée et pluraliste.
IIl y a un autre point qui me préoccupe. C'est la timidité, la retenue de beaucoup trop de journalistes français à aborder le débat sur l'Islam. Est-ce déjà la peur qui les aurait vaincus? Ou bien l'effet de cette "sécularisation du christianisme" dont parle Redeker et qui fait que l'on préfère être faible que passer pour intolérant? Evidément, il y a la une de Libération aujourd'hui. Je la trouve un peu tardive, et l'éditorial encore un tantinet bien pensant. Les journaux gratuits qui ont moins peur de dénoter ont réagi plus rapidement. La presse anglo-saxone me paraît moins éffarouchée. Je partage l'interrogation d'Ivan Riouffol , en particulier ceci:
"Les médias sont-ils prêts à dire toutes les vérités qui dérangent ? Eux aussi se seront prêtés à l'occultation de réalités. La presse bien pensante aura attendu 2000 pour reconnaître la violence installée depuis des années dans les cités et les écoles. Elle aura longtemps sous-évalué l'antisémitisme dans les banlieues. Elle aura laissé à la commission Stasi le soin de révéler la fracture du communautarisme et au rapport Obin celui de dévoiler l'intégrisme à l'école, tandis qu'il est revenu à Philippe de Villiers d'aligner les preuves de l'emprise islamiste à Roissy. La profession sait-elle être encore curieuse ? "
Pour en revenir à cette montée du racisme contre les musulmans, même "modérés", il n'est pas faux de dire, comme Riouffol que "Le mépris dont ils se plaignent est dû, en partie, à cette indifférence des bons apôtres (mediatiques)."

29/09/2006

Jospin, VGE, un même problème avec la réalité


Deux retraités récalcitrants de la politique. Deux profils on ne peut plus différents.
Jospin, commençons par lui, nous explique, hier sur RTL, pourquoi, finalement, il renonce à briguer la candidature socialiste. Je résume: pas de rassemblement, donc ne pas en plus ajouter la division à la divison, tralala...En fait, sa petite opération TCS, Tous Contre Ségolène (mais derrière moi) a échoué lamentablement. Ni Fabius, ni même DSK ne veulent entendre parler d'appeler M. Jospin-le recours pour éviter au PS et à la France la "cata" Ségolène. Ils veulent tourner la page, passer enfin à la génération des quinquas (les quadras, eux devront encore attendre) ou alors ils pensent que ce ne serait pas une telle "cata", et dans les deux cas ils ont raison. Ils préfèrent se ramasser une gamelle que d'appeler papa. Ce sont des grands garçons.
"Jospin a été un bon premier ministre." C'est le genre de théorème que personne, ou presque, n'ose discuter. Peu importe que Jospin ait calé sur à peu près toutes les réformes douloureuses, comme les celle des retraites, qu'il se soit contenté de profiter de la croissance en créant des emplois subventionnés. Qu'il ait été incapable de s'adresser au peuple, et à la gauche en brisant la doctrine "niniste" dont le pays crève depuis 25 ans.
"Jospin est un homme honnête et intègre." Autre postulat. C'est sûr qu'à côté de Chirac...Mais quand même cette honnêteté connaît ses limites. L'honnêteté vis à vis de lui-même, notament, n'est pas son fort. Avez-vous déjà entendu Jospin reconnaître ne serait-ce qu'une seule erreur? Non. Jospin s'estime forcément infaillible, le meilleur de tous. Cela lui donne cette manière caractéristique de rendre les autres responsables de ses faux pas, de ses manques. Exemples? Les retraites, encore. La faute du parti. Sa défaite en 2002? La faute de Chevènement. And so on...Sans même s'apesantir sur le fameux: "Je n'ai jamais été trotskiste, vous confondez avec mon frère."
Enfin, son retrait de la vie politique. J'appréciais beaucoup Jospin, mais ce jour là, je l'ai vraiment trouvé sublime. Ça ne s'était jamais fait, en France. Enfin, un homme politique reconnaissait sa responsabilité et se retirait dignement, admettant clairement le verdict populaire. Jospin, malgré ses indéniables qualités et le très faible score de Chirac n'avait réussi à convaincre ni le peuple, ni même la gauche. Il en tirait la leçon immédiatement. Quelle gueule ça avait! Mais voilà, quatre ans d'île de Ré plus tard, c'est le reniement. Comment peut-on n'avoir rien fait pour son parti pendant 5 ans et ensuite prétendre revenir à sa rescousse, sans que personne ne vous y ait appelé? Quelle genre de morale est-ce là? Non, décidément, j'ai compris à ce moment là que Jospin nous avait abusé en nous laissant croire qu'il avait une stature morale supérieure.
Et ce matin enfin, alors qu'il venait d'annoncer la seule décision qu'un homme qui a gouverné la France pendant 5 ans (imagine-t-on, en effet, Jospin sur une estrade débattant en public avec ses anciens ministres?) pouvait prendre, le coup de pied de l'âne. Cette façon de balancer des vacheries l'air de pas y toucher!
Question: Allez vous soutenir un candidat en particulier?
Réponse. On verra je ne sais pas, je parlerai plus tard, mais il y a celui, ou plutôt celle que je ne choisirai pas". Et lorsque JM Apathie lui demande les raisons de ce "Tout sauf Ségolène", il répond avec aplomb:..."Non, je ne dirais rien de négatif sur qui que ce soit". Tant d'hypocrisie, même en politique, j'ai rarement vu ça.... Elle a raison Ségolène Royal, la machine à perdre est bien enclenchée.
Jospin s'inquiète de la pente sur laquelle se trouve les socialistes, qui les pousse à suivre l'opinion plutôt que leurs convictions. Outre que ce constat suppose que la présidente de Poitou Charente n'en a pas, qui soient aussi respectables et discutables que les siennes ou celles de Fabius, voici ce que les socialistes auraient du faire, pour échapper à la "démocratie d'opinion": En 2002, se donner un an pour désigner un(e) patron(ne) du parti qui aurait été clairement chargé(e) de les représenter dans l'opposition puis aux élections suivantes. Cela aurait laissé au premier secretaire 4 ans pour forger sa crédibilité, convaincre de ses qualités, conforter sa côte de popularité. C'est ce que font toutes les démocraties européennes. Pas la France, et cela nous rapproche du système américain dont nous prétendons nous distinguer. Au lieu de cela Hollande a reçu un mandat ambigu, celui de servir de dénominateur commun plutôt que d'être un réel leader. Il n'a donc pas su imposer son autorité, malgré d'étonnantes qualités d'opposant. Supprimer l'élection du Président au suffrage universel et adopter un régime parlementaire, primo-ministériel serait l'idéal, mais on peut attendre cela pendant des lustres sans rien changer. Autant changer les pratiques, par l'exemple.


Le rapport avec Giscard? J'y viens. Et si le "pouvoir"  avait tout simplement gâté "la vie" de ces deux hommes d'Etat? Giscard sort le dernier tome de ses mémoires, consacré à la période de son septennat. Il aborde les raisons de sa défaite en 1981, dont il a mis, on le sait, longtemps à ce remettre. On découvre que, s'il s'exprime volontiers sur le sujet, il continue d'éviter toute analyse qui le conduirait à se remettre en question. Comme avec Jospin, ses échecs trouvent leur explication dans le comportement des autres, qui n'ont jamais été dignes de lui. C'est soit la faute de Chirac qui l'a trahi, soit celle des "cloportes" (sic) de Mitterrand qui avaient orchestré l'affaire des diamants (" des petits cadeaux d'Etat..."). Giscard est passionnant lorsqu'il livre son témoignage sur l'époque. Son récit de sa visite à Mitterrand mourant est poignant. Mais sur lui-même, il est consternant. Outre que le récit de la trahison chiraquienne est connu depuis des décennies, que nous dit-il? Qu'il était bien le meilleur, qu'il aurait dû gagner et en qu'en gros, depuis 25 ans, personne n'a été à sa hauteur. Même pas Mitterrand? Non, car s'il accorde qu'il avait bien "le niveau", il a raté les réformes nécessaires à la modernisation de la France. Là encore ce n'est pas tout à fait faux, Giscard est intelligent on ne peut pas lui enlever ça. Mais cela passerait mieux accompagné d' une auto-critique (davantage que "j'ai fait mauvaise campagne..."). Mais de cela, tout comme Jospin, il est incapable. Car leur intelligence leur a dissimulé l'essentiel: comme toute chose qui fait communément défaut, elle inspire la crainte si elle n'est pas accompagnée de qualités plus émotionnelles. Question que je me suis toujours posée: Giscard arrive-t-il à dormir en se disant qu'il a envoyé à l'échafaud Christian Ranucci (le pull-over rouge) qui était très vraisemblablement innocent? Il ne nous le dit pas. Au lieu de ça, voici ce qu'il nous dit après avoir remaché toute cette période, qui soit dit en passant n'interesse plus guère personnne: Il se reproche de ne pas avoir fait un référendum sur le quinquennat, et de s'être représenté pour 5 ans. Il n'a pas d'autre problème de conscience. Ce n'est pas de son niveau.

28/09/2006

Safia Amajan, victime de notre impuissance

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Cette femme, personne ici ne la connaît. Vous ne retiendrez pas son nom très longtemps: Safia Amajan. Elle s'occupait de la promotion des femmes dans son pays. Pas n'importe quel pays, l'Afghanistan. Elle a été assassinée par des tueurs à moto, à Kandahar ou elle vivait et travaillait. Kandahar, n'est pas n'importe quelle ville. C'est le berceau de Talibans qui ont revendiqué cette "exécution". Le commandant Taliban, Mullah Ayat Khan, a expliqué que toute personne travaillant pour le gouvernement était susceptible de subir le même sort que Mme Amajan.
Grâce a élle des milliers de femmes avaient appris à lire dans une des écoles qu'elle avait créées, ou à monter un petit commerce pour vendre quelques produits sur les marchés. C'est exactement ce que ne pouvaient pas lui pardonner ses ennemis.
Lorsque l'intervention américaine renversa le régime taliban, il y a presque 5 ans, l'émancipation de la femme afghane fut considérée comme l'une des conséquences positives les plus visibles de cette guerre. Aujourd'hui les écoles ferment les unes après les autres, le nombre de suicides des femmes est en augmentation brutale. Les burquas sont de retour partout et l'on considère que plus de 60% des mariages sont des unions forcées.
La terreur talibane porte ses fruits: Ils placent parfois des bombes sous les cartables des écolières pour dissuader leurs parents de les envoyer à l'école: "Laissez ces traditions aux chrétiens et aux juifs, et soyez de bons musulmans!" peut-on lire sur un de leur tract.
Entre-temps, les Américains ont décidé que leur mission en Afghanistan était terminée et ont envahi l'Irak.
Pourtant, à Kandahar, à quelques kilomètres de l'endroit ou Mme Amajan a été tuée, quelques centaines de casques bleus de l'ONU, parmi lesquels se trouvent quelques dizaines de soldats des forces spéciales françaises se battent toujours férocement contre les Talibans.
 Mais voici le meilleur: Safia Amajan, qui savait qu'elle était une cible, avait demandé à bénéficier d'une protection militaire rapprochée. Refusé. Cela n'a pas empêché des dizaines d'officiels, dont le président Karzaï de venir prononcer des discours émus sur son cercueil. "Nous avons des millions d'Amajan!" s'est enflammé le président à l'adresse des "ennemis de l'Afghanistan." Mais il y a deux ans, le gouverneur de la province de Kandahar, où l'autorité de celui que l'on appelle avec commisération "le maire de Kaboul" ne parvenait déjà pas avait répondu ceci à un responsable d'une organisation humanitaire:
"Nous avons plus urgent que de nous soucier de la condition des femmes. C'est une question de priorité."
Aujourd'hui, M. Karzaï était invité à diner à la Maison Blanche, avec son homologue Pakistanais. Il paraît que George Bush voulait réconcilier ses deux alliés. Mais au Pakistan, il faut toujours qu'une femme violée produise quatre témoins pour échapper à une accusation d'adultère qui peut lui valoir la mort.
La Maison Blanche porte une responsabilité dans l'abandon des femmes afghanes. Cette impuissance, cette résignation au "choc des civilisations" c'est le signe que "la guerre contre le terrorisme" est bel est bien en train d'être perdue.

26/09/2006

Une Télé d'information internationale?

Depuis le début du mois, mes journées sont consacrées à l'élaboration collective de la ligne éditoriale de la future "France 24". Un exercice enrichissant, car on a que rarement l'occasion dans ce métier de réfléchir au sens de ce métier.
Cette chaîne affirme qu'elle portera un regard français sur l'actualité. Mais c'est quoi au juste? Qu'en attendent les téléspectateurs au Moyen-Orient, en Afrique, en Europe orientale, et ...en France ou elle sera disponible, gratuitement, sur le câble et le satellite, fin novembre? Comment une TV comme celle-là doit-elle traiter l'actualité française. Qu'est-ce-qui doit retenir son attention, ou contraire être laissé aux chaînes "franco-françaises"? Autant de questions qui comportent de multiples réponses. J'ai donc décidé de vous mettre à contribution. Exprimez-vous!...

20/09/2006

immigration, piège à ...élection

Voyons les choses telles qu'elles sont: l'immigration est la bombe à mèche lente de l'élection de 2007. Sarkozy l'a bien compris, mais sa gestion de l'affaire des sans papiers est à la foi électoraliste, irréaliste, et contre-productive. Electoraliste, chacun le sent,car il ne vise qu'à contenir l'ogre Le Pen sur son terrain favori (Le Pen à Valmy  aujourd'hui!). Irréaliste, car on voit mal comment la France pourrait en tout état de cause renvoyer dans leurs pays d'origine environ 20000 déboutés. Tout au plus y aura-t-il quelques "reconduites" opportunément médiatisées. Contre-productive, enfin, car dans la majorité des cas les immigrés qui ne remplissent pas les critères exigés par la "circulaire" ont du travail et souvent des enfants nés en France et prennent une part active à l'économie du pays. Les régulariser pour qu'ils reviennent dans le circuit de l'économie légale n'est pas idiot. Enfin, et surtout, on sait bien que seule une politique européenne de contrôle des frontières, assortie d'une réelle politique de coopération avec les pays d'origine peut apporter un début de solution au casse-tête numéro un des dirigeants des pays développés dans les années à venir. L'immigration massive (l'Espagne, pays de la zone Schenghen, a enregistré au mois d'Aout un afflux de clandestins venant du Sénégal supérieur à celui de toute l'année 2005!) menace nos équilibres économiques, démographiques et politiques. Elle est aussi indispensable pour faire tourner des secteurs entiers de nos économies. Il y a évidément une population immigrée qui vient chez nous parce qu'elle pense, à juste titre,  y vivre mieux d'expédients ou de l'assistance que dans son pays. Faut-il préciser que ne trouve guère d'immigrés de ce type parmi ceux qui ont fait des demandes de régularisation?
Pour autant, "l'immigration choisie" est un concept creux et incantatoire. La mondialisation s'est accompagnée d'une ouverture des frontières bienvenue, mais qui rend le "tri" plus qu' illusoire.
Dans des Etats comme la Floride, le Texas et la Californie la population "latino" a dépassé ou en voie de dépasser en nombre celle des Américains d'origine européenne. Il faut la puissance intégratrice des Etats-Unis pour qu'ils restent une nation.
Il est inévitable que nous vivions un phénomène semblable, ici, avec une immigration musulmane et africaine. Selon une étude du gouvernement des Pays-Bas, la population des 4 principales villes, Amsterdam, Rotterdam, La Haye et Utrecht sera à majorité musulmane en 2010. Saurons-nous, face à cet événement aussi inéluctable qu'à certains égards nécessaire (le vieillissement de la population européenne met en danger le financement de nos systèmes sociaux), préserver notre modèle de société? La certitude de l'adhésion, sans ambiguïté, des dizaines de millions de citoyens musulmans européens à un modèle de coexistence excluant la violence comme mode de gestion des conflits tant dans la sphère publique que privée, et privilégiant la raison à la croyance (cf Benoit XVI) n'est-il pas un préalable absolument nécessaire? L'Islam a montré dans le passé (son âge d'or) qu'il peut produire des merveilles dans ce cadre là, mais une clarification est plus que jamais necessaire. J'attends de savoir ce qu'en pensent Sarko et la demi douzaine de candidats socialistes...

11/09/2006

De Ground Zero à Karl Zero

Cinq ans après nous nous souvenons de l'évènement inconcevable. "C'était comme une attaque de martiens" dit le sociologue Pierre Lagrange dans le podcast réalisé par Natacha et Sasha sur mémoire vive. En effet cela explique que cinq ans après les conspirationnistes recrutent à tour de bras. Des milliers, des millions même d'émules de Thierry Meyssan pullulent sur le web entretenant une véritable névrose paranoïaque. Dernière recrue, Karl Zéro qui a décidé de mettre sa notoriété, son talent, au service de la grande foutaise. Il a choisi cet anniversaire pour lancer son nouveau site web, le web2zero. Encore que celui-ci semble avoir quelque petit retard à l'allumage. Ce matin, toujours le même bandit manchot en guise "d'interlude". Il faut donc se reporter au texte adressé par l'ex ludion de Canal+, préretraité involontaire du PAF, à une certain nombre de blogeurs:

Paris, le 7 septembre 2006

Le 11 Septembre, on vous propose de revenir sur ce qui s'est passé
entre les deux tours...

Le 11 septembre, Karl Zéro lance leweb2zero.tv
Le principe ? Montrer ce qu'on ne voit nulle part dans les médias
traditionnels, et pouvoir en débattre librement.

De plus en plus, l'info est centralisée, orientée et n'offre plus la
multiplicité des points de vue qu'on serait en droit d'attendre de par
la multiplicité des médias. A une exception prêt : internet.

On a beaucoup parlé lors du "non" au référendum de 2005 du rôle
qu'avait joué le net dans la campagne. Et on espère aujourd'hui un
rôle aussi important du web pour la présidentielle, afin d'éviter deux
nouveaux tours surprenants. Mais pourquoi les médias n'ont-ils pas
retenu la leçon ? Pourquoi n'invitent-ils jamais blogueurs,
associations, petits partis, voire même simples citoyens à s'exprimer
?

On parle également beaucoup, anniversaire oblige, du 11 septembre
2001. Comment justifier que les théories remettant en cause la version
officielle soient totalement absentes des médias traditionnels et
qu'elles se retrouvent sous des centaines de formes différentes sur
internet ? On peut ne pas être d'accord avec, mais pourquoi les nier ?
Pourquoi Claire Chazal n'en parlerait-elle pas ?

Voila donc la raison de la naissance de ce site. Faire cohabiter dans
un même espace différentes tendances, opinions, idées, parfois pour
apporter des solutions concrètes à des problèmes d'aujourd'hui,
parfois pour rechercher ensemble des réponses, parfois simplement pour
le plaisir d'échanger, de débattre, de montrer ce que l'on est capable
de faire dans l'intérêt de tous.

Astiquez donc vos caméras, sortez vos téléphones portables, faites
tourner vos camescopes. Nous allons faire de même, et rendez-vous donc
à partir du 11 septembre sur
www.leweb2zero.tv


Vous l'avez compris, dans cette vulgate de la théorie du complot ce sont les media "officiels", dans lesquels K0 émargeait il y a encore peu de temps, qui tiennent le rôle des méchants.
Certes, si nous écrivons sur nos blogs, y sacrifiant notre sommeil et aussi notre vie privée, c'est que nous sommes bien conscient qu'il y a quelque chose de pourri dans le monde médiatique français. Dans l'interview déjà citée, Pierre Lagrange a raison de souligner que sous l'appellation "sens critique" on peut tout justifier y compris le révisionnisme. Quand nous, journalistes, défendons notre profession, y compris devant des imposteurs de talent comme Karl Zero, ce n'est pas par corporatisme. N'importe qui peut se dire journaliste, c'est la beauté de ce métier, mais cela suppose d'en accepter les règles. Tout ce qui n'est pas dit n'est pas forcément caché et n'en devient pas de facto vérité à révéler.

La deuxième remarque que je voudrais faire aujourd'hui est celle-ci: De quoi nous rappelons nous, au delà du buzz mediatique qui alimente les canards? Ce ne sont pas seulement les quelques 2800 morts de cette attaque terroriste. Les guerres au Darfour ou en Irak ont fait davantage de morts, et continuent à en faire. Non. C'est bien, il serait temps de l'admettre, le jour ou le grand rêve s'est fracassé. Le jour ou nous avons découvert, alors ou nous nous insurgions contre la théorie du choc des civilisations, que celle-ci avait des adeptes déterminés et qu'il nous était imposé, que nous le voulions ou non. Non, tous les musulmans ne sont pas des terroristes, et au sein même de notre société des tas de non-musulmans sont fascinés par ce défi lancé à ceux qu'ils soupçonnent d'orchestrer dans l'ombre toutes leurs frustrations. Mais l'Islam pose un problème à nos valeurs démocratiques, comme nous l'avons encore observé dans l'affaire des caricatures. Nous avons raison de vouloir continuer à blasphémer, mais aussi à voyager en avion avec du shampooing, une fiole de Whisky, un i-pod ou un ordinateur portable, bref à défendre notre mode de vie, sans que cela fasse de nous des suppôts de George Bush. Bref nous célébrons le jour ou nous nous sommes dit que nous avions un peu vite oublié le Mal.

08/09/2006

Les journalistes à la botte de Sarkozy?

François Bayrou, après tout, n'est pas tout à fait inutile. Depuis qu' il s'est fait chiper par Ségolène Royal le titre de "Tony Blair français" que je lui avait décerné un peu rapidement, on pouvait en effet se poser la question. Son algarade contre les liaisons incestueuses de Sarkozy avec un certain nombre de patrons de presse et, plus généralement sur la soumission de plus en plus importante de la presse (radios et Télé compris) au milieux d'affaires est fort bien venue, même si elle n'est évidement pas désintéressée.
Il faut en réalité distinguer plusieurs choses:
La connivence journalistique, véritable maladie française, est à mon avis le facteur le plus grave. On dirait un vrai fait culturel si l'on en juge par la rapidité avec laquelle un certains nombre de blogueurs, nouveau venus dans la sphère médiatique et de ce fait censés être disposés à rompre avec les pratiques de la classe journalistique "installée", se vautrent dans ce travers insupportable, pour un plat de lentille. Comme le relève fort justement Daniel Schneidermann dans sa chronique du jour (que je ne trouve plus le jour-même sur le site de Libé, décidément rien ne va plus là bas!), Il a suffit que Sarko les invite à Marseille, comme des "vrais" journalistes, et vienne tailler une bavette 5 minutes avec eux pour qu'ils perdent aussitôt leur peu de sens critique et appliquent admirablement cette règle du "off", fort utile en réalité à condition qu'elle ne devienne pas synonyme d'autorisation préalable avant publication, du style: "Oh, m'sieur Sarkozy, la grosse bêtise que vous venez de dire là, c'était "off" ou bien je peux vous citer?"
A mes yeux, avant de dénoncer le comportement de tel ou tel patron, il est bon de savoir qu'à la base même l'indépendance est un combat dont les journalistes ne sortiront vainqueurs qu'en manifestant un peu plus de solidarité confraternelle. Je ne suis pas naïf, je dis seulement ce qui est: Tant que les fayots pourront se prévaloir aux yeux de leur hiérarchie de quelques infos, même sans intérêt, le journaliste qui, lui ne mange pas de ce pain là, et se voit privé de matière aura toujours tort.
Il y a ensuite, la difficulté de plus en plus grande qu'éprouvent un certain nombre de de patron et/ou actionnaires de presse (parmi lesquels on trouve aussi des journalistes) à dissimuler à quel point ils sont impatients de voir Sarkozy élu président. Sur le fond, on peut les comprendre, car non seulement Sarko défend leurs intérêts, mais en plus il se montre souvent amical envers eux et représente un espoir de renouvellement politique dans leur famille politique naturelle. Mais, je serais Sarkozy, je leur demanderais de montrer un moins de zèle (l'affaire Paris Match, et plus récemment celle du sondage de la Tribune etc.). En effet, depuis Giscard qui avait presque tous les media avec lui en 81, jusqu'à la victoire du "non", les cas où l'opinion a fait son choix à l'inverse de celui des media dominants ne manquent pas. Ce phénomène aura tendance à s'amplifier, à mon avis pour une raison très simple qui est le discrédit de plus en plus grand des journalistes, leur manque de fiabilité, et le sentiment de beaucoup de Français qu'ils sont trop proches de la "France d'en haut". Rares sont en effet ceux dont l'avis pourrait peser réellement sur leur choix. Celui qui deviendrait, qu'il le souhaite ou non le candidat "officiel" des media, risque de s'en mordre les doigts en 2007.
Enfin, dernier point qui n'est pas moins inquiétant, la situation économiquement catastrophique de la presse écrite, et la paupérisation du métier de journaliste. De ce point de vue les derniers événements à Libération démontrent que les journaux dans lesquels les journalistes exerçaient encore le contrôle sur la ligne rédactionnelle vont disparaître les uns après les autres parce qu'ils n'ont pas pu ou su conserver la seule garantie de leur indépendance: leurs lecteurs.

 
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