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14/03/2008

Un boycott archaïque et contreproductif

Un confrère arabe du journal « Al qods al arabi » me demande mon sentiment « à chaud » sur l’appel (arabe) au boycott du salon du livre dont l’invité d’honneur est cette année Israël, ou plutôt, comme ont du le préciser les organisateurs, « la littérature israélienne ». Il est sur le point de « boucler » et ne me laisse même pas quelques minutes pour me retourner.
Voici ce que je lui ai dit, et aussi ce que je n’ai pas eu le temps de lui dire :
-La coïncidence avec la célébration du soixantième anniversaire de l’Etat d’Israël a pu donner le sentiment à certains qu’il s’agissait d’une manifestation politique s’inscrivant dans le cadre de la célébration de l’évènement. En réalité il n’en est rien. Il s’agit d’une manifestation essentiellement culturelle dédiée à une des littératures les plus inventives et inspirées du moment, comme du reste son cinéma.
-Cet appel, motivé par la situation alarmante dans laquelle se trouve le peuple palestinien, est d’autant plus contreproductif qu’elle vise à pénaliser des hommes et des femmes qui sont presque tous résolument engagés dans le combat pour la reconnaissance mutuelle et pour la coexistence de deux Etats. Je pense exactement la même chose, pour les mêmes raisons des tentatives de boycott des universités israéliennes. Dans un pays dont 20% des habitants sont arabes, elles font en particulier un énorme travail pour l’accès de cette communauté à l’enseignement supérieur, dont beaucoup d’universités française pourraient utilement s’inspirer.
-Les auteurs et éditeurs arabes qui se priveraient de participer à la vitrine que représente le salon du livre de Paris ne feraient que se tirer une balle dans le pied. Le salon est, pour eux aussi, une occasion unique de se faire connaitre et aussi d’encourager la traduction en arabe d’autres auteurs. On cite souvent cette statistique du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) : Dans l’ensemble du monde arabe on traduit à peine autant de livres étrangers que dans un pays comme la Grèce ! Et ce ne sont pas toujours les meilleurs, quand on songe au succès que rencontre dans les échoppes arabes la traduction de « Mein Kampf »,  du « Protocole des sages de Sion », ou-pour parler d’un livre plus récent- de « l’effroyable imposture » de Thierry Meyssan qui prétend qu’un complot américain est derrière les attentats du 11 septembre.
-Bref, il n’est hélas pas impossible de penser que cet énième appel-qui n’émane d’ailleurs pas des intellectuels arabes mais d’autorités politiques comme la Ligue Arabe-est une nouvelle manifestation de rejet d’Israël, de sa société, de sa réalité moderne, plutôt que de sa politique envers les Palestiniens.
Espérons qu’il sera  peu entendu et que de nombreux auteurs arabes iront au salon avec enthousiasme. Leur démarche ne vaut évidement pas soutien à Israël, elle contribue seulement à la paix. En effet, mieux que n’importe quelle initiative politique, le roman, le récit, le livre en général est la meilleure façon de découvrir ou de mieux comprendre la réalité de « l’autre ».

 
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