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28/11/2007

Denise, rescapée de l'enfer Khmer rouge

b632bd59be7036357cc3f26d29a6d597.jpgC’est une petite dame très digne. Son livre n’aura jamais de prix littéraire, d’ailleurs ce n’est pas un roman. Justement. Lors de l’enregistrement, nous étions tous, sur le plateau comme en régie, au bord des larmes. Pour la première fois, je me suis demandé si j’allais être capable de terminer une interview. Après, nous avons tous eu besoin de l’embrasser. De serrer dans nos bras ce petit morceau d’humanité martyrisé…De lui demander pardon. En notre nom à tous, le notre celui de nos ainés qui n’ont pas su ou pu la protéger.
Je venais juste de terminer, déchiré, la lecture de son récit « La digue des veuves », aux Presses de la Renaissance. Bien trouvé l’éditeur car Denise Affonço, franco-cambodgienne, est revenue à la vie après quatre ans (entre 1975 et 1979) passés dans les camps de concentration à ciel ouvert des Khmers rouge pendant lesquels elle est morte plusieurs fois. Sa fille, elle, est morte de faim, à l’âge de 9 ans, sous ses yeux. Comme elle était trop jeune pour trimer comme les autres du lever du jour au coucher du soleil, sept jours sur sept, ses bourreaux ne lui donnaient qu’une demi-ration de riz. Les privations de sa mère n’ont pas suffi à la sauver. La pauvre fillette est morte, non sans avoir demandé pardon à sa mère pour avoir « été méchante avec elle ». Les jours qui ont précédé sa mort, Jeannie, possédée par le démon de la faim avait insulté sa mère parce qu’elle ne la nourrissait pas assez. Comment peut-on jamais se remettre d’un tel supplice ? Toute la famille de Denise a connu le même sort. Son mari, un intellectuel communiste, a été exterminé dans un « camp de redressement ». Quant les Khmers rouge sont arrivés à Phnom Phen, il était pourtant enthousiaste. Les révolutionnaires allaient, pensait-il les débarrasser du régime honni de Lon Nol. Denise, citoyenne française, aurait pu être évacuée. Mais pas son compagnon et père de ses enfants. D’autres femmes ont fait ce choix et n’ont jamais revu leur mari, mais comme dit Denise, aucune n’a la conscience tranquille. Denise est donc restée et n’en veut même pas à la France pour avoir eu un cœur de pierre.
Il ne reste à Denise qu’un fils, Jean-Jacques, réfugié en France comme elle. Il avait douze ans à l’époque et fut traité comme adulte. C'est-à-dire envoyé au travail forcé, séparé de sa mère et constamment battu. Sous alimenté, sa croissance s’en est ressentie mais il doit néanmoins à ce traitement d’avoir eu la vie sauve. Il n’y avait pas de chambre à gaz au Cambodge, mais on exterminait tout aussi sûrement par la famine et les maladies. Avec les cadavres les SS khmers fabriquaient de l’engrais humain…
Aujourd’hui Jean-jacques a 43 ans. Il a encore du mal à regarder des scènes de violence trop réalistes à la télévision, et croit toujours que son père est vivant.
Tous les récits des survivants d’un génocide se ressemblent.
Celui-ci s’est déroulé, avec la complicité de la Chine, sans réaction des « nations du monde libre », trente ans après la fin de la deuxième guerre mondiale. A part quelques lampistes, les responsables n’ont pas été jugés. Pol Pot est mort dans son lit. Il y a eu d’autres génocides depuis. Rien ne change. Et c’est ça qui est vraiment à pleurer.
Pour voir ou revor l'entretien de Denise Affonço sur France24, cliquez ici

26/11/2007

les moeurs politico-médiatiques

Ce n'est pas moi qui raconte, cette fois-ci mais l'excellent Jean-Michel Apathie, de RTL. Bernard Kouchner a beau incarner une "autre façon de faire de la politique", l'humanitaire et tout et tout...Quand on en vient aux media, indécrottable, comme les autres, les réalpoliticiens. Non seulement ils s'invitent quand ça leur toque, mais en plus ils prétendent faire les questions à la place de l'interviewer, et quand ils n'y arrivent pas ils s'en vont sans même dire au revoir en faisant la gueule. Je vous le dit, il faut avoir sacrément la foi pour continuer de faire ce métier. Ce sera tout.

22/11/2007

Pourquoi 2007 ne sera pas 1995

Chirac mis en examen pour détournement de fond. Cela n'émeut personne tant Chirac, cela parait déjà du passé. Au passage, la dégringolade physique de l'homme fait peine à voir. Sur les quelques images prises de lui ces derniers mois, il marche comme un vieillard.
95 est donc la préhistoire.
Il y a de nombreuses raisons pertinentes qui expliquent que le conflit de 2007 ne ressemble en rien à celui de 1995. Laissons de côté la saison des grèves, novembre ici, décembre il y a douze ans.
Il y a bien sûr le fait que la société, le monde a énormément changé (la mondialisation est un phénomène assez bien intégré en général, même si certains Français ont encore du mal à s'y faire). Les Allemands-pour prendre un cas proche de nous- ont repoussé l'age de la retraite à 67 ans et, il faut le souligner, outre-Rhin les fonctionnaires n'ont pas le droit de grève.Chez nous, les régimes de retraite du privé et aussi de la fonction publique ont déjà été en partie réformés et la durée du travail allongée. Le bilan des 35 heures est considéré comme globalement négatif pour les salariés modestes.  Tout cela, plus l'exceptionnelle victoire de Sarkozy (en terme de mobilisation et de score)  explique que l'opinion ne sympathise plus avec les cheminots sur lesquels le conflit se polarise puisqu'ils ont, en théorie, la possibilité de "paralyser" le pays.
Or justement, contrairement à ce que l'on lit ici ou là, et en particulier dans la presse étrangère, il n'y a ni "blocage", et encore moins paralysie du pays. Tout juste un ralentissement, qui a un coût on y reviendra, mais en tout cas rien à voir avec le chaos de décembre 95.
La principale perturbation se situe dans les transports régionaux pour aller travailler et rentrer chez soi le soir. Les autres déplacements peuvent encore se faire en avion, et au bout de quelques jours il y avait à nouveau quelques TGV. Le Thalys et l'Eurostar ont fonctionné tout à fait normalement, conduits par des Belges ou des Anglais, merci l'Europe.
Les salariés se sont donc organisés, au prix de quelques jours de RTT (qui n'existaient pas en 95...), avec un  peu de co-voiturage (découvert en 95),  puis ils ont pris leur mal en patience. Beaucoup de sociétés ont mis en place des systèmes parfois collectifs pour leurs employés, à France 24 par exemple la direction a payé le taxi à tous ceux qui ne pouvaient pas faire autrement. A condition d'en trouver un, de ce côté là ça ne s'est pas arrangé. La note va être salée, de toute façon, car il n'y a pas de caisse noire patronale chez nous! Mais on n'a pas revu ces autobus qui partaient parfois à 5 heures du matin des villes de lointaine banlieues pour arriver à 8 heures et demi au centre de Paris.
La principale différence avec 95 vient de l'extraordinaire essor du deux roues, qu'il soit motorisé ou non. Depuis 12 ans les ventes de scooters croissent d'environ 10 à 15% par an. Et puis à Paris, comme dans  d'autres grandes villes, il y a, bien sûr,  le Vélib... Ajoutés aux vélos "privés" qu'on a ressorti des caves, ce sont des centaines de milliers de bicyclettes, poussées par la mode écolo et le réchauffement climatique, qui ont envahi nos rues, parfois de façon anarchique. C'est, hélas, le revers à la médaille: l'augmentation exponentielle des accidents corporels engageant des deux roues durant les grèves: +70% à Paris selon la Préfecture de Police! A mettre aussi sur le dos des grévistes?
C'est à Paris, plutôt en Ile de France, (et dans une moindre mesure à Marseille) que les syndicats des transports sont les plus puissants. Presque partout ailleurs les transports urbains ont été privatisés ou municipalisés. Il est donc ironique de penser que Bertrand Delanoé qui, selon la formule consacrée a inventé les embouteillages de nuit, en a aussi fourni l'excellente antidote avec le Vélib, et que de cette façon il a rendu un fier service aux usagers et indirectement aussi au gouvernement qui peut négocier sans subir une insupportable pression des salariés "paralysés".
Autre différence majeure: En 95 la surenchère avait coûté très cher aux syndicats "installés"avec l'apparition de Sud Rail sur la gauche de la CGT, et aux dépens de la CFDT. Même s'il y a eu débat interne, il est clair que la leçon a été retenue et que Thibaut avait intérêt à une reprise du travail la plus rapide possible.
Il y a d'autant plus intérêt qu'une fois admis le principe des 40 annuités (ce qu'a fait en réalité la CGT  sans bien sûr le crier), il y a du grain à moudre! On le savait avant même que la négociation ne commence, entreprise par entreprise, ce qui est évidement la meilleure formule.
La SNCF propose déjà 90 millions d'euros en compensation aux cheminots sous forme d'augmentation de salaire en fin de carrière, ou de régime de retraite complémentaire. Ses confortables bénéfices  (417 millions en 2006) le lui permettent, et au bout du compte, le client paiera. Ce qui n'est pas choquant, d'autant que le train est, en France, encore très bon marché. Les entreprises, les clients, et pour une part aussi les salariés paieront pour des retraites qui seront peut-être meilleures, ce qui est quand même plus normal que de faire payer le contribuable. Et puis 90 millions comparés aux 5 milliards que l'Etat économisera avec la disparition des régimes spéciaux, cela laisse même une marge de négociation aux syndicats qui auront en face d'eux un représentant du dit-Etat!
Bref, en deux mots, on est revenu- enfin presque- à un fonctionnement normal dans un pays démocratique et social, à défaut d'être social démocrate.
Pour toutes ces raisons, il n'est pas exagéré de dire que la grève de 2007 aura été un bide.
Mais, même si ce n'est pas 95, il aura fallu en passer par une grève anachronique qui va couter des centaines de millions, certains disent des milliards d'euros et pas loin d'un demi point de croissance. La France pouvait-elle se le permettre? Bien sûr que non. Et tout cela parce que les syndicats modérés (dans lesquels on peut aussi ranger désormais la CGT) doivent composer avec une base influencée intellectuellement par l'idéologie d'extrême gauche que l'on voit aussi à l'œuvre dans les campus avec le refus dogmatique et suicidaire de toute réforme de l'université. Une extrême gauche qui a contribué au déclin du PC et affaiblit aussi le PS, qui pèse près de 10% aux élections, qui joue ouvertement la rue contre le suffrage universel, refuse de s'incliner devant le votes à bulletin secret dans les AG des facs, en reste à des slogans démagogiques et "anti-capitalistes", bref un courant politique anti-démocratique face auquel, bizarrement, la société ne s'alarme pas, ne se gendarme pas, ne se montre pas "vigilante", comme elle le fait avec l'extrême droite dont la toxicité est pourtant, j'ose le dire, dix fois moins grande!
Attendez, vous ne me croyez pas? Le FN, au faîte de son influence électorale, aurait-il jamais pu, l'eut-il voulu, organiser une telle tentative de déstabilisation? Vous croyez que l'extrême gauche, à la différence de l'extrême droite est non violente? Voyez les destructions dans les facs et à la SNCF...sans parler de sa complaisance "border line" envers le terrorisme politique, la violence contre l'Etat justifiée par la violence de l'Etat et autres foutaises théoriques.
Comme l'extrême droite, l'extrême gauche sera défaite. Elle le sait déjà. Alors que se profile l'inéluctable reprise et les non moins inéluctables compromis, apparaissent les premiers sabotages (que Sud Rail refuse de condamner!). Car elle va ainsi au bout de sa logique de minoritaire. Comme les réformistes finissent par faire valoir leur point de vue et que tout le monde en est à peu près satisfait, elle ne peut que casser, car tel est en réalité son seul programme politique.
Reste qu'elle jouit d'une étonnante tolérance politique et sociale, car on l'assimile à tort au côté sympathique de 68.
Il est temps que juchés sur leurs vélib', les bobos, qui s'adonnent parfois au vote de protestation pour l'extrême gauche- sans même l'excuse sociale des prolos qui votaient Le Pen-le réalisent. Ils jouent tout simplement contre leur pays.

19/11/2007

Faut-il bombarder l'Iran?

Depuis maintenant des mois la question est là , agoissante. Il n’est pas facile d’y répondre, encore moins de décider l’implication de son pays. Commençons par ce qui ne fait guère de doute : La république islamique d’Iran cherche bien à se doter d’une capacité de dissuasion ou d’intimidation nucléaire. Cette perspective est dangereuse, non pas tant en raison des menaces sur Israël (qui ne sont pas des menaces d’agression militaire, il faut le souligner), qu’en raison des risques de dissémination dans les autres pays de la région, inquiets de voir la grande puissance chiite accéder au club envié et prestigieux des nations disposant de « la » bombe. Si le monde laisse l’Iran disposer d’un arsenal nucléaire, ces pays accélèreraient alors leur course anarchique vers l’atome militaire. Le vrai danger serait alors de se retrouver un jour, en raison de cette prolifération, face à des dizaines ou des centaines de bombes sales aux mains de terroristes qui pourraient s’en servir sans encourir, comme l’Iran, le risque d’une  réplique nucléaire immédiate sur leur territoire, c'est-à-dire l’enfer…
Il est donc important d’empêcher l’Iran de faire aboutir son projet. Ce constat ne permet pas de répondre plus facilement à la question, la seule, attaquer ou non un Etat souverain. Certains pensent que le bombardement de l’Iran serait une folie pour de mauvaises raisons. Partisans en toute circonstance de l’apaisement ceux là sont de toute façon incapables, à l’image des munichois de jadis, d’envisager la guerre, même pour éviter un péril encore plus grand. D’autres ont de meilleurs arguments, tel Martin Van Crevel, spécialiste des questions stratégiques, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, qui expliquait récemment pourquoi le bombardement de l’Iran serait à la fois sans risque majeur pour les Américains (et leurs alliés), en raison d’une surestimation des capacités de réaction iranienne… mais pourtant sans intérêt car ayant peu de chance de toucher au but.
Les iraniens doivent se sentir vulnérables puisque, devant les autres chefs d’Etat des pays de l’Opep ce week-end, leur président a menacé, en cas d’affrontement avec les Etats-Unis, de recourir aux bonnes vieilles méthodes années 70 : coupure du robinet et blocage du détroit d’Ormuz. C’est peut-être du bluff, mais le marché-assez nerveux ces jours-ci- a aussitôt été repris par sa fièvre haussière.
Ce soir, sur le plateau du débat, l’affable ambassadeur iranien soufflait comme toujours le chaud et le froid, assurant que l’Iran ne souhaitait pas faire un usage politique du pétrole, mais qu’il ne resterait pas non plus les bras croisés. Comprenne qui pourra.
Alors que faire ?...La non plus aucune réponse n’apporte une assurance de succès. Sans doute peut-on prendre des sanctions plus sévères contre l’Iran, par exemple sur ses approvisionnements en pétrole raffiné, puisque Téhéran importe-un comble !- un tiers de sa consommation, en raison d’une trop faible capacité de raffinage.
On ne serait pas à l’abri d’une riposte « pétrolière », mais, comme le soulignait Pierre Terzian, de toute façon le marché spécule à la hausse dès que les rumeurs de confrontation sont confortées par l’actualité. Comme disait le Général, la politique (de la France) ne se fait pas à la corbeille. Et puis cela vaut sans doute mieux que de ne rien faire.
Les Iraniens peuvent se braquer, surréagir, mais on peut avoir une bonne surprise. L’Iran est un pays paradoxal. Ce n’est pas une démocratie, mais il y a une opposition et des élections et la situation économique du pays n’est guère reluisante. Les Iraniens commencent à se rendre compte que leur turbulent président n’a tenu aucune de ses promesses. Et puis, tout le monde le sait, il faut s’habituer à vivre avec un pétrole cher. Raison de plus pour éviter de se montrer pusillanime.

16/11/2007

Element de langage pour répondre aux emmerdeurs

C'est à la fin de l'article de Baqué et Gurrey sur la dépression de Jacques Chirac, dans le Monde de ce jour. Il faut bien relire l'une des dernières phrases:
"Le couple Chirac occupe toujours le vaste appartement du Quai Voltaire prêté par la famille Hariri. "Il n'a pas de patrimoine", plaide un ami, semblant oublier le château corrézien de Bity."

S'il n'y avait que Bity...

Donc, pendant les quarante dernières années, vous, moi, nous tous avons tenté de nous constituer un petit patrimoine à la mesure de nos moyens, pour nos vieux jours, pour nos enfants, mais lui qui était notre député, maire, premier ministre, Président, non. Rien. Démuni totalement, réduit à demander l'hospitalité, "provisoirement" à un ami.

Ah, ça va leur clouer le bec, aux emmerdeurs...

Excusez la trivialité mais là, on nous prend vraiment pour des cons...

08/11/2007

Voiture balai


Les jurés du Goncourt-Renaudot ont donc une fois de plus choisi de remercier la maison Gallimard à qui sont revenus les deux prix cette année encore. Très fort, car le livre de Daniel Pennac (chagrin d'école) n'est même pas à proprement parler un roman, mais une énième digression sur les tares par ailleurs bien réelles de notre Education Nationale. Il parait (Giesbert) que c'est digne de Pagnol. S'il le dit...
Moi, je regretterai que les prix, les grands en tout cas puisqu'il reste encore le Médicis et l'Interallié aient encore laissé passer Olivier Adam. Mais il faut dire que lorsqu'on a déjà ignoré Michel Houellebecq, le seul auteur qui ait réellement secoué une littérature française moribonde, on est pas à ça près. Ça, en l'occurrence, s'appelle "A l'abri de rien" (L'olivier). Je ne crie pas au chef d'oeuvre, c'est plein de défauts agaçants ( comme ces allusions répétées à Céline et au "Voyage"), mais par ailleurs c'est fort, juste, engagé, courageux, et oui, social. Une écriture fluide et qui donne en même temps des coups de poing dans le ventre. Adam touche, émeut avec son héroïne brisée et qui perd pied parce qu'elle ne parvient pas à canaliser ses sentiments. Et puis, par dessus tout, moi, ce qui me plait c'est qu'il me fait réfléchir aussi, en appuyant sur une plaie de notre société, à savoir notre façon de nous comporter face aux réfugiés, à l'étrangeté. Bref un roman français qui ne vous fait pas perdre votre temps. Plutôt rare.
 

01/11/2007

Attention danger, Enfants

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Les enfants. Il faut faire très attention avec les enfants et surtout s'ils se retrouvent pris au milieu d'un choc de civilisations, de cultures, d'opinions, de race, de religion, j'en passe. Voir Guy Môquet. Voir il y a très longtemps (qui s'en souvient?) la pénible affaire Finaly qui, un demi siècle après l'affaire Dreyfus, faillit encore couper la France, ses intellectuels, en deux. Voir les pseudos orphelins du Tchad (ou du Darfour, on ne sait plus) arrachés à leurs parents avec la complicité de quelques chefs de tribus. Pathétique épopée de quelques illuminés de l'humanitaire qui pensaient sans doute savoir mieux que de pauvres sauvages ce qui était bon pour les (leurs?) enfants. Quoi? On ne va pas chipoter avec les lois locales quand ils s'agit de sauver les enfants. Une bonne éducation à l'occidentale, les bonnes manières, des vêtements propres valent quand même mieux que la vie dans des camps de fortune. Même avec papa et maman. Ce raisonnement a un nom, celà s'appelle du néo-colonialisme. Avec ses bonnes intentions et même ses "côtés positifs". Mais néo coloniales quand même, voire un tantinet raciste.
Bien sûr, Idriss Déby, avec ses grotesques accusations (pédophilie, trafic d'organe, esclavage) s'y entend à merveille pour réveiller les "vieux démons", et faire sangloter l'homme blanc. Comme Khadafi avec les infirmières bulgares, le président tchadien fait sa petite tambouille politique sur le dos des occidentaux. Sauf que les infirmières étaient, elles, totalement innocentes. L'affaire ne sent pas bon du tout, et, celà n'a pas manqué, il y a eu à Abéché des manifestations anti-occidentales, durant laquelle la foule chauffée à blanc (sans jeu de mot) a failli lyncher.
Il faut certes veiller à ce que les droits des accusés soient respectés, en fonction des règles internationales, mais dans un premier temps se mobiliser pour les deux journalistes scandaleusement traités comme des complices. Sans doute parce qu'ils sont Français et blancs comme les aventuriers de l'arche de Zoé. Il faut dire que c'est aussi du racisme. (On peut signer la pétition exigeant la libération des journalistes ici)
Comment traitons-nous les enfants? Les notres bien sûr, mais aussi ceux des "autres".Quand ils sont "sans papiers", la police française les piège, et leurs parents aussi, à la sortie des écoles, où les poursuit chez eux. De temps en temps en tentant de s'enfuir par le balcon, il y en a un qui tombe (A Amiens, le jeune russo-tchétchène Ivan Demsky débouté du droit d'asile , lui et ses parents). Il éviter tout vision angélique de l'immigration. Mais affirmer aussi que la politique doit se faire au niveau européen et qu'une fois passées les frontières, même clandestinement on ne peut traiter de la sorte des êtres humains.
En Inde, 60 millions d'enfants seraient au travail. Payés moins, beaucoup moins qu'un  dollar par jour. Quand ils sont payés. L'enquête clandestine publiée par l'Observer britannique a montré que des gamins de 10 ans étaient vendus par leurs parents contre une misère pour travailler 16 heures par jour dans des ateliers de confection poisseux et n'étaient même pas payés. Quand ils ne sont pas assez vaillants on les bat. C'est Oliver Twist à New Dehli, au XXIème siècle.
Qui doit-on blâmer? La firme Gap, américaine, qui entend participer à la lutte contre le sida en Afrique et qui,malgré ses engagements à banir le travail des enfants, sa collaboration avec les ONG, ses 90 inspecteurs, ne peut contrôler jusqu'au moindre sous-traitant indien? Ou bien le gouvernement indien qui ne semble pas très empressé de faire respecter ses propres lois? C'est au choix, selon ses préjugés altermondialistes ou occidentalistes. Mais la vérité est qu'ils sont également responsables. Gap sait très bien qu'il ne paye pas à ses fournisseurs un prix juste, susceptible de garantir un échange équitable, et qu'il exige des délais de livraison tellement courts qu'il les oblige à sous-traiter à n'importe qui. Le gouvernement indien ne peut s'exonérer de sa responsabilité et ses protestations sont ridicules (il accuse l'Europe de préparer des mesures protectionnistes, au nom de la protection des enfants). Le pire, c'est que les deux calculs sont également contreproductifs. En ne garantissant pas l'éducation la plus avancée à ses enfants l'Inde qui manque déjà d'ingénieurs ne prépare guère son propre avenir qui sourira aux pays dont la population jouira du meilleur niveau de formation.
Gap se tire aussi une balle dans le pied. Les dégâts d'image de cette affaire vont lui couter très cher. La mère ou le père de famille européen ou américain hésitera sans doute un peu plus avant d'entrer dans un magasin Gap pour y acheter à son enfant un vêtement pour lequel un autre gamin moins chanceux aura trimé pendant que le leur allait à l'école. De surcroit, les ventes de Gap  baissent déjà parce que l'enseigne peine à renouveler ses collections assez rapidement. La mode change vite et l'avenir est aux circuits courts. En comparaison, Zara s'en tire beaucoup mieux. Au lieu de presser les sous-traitants et s'exposer à une mésaventure comme celle de Gap en Inde, l'enseigne espagnole a "relocalisé" sa production en Afrique du Nord. Les salaires y sont (un peu) plus élevés qu'en Inde mais elle n'y perd pas beaucoup car aujourd'hui les coûts de main d'œuvre représentent une part très modeste, autour de 10%, du  prix de vente final d'une chemise ou d'un T shirt de marque. A la caisse, nous payons surtout pour les dépenses de marketing et de transport de la marque en question. Mieux, il s'avère que le prix d'un vêtement est aussi, et peut-être surtout, une affaire de communication! Si Gap-qui a annoncé qu'il allait détruire la marchandise "made in India" concernée par le scandale, manifestait ne serait-ce qu'une intention de produire ailleurs, cela ferait peut-être réfléchir les autorités indiennes.
Leçon de ces histoires: Quand nous jouons avec les enfants, nous ne perdons rien à faire en sorte que ce soient eux les gagnants.

 
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