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11/04/2008

retour à Olympie


Confronté aux manifestations de Londres et Paris qui ont donné au parcours de la flamme olympique (transportée dans un bus!) un air de farce, le CIO s'est enfin décidé à réagir, quoique sur un mode très modéré, pour rappeler la Chine à ses engagements. C'était déjà trop pour Pékin qui a répliqué de manière cinglante en rappelant aux gardiens du temple les principes édictés par eux même, à savoir le pseudo "apolitisme" de la charte olympique. Un comble.
L'Olympisme moderne est dans une impasse totale, coincé entre nécessités économiques et contraintes politiques, dont il ne sortira que par un retour aux sources.
On peut d'ailleurs se demander si trouver une ville prête et surtout capable de remplir les multiples critères pour pouvoir organiser les prochains jeux à attribuer- ceux de 2016- ne s'avérera pas une tâche quasi-impossible.
Durant de mon expérience comme consultant éphémère pour "Paris 2012" j'ai analysé les expériences des 30 dernières années. Elles illustrent parfaitement la situation actuelle. Pardonnez l'énumération:

-Munich 1972: La tragédie que l'on sait, et les Jeux n'ont pas été interrompus un seul jour!
-Montréal 1976: Derniers jeux financés exclusivement sur fonds publics. Un désastre économique dont la ville a mis 25 ans à se sortir.
-Moscou 1980: Année du boycott d'athlètes de nombreux pays, dont les Etats-Unis en raison de l'intervention des chars russes en Afghanistan. De ce fait bilan sportif insignifiant. Des jeux pour rien, ou presque.
-Los Angeles 1984: Premier Jeux entièrement privatisés, de ce fait bénéficiaires. Mais dès lors plus rien ne peut plus se concevoir sans les sponsors.
Séoul 1988: On peut admirer pour la première fois le sens de l'organisation asiatique. La Corée du Sud montre qu'elle accède au rang de pays développé.
-Barcelone 1992: Les jeux marquent le retour de l'Espagne dans la modernité. Tout a été pensé pour que la ville soit transfigurée. Triomphe de J.A Samaranch, alors président du CIO. Aujourd'hui, en partie grâce aux Jeux, Barcelone est une des capitales européennes les plus attractives. Ces Jeux sont encore régulièrement cités en exemple d'héritage positif.
-Atlanta 1996: Les JO "Coca-Cola", Ce ne sont pas les Etats Unis qui ont été choisis mais la capitale d'un des principaux sponsors du CIO, et accessoirement de CNN. Choix uniquement dicté par les contraintes du business. Atlanta s'avère être une ville trop petite, ses infrastructures sont ridicules. Il y a des ratés dans l'informatisation des résultats. Modèle de mauvaise organisation, comme le montre en particulier l'attentat devant le parc olympique qui fait 2 morts et 112 bléssés.
Sydney 2000: L'exemple de jeux parfaitement organisés et réussis, portés par une nation qui porte aux nues les valeurs et la pratique du sport. L'Australie a de l'espace, est à l'écart des troubles géopolitiques et...c'est une démocratie. Elle profite de l'évènement pour compenser son éloignement du reste du monde. Une référence, mais difficile de reproduire ces Jeux ailleurs.
Athènes 2004: La Grèce obtient enfin, après plusieurs échecs, le retour des Jeux dans leur mère-patrie. Mais le CIO (et tous les observateurs) sont un peu nerveux. La Grèce moderne n'est-elle pas un trop petit pays? Ses moeurs "méditerranéennes" ne seront-elles pas un handicap insurmontable? Néanmoins impossible de bloquer plus longtemps la demande des Grecs. A l'arrivée, on passe tout près de la catastrophe. Athènes faillit ne pas être prête à l'heure. Les retards dus aux impayés ont pu être rattrapés grâce à la solidarité européenne qui a joué à plein. Du coup, Athènes s'est offert, en quelques années, au prix d'un endettement important et grâce au contribuable européen une modernisation de ses infrastructures qui aurait demandé 20 ans sans les Jeux.
Pékin 2008: C'est le tour de Pékin. Les sponsors et le CIO sont alléchés par les records de croissance. La Chine est un grand pays qui ne lésine pas sur les moyens, y compris les plus discutables pour arriver à ses fins. On a fermé les yeux sur les quasi esclaves venus des campagnes et les expropriations. Une telle "réussite" qu'il a fallu interrompre les chantiers pour ne pas être prêts trop tôt. La Chine prend des engagements sur les droits de l'homme qui resteront lettre morte.
Londres 2012: Paris échoue pour la troisième fois, pour 4 voix seulement (sur 104). Un camouflet pour les héritiers de Coubertin, à qui il est cyniquement rappelé que l'essentiel est de participer! Les raisons de l'échec sont multiples mais on ne dira jamais assez à quel point la grève des transports parisiens, le jour de la visite de la commission d'évaluation du CIO aura été un coup de poignard dans le dos. Finalement le CIO a davantage confiance dans le dynamisme et le cosmopolitisme londonien qu'en ces imprévisibles et quelque peu arrogants Français.
Conclusion: Mis à part Barcelone, Sydney et dans une moindre mesure Séoul le bilan est largement négatif. L'idée de l'apolitisme des JO est une fiction. Tout montre au contraire que l'histoire des Jeux s'inscrit dans l'Histoire tout court. En choisissant Pékin, le CIO a pensé au business tandis que les Chinois, comme tous ceux qui les ont précédé ont pensé réaliser une opération de relations publiques à l'échelle mondiale. Cela ne saurait être neutre ni se limiter à un événement purement sportif. Du reste on peut s'attendre un festival de performances d'athlètes chinois plus ou moins suspectes, ce qui ne manquera pas de relancer la polémique sur le dopage.
Enfin, réflexion faite, si des Jeux correctement pensés (Barcelone) peuvent durablement façonner une ville, il est exagéré de dire que celle-ci en retire un supplément de croissance. En général celle-ci précède les Jeux qui constituent une lourde charge pour un pays et ses habitants, à peine compensée-pas toujours!- par des retombées d'image positives.
Pour 2016, le CIO cherchera un candidat en dehors de l'Europe en vertu d'une règle non écrite d'alternance entre les continents. Remis de l'expérience chinoise, il souhaitera privilégier une démocratie et en tout cas un pays à économie forte et fiable car les Jeux sont de plus en plus compliqués à organiser. L'Afrique étant de fait hors concours, on regardera vers l'Amérique. Il y aura le Brésil mais apparemment Rio préfère concourir pour la coupe du monde de foot 2014, choix indiscutable et quasi assuré. Les Etats-Unis ayant organisé deux fois des Jeux en 30 ans, cela laisse guère que le Canada (Toronto est un éternel candidat malchanceux). Le Mexique étant exclu car il a remplacé la Colombie comme pays le plus dangereux de la région. En Asie, il n'y aurait guère que le Japon mais rien n'indique qu'il souhaite être candidat. On pourra être tenté de retourner en Australie, à Melbourne cette fois qui a eu des velléités..Le choix, en tout cas, est restreint. Reste une autre solution, une vieille idée qui pourrait être un remède à tous ces tourments: Décider de revenir à l'esprit des Jeux de l'Antiquité, c'est à dire qu'ils se déroulent tous les quatre ans à Olympie, ou plutôt à Athènes dont les installations viennent d'être modernisées. Les investissements rendus nécessaires seraient bien sûr mutualisés, les installations sportives enfin amorties car contrairement à ce que l'on dit cela n'est jamais le cas. En effet, on ne peut plus ensuite y organiser d'événements comparables aux JO. Et contrairement aux infrastructures touristiques ou logistiques elles sont à fonds perdus, ne profitent qu'aux sportifs de haut niveau et ne laissent aucun héritage. On aurait enfin des JO durables! Mais les sponsors seront-ils d'accord? Le mouvement olympique va devoir faire un choix qui déterminera l'avenir des Jeux au XXIème siècle.

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