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08/09/2006

Les journalistes à la botte de Sarkozy?

François Bayrou, après tout, n'est pas tout à fait inutile. Depuis qu' il s'est fait chiper par Ségolène Royal le titre de "Tony Blair français" que je lui avait décerné un peu rapidement, on pouvait en effet se poser la question. Son algarade contre les liaisons incestueuses de Sarkozy avec un certain nombre de patrons de presse et, plus généralement sur la soumission de plus en plus importante de la presse (radios et Télé compris) au milieux d'affaires est fort bien venue, même si elle n'est évidement pas désintéressée.
Il faut en réalité distinguer plusieurs choses:
La connivence journalistique, véritable maladie française, est à mon avis le facteur le plus grave. On dirait un vrai fait culturel si l'on en juge par la rapidité avec laquelle un certains nombre de blogueurs, nouveau venus dans la sphère médiatique et de ce fait censés être disposés à rompre avec les pratiques de la classe journalistique "installée", se vautrent dans ce travers insupportable, pour un plat de lentille. Comme le relève fort justement Daniel Schneidermann dans sa chronique du jour (que je ne trouve plus le jour-même sur le site de Libé, décidément rien ne va plus là bas!), Il a suffit que Sarko les invite à Marseille, comme des "vrais" journalistes, et vienne tailler une bavette 5 minutes avec eux pour qu'ils perdent aussitôt leur peu de sens critique et appliquent admirablement cette règle du "off", fort utile en réalité à condition qu'elle ne devienne pas synonyme d'autorisation préalable avant publication, du style: "Oh, m'sieur Sarkozy, la grosse bêtise que vous venez de dire là, c'était "off" ou bien je peux vous citer?"
A mes yeux, avant de dénoncer le comportement de tel ou tel patron, il est bon de savoir qu'à la base même l'indépendance est un combat dont les journalistes ne sortiront vainqueurs qu'en manifestant un peu plus de solidarité confraternelle. Je ne suis pas naïf, je dis seulement ce qui est: Tant que les fayots pourront se prévaloir aux yeux de leur hiérarchie de quelques infos, même sans intérêt, le journaliste qui, lui ne mange pas de ce pain là, et se voit privé de matière aura toujours tort.
Il y a ensuite, la difficulté de plus en plus grande qu'éprouvent un certain nombre de de patron et/ou actionnaires de presse (parmi lesquels on trouve aussi des journalistes) à dissimuler à quel point ils sont impatients de voir Sarkozy élu président. Sur le fond, on peut les comprendre, car non seulement Sarko défend leurs intérêts, mais en plus il se montre souvent amical envers eux et représente un espoir de renouvellement politique dans leur famille politique naturelle. Mais, je serais Sarkozy, je leur demanderais de montrer un moins de zèle (l'affaire Paris Match, et plus récemment celle du sondage de la Tribune etc.). En effet, depuis Giscard qui avait presque tous les media avec lui en 81, jusqu'à la victoire du "non", les cas où l'opinion a fait son choix à l'inverse de celui des media dominants ne manquent pas. Ce phénomène aura tendance à s'amplifier, à mon avis pour une raison très simple qui est le discrédit de plus en plus grand des journalistes, leur manque de fiabilité, et le sentiment de beaucoup de Français qu'ils sont trop proches de la "France d'en haut". Rares sont en effet ceux dont l'avis pourrait peser réellement sur leur choix. Celui qui deviendrait, qu'il le souhaite ou non le candidat "officiel" des media, risque de s'en mordre les doigts en 2007.
Enfin, dernier point qui n'est pas moins inquiétant, la situation économiquement catastrophique de la presse écrite, et la paupérisation du métier de journaliste. De ce point de vue les derniers événements à Libération démontrent que les journaux dans lesquels les journalistes exerçaient encore le contrôle sur la ligne rédactionnelle vont disparaître les uns après les autres parce qu'ils n'ont pas pu ou su conserver la seule garantie de leur indépendance: leurs lecteurs.

Commentaires

100% d'accord.
On ne tombe plus dans le panneau.
Pour ma part, je recoupe l'info avec plusieurs journaux, y compris les média non-officiel du net, j'écoute les interview intégral, parfois même quelques séances de l'assemblée nationale.

Écrit par : Fulgore | 08/09/2006

D'accord pour l'essentiel avec cette analyse.

Tout aussi inquiétante est la disparition de Karl Zéro de Canal+ avec son vrai journal. La disparition de "tout le monde en parle" (bien que je sois loin de partager toute les opinions de Thierry Ardisson, mais au moins il ne pratique pas la langue de bois).

D'ailleurs, si la presse faisait son métier comme elle le devrait (ce que tu dénonces fort bien), les blogs auraient peut-être moins d'intérêt. C'est vrai que parmi ceux-ci, on trouve tout et n'importe quoi. Heureusement, de nouveaux médias alternatifs commencent à trouver une véritable place dans cette jungle médiatique, et particulièrement aux Etats-Unis, où les grands médias font de moins en moins leur métier, qui consiste à informer, voire à dénoncer les crimes contre les populations (fraudes électorales - voir ce qui se passe au Mexique ou au Congo-Kinshasa -, mise en place de marionnettes par les US au Moyen-Orient, etc.).

Écrit par : Jean-François Goulon | 09/09/2006

Putainnnnnn !! Tu fais dans la politique maintenant, .l’autre jour je rencontre une amie qui me parle de blog et qui me donne ton point de rencontre sur la feuille web…
Mais la tu méplates, camarade !! j’respect le choix mais enfin la politique ça fait pas bander les muscle neurales., tu pourrais au hasard d’un discours anti ou pour, nous glissé quelques mots bien écrit sur tes films ou tes prochains creations…

Écrit par : silence on tourne | 09/09/2006

Doit y avoir confusion, tu me confonds peut-être avec Yvan Attal (que j'apprécie beaucoup d'ailleurs)?

Écrit par : sylvain Attal | 11/09/2006

1) Je conteste l'interprétation des propos de Bayrou: il ne dot pas seulement que la presse est à la botte de Sarkozy, mais qu'elle est à la botte de gros industriels qui sont ses propriétaires et dont l'intérêt est que les Français votent pour l'un de leurs obligés, contrats de marchés publics à la clé;
que ces propriétaires ont choisi de favoriser Sarkozy et Royal pour que, quel que soit l'élu, il leur soit redevable de toute façon; par conséquent qu'ils nous imposent de choisir entre Sarkozy et Royal, leurs deux choix.
Oublier de parler des propriétaires de la presse, décideurs réels, pour faire comme si les journalistes choisissaient Sarkozy, c'est travestir le propos pour blanchir Royal d'une part, faire oublier aux lecteurs d'une presse qu'il y a quelqu'un derrière le journaliste et même le rédacteur en chef.

2) L'attaque contre les blogueurs est totalement injustifiée, et c'était déjà le cas de l'attaque de Schneidermann à laquelle vous faites allusion et qui n'est certainement pas parole d'évangile. Pour des raisons simples:
- Il est faux que les blogueurs invités aient fait preuve de connivence dans cette fameuse rencontre off; ce que Schneidermann leur reproche, c'est d'avoir accepté la demande de Sarkozy de ne pas filmer et, pour l'un d'eux qui l'a fait quand même, de ne pas diffuser le film; pour filmer, il fallait déjà avoir de quoi filmer, il fallait en avoir envie (car les blogueurs n'ont pas non plus à faire ce dont ils n'ont pas envie, n'étant justement pas des journalistes); enfin, c'est justement des blogueurs et non des journalistes présents qu'on apprend ne serait-ce que l'existence de ce genre de réunion; et j'ajouterai encore que le fait de voir des amateurs non avertis du risque que représente la connivence se laisser prendre la première fois n'est certainement pas révélateur de ce qu'ils sont.
- Certains n'y étaient pas ou en sont partis par refus de la connivence; vous ne le dites même pas; les avez-vous lus?
- L'UMP a choisi de n'inviter que certains types de blogueurs, et en particulier quasi pas de commentateurs politiques sur place, comme le remarque versac dans son billet; quasi que des sympathisants également, quoique se présentant comme apolitiques; c'est le reflet exact de ce qu'on souhaitait pour une université dont l'essentiel était d'ailleurs les paillettes: pourquoi reprocher à ces blogueurs, dont le blog n'a en rien une ligne éditoriale de journalisme politique à peu d'exceptions près, de suivre leur ligne éditoriale et non celle que vous souhaiteriez ou que Daniel Schneidermann souhaitait ?
- L'attitude de ceux qui n'étaient pas des sympathisants apolitiques est bien plus intéressante d'ailleurs. Vous parlez de connivence sans dire que votre réflexion et celle de Daniel Schneidermann ne porte que sur une réunion, mais avez-vous lu tout le reste, tout ce qu'ils ont produit sur d'autres cas et situations? Le reste prouve amplement qu'il n'y a pas connivence chez ces blogueurs-là.
- L'UDF a invité quasi exclusivement des blogueurs non sympathisants et ayant une ligne éditoriale bien plus intéressante, plus politique presque toujours; ces compte-rendus là ne sont pas complaisants et ne sont pas inintéressants politiquement; mais êtes-vous allé les lire, justement pour voir la différence? cela vous aurait permis de conclure qu'il n'y a pas connivence.

Bref, votre article est typique d'un fonctionnement en rumeur: on reprend cce qui est dit ailleurs sans vérifier et sans réfléchir. C'était déjà le cas de Scneidermann qui n'avait pas pris le temps de vérifier; sans doute l'envie d'attaquer les blogueurs était-elle plus importante pour lui que le prétexte conjoncturel. Cela prouve qu'on ne peut pas lui, ou vous, faire confiance, et dans ce cas-là on perd effectivement des lecteurs.

Écrit par : Cratyle | 14/09/2006

Les commentaires sont fermés.

 
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