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16/10/2009

Un quart d'heure avec Henry Kissinger

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Henry Kissinger, d'abord, je le voyais nettement plus grand. C'est vrai qu'à force de le présenter comme un géant je m'étais imaginé une stature. Or c'est un petit bonhomme ventripotent qui entre dans le salon du Ritz, palace où il a ses habitudes lorsqu'il passe par Paris. Oui, Kissinger ne se refuse rien, il a donné quelques conférences à un million de dollars et à l'occasion conseille encore nombre de puissants, y compris Obama. Kissinger a été secrétaire d'Etat de deux présidents américains républicains, Nixon et Ford. S'il n'était pas né en Allemagne et naturalisé américain avec ses parents-la famille avait fuit le nazisme après la nuit de cristal-, il aurait eu toutes ses chances d'être élu Président. Il a dû se contenter des affaires étrangères et du prix Nobel de Paix pour ses efforts de paix au Vietnam, ce qui n'est dejà pas si mal, comme disait Mitterrand à propos de Rocard.
Pourtant, évoquez cette rencontre, devant la plupart de vos collègues, on ne vous regardera pas avec envie mais plutôt comme si vous aviez rendez-vous avec Mephisto: On vous parle des bombardements au Cambodge contre le vietcong qui firent enormément de victimes civiles et bien sûr dans les années 70, l'opération Condor, dans laquelle Kissinger est soupçonné d'avoir trempé. Condor est cette opération secrète d'élimination d'opposants de gauche latino-américains dans les pays ou ils s'étaient réfugiés, y compris aux Etats Unis. Kissinger est obligé de limiter ses déplacements à l'étranger car plusieurs ONG essaient de l'envoyer devant la Cour Pénale internationale. Peu de chance qu'ils y arrivent mais dès fois qu'un petit juge ambitieux veuille se faire de la pub en l'envoyant au trou comme Polanski, je vous laisse imaginer...
Donc je rencontre cet homme, digne continuateur de Bismark dans la realpolitik moderne et oracle diplomatique. Je le trouve au Ritz en compagnie d'Hubert Vedrine qui faisait partie des rares personnes dans la confidence. Normal, Vedrine c'est un peu notre Kissinger à nous. Un pro. Pour lui aussi la diplomatie n'est affaire ni de droite ni de gauche, mais de réalités incontournables. Aucun principe aussi noble soit-il, (comme par exemple les droits de l'homme) ne sauraient s'y substituer. C'est ainsi que tout anti-communiste viscéral qu'il soit Kissinger devint un symbole de la détente et de la fameuse méthode des "petits pas" ou "shuttle diplomatie" qui fit beaucoup d'émules avec les progrès de l'aviation. Car Kissinger est tout sauf un néo-con. Il parle beaucoup par "understatement", par litote. Mais tâchons de résumer sa pensée:
Il pense qu'il faut parler avec tout le monde et approuve par exemple la main tendue d'Obama aux iraniens. Ce qui le chagrine ce n'est pas la carotte, mais qu'on ne voit pas le bâton. Autrement dit que les Américains ne paraissent pas crédible dans leurs menaces de rétorsion au cas où les négociations avec Téhéran sur le nucléaire échouaient. Préoccupation qu'il résume ainsi: "Il ne faut jamais que votre interlocuteur sente que vous êtes disposé à accepter finalement ce que vous qualifiez dès le départ d'inacceptable". Et prend ça M. le prix Nobel à crédit!
Deuxième question: l'Afghanistan est-elle un nouveau Vietnam? Peut-être bien puisque Kissinger pense que:
1-Obama n'a pas d'autre choix que d'écouter le commandant qu'il a lui-même nommé sur place, le général Mc Chrystal, et d'envoyer des renforts importants, à defaut de quoi les talibans interpreteraient cette irrésolution comme un signe de faiblesse, et même de défaitisme.
2- Que la victoire militaire n'est rien sans l'appui de l'opinion publique. Au Vietnam nous avions presque gagné, dit-il, mais l'opinion ne soutenaient plus l'effort réclamé. Le Watergate a fini de tout ficher par terre et a précipité la débacle. Cette fois-ci les alliés des Américains ne se bousculent pas non plus pour les appuyer militairement (Sarkozy vient d'annoncer qu'il n'y aurait pas un soldat français de plus)
Conclusion: Obama a toutes les chances de se planter.
Mais Kissinger, c'est aussi un grand conteur. Allez tonton Henry (86 ans) une anecdote pour finir sur la fin du mur de Berlin, il y a 20 ans déjà: "J'étais en Chine, ou je m'entretenais avec Deng Xiaoping. Tout semblait calme, mais Deng m'explique que le bloc communiste en Europe de l'Est est condamné parce que Gorbatchev a fait la glasnost (ouverture démocratique) avant la perestroïka (modernisation économique et sociale), et que les Chinois ne feront jamais la même erreur. Là dessus je m'envole pour Hawaï, ou j'attéris quelques heures plus tard. Et j'apprends que le mur n'existe plus!" Il faut toujours faire très attention à ce que disent les Chinois.

12/10/2009

Neuilly son père

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Voici donc le petit Jean Sarkozy, 23 ans,  promis à la présidence de l'EPAD, Etablissement Public d'Aménagement de la Défense, premier quartier d'affaire d'Europe et gigantesque pompe à fric, s'il en est. Lorsque la plupart de ses congénères en appellent à leur parentèle pour les aider à trouver un premier stage en entreprise, l'élu du canton de Neuilly-sur-seine-sud, lui, va se trouver propulsé au sommet du World Trade Center français. CDI, limite d'âge 65 ans, ce qui lui permet de voir venir. Pistonné? Vous rigolez s'écrie Xavier Bertrand, Il s'est toujours fait tout seul, Jean...plus jeune conseiller général de France grâce au seul suffrage des Neuilléens. C'est vrai que personne n'est obligé de voter Sarkozy, même à Neuilly. Puis, au moment de choisir un président de groupe ump au conseil du département le plus riche de France, là encore ça n'a pas fait un pli. C'était tellement évident que tous les vieux briscards du 9-2, connus pour leur sens du sacrifice, se sont spontanément désistés en faveur de leur benjamin. Faudrait vraiment avoir mauvais esprit pour penser que son père y est pour quoi que ce soit! Pour l'Epad, c'est pareil: Dans les Hauts de Seine, tout le monde vous le dira: Jean, il est encore plus doué que son père au même âge, et- ajoutent certains malicieusement- avec 20 cm de plus. (Nicolas, lui, avait du attendre 27 ans pour s'emparer de la mairie de Neuilly, le nul!) . Faudrait être con pour se passer d'un Sarko comme ça sans même réfléchir.
Evidement cette carrière éclair qu'il ne doit qu'à son mérite, ça n'a pas manqué de faire des jaloux. On est en France. La gauche raille son "incompétence". Le Parisien s'est même cru autorisé à rappelé qu'il n'avait obtenu que 12,5/20 aux examens de première année de droit, mention passable, avant d'interrompre provisoirement ses études...pour cause d'entrée précoce en politique. Entrée brillante, aux municipales de Neuilly, dont se souvient parfaitement David Martinon. Il lui doit son poste de consul de France à Los Angeles, ou il monte des concerts de rock, de quoi se plaint-il? C'est qu'avant de trouver sa voie, Jean Sarkozy s'est beaucoup cherché, il ne voulait surtout rien devoir à ses parents, ce qui a sans doute un peu retardé son cursus universitaire. Lorsque Villepin croyait tenir les Nagy Bosca pour de supposés comptes Clearstream, petit Jean pensait  faire carrière sur les planches. Le metteur en scène Philippe Hersant qui le choisit pour un rôle dans la pièce "Oscar" affirme l'avoir fait à l'aveugle. Le jeune homme s'était presenté à une audition sous le nom de sa mère, Marie Culiolli. Il lui avait trouvé, dit-il, "un charisme énorme, une très bonne diction, et le sens de l'improvisation". Toutes choses qui, même si elles ne sont pas enseignées à Science po, font merveille en politique. Jean ne tardera pas à s'en rendre compte, déclinera finalement le rôle et se lançera dans la carrière à Neuilly sur Seine. Mais cette fois, bien sûr en se présentant sous le pseudonyme de son père. Pas folle la guèpe.
Face au procès de "nepotisme" instruit par les bien pensants, Jean Sarkozy reste de marbre, droit dans ses bottes. Pour bien montrer qu'il ne s'attend pas à hériter de l'Elysée pour son trentième anniversaire, il a courageusement repris ses études à la Sorbonne, malgré un emploi du temps bien rempli. Comme l'a magnifiquement expliqué son amie Isabelle Balkany, si un jour il veut faire autre chose que de la politique(!), il faut qu'il ait un bagage universitaire. Le jeune président du groupe ump des Hauts de Seine a donc passé ses partiels de fevrier. Avec ses nouvelles responsabilités, trouvera-t-il encore le temps de continuer à bucher jusqu'au CAPA? Il serait  le premier étudiant-Pdg de France. Classe non?

22/06/2009

Ce que nous enseigne le printemps de Téhéran

Depuis le début des évènements de nombreux journalistes ne savent pas comment réagir face au phénomène Twitter. Cela peut se comprendre car la profession dans son ensemble traverse une crise sans précédent. Crise économique avec les menaces de disparition de la presse écrite, crise morale aussi et surtout. Jusqu'ici on nous a appris qu'un journaliste "digne de ce nom" (j'emploie ici volontairement des guillemets car cette formulation figure dans la charte des journalistes), qu'il devait opérer à visage découvert, maintenir distance et neutralité par rapport aux parties prenantes à un conflit (qu'il s'agisse d'une grève, d'une manifestation ou d'une guerre), et enfin à ne relayer que des informations recoupées, et/ou provenant de "sources indépendantes". Donc, face à twitter, beaucoup de journalistes tordent le nez. La raison principale est existentielle: Comme le prouve la couverture des évènements en Iran, ils (même la télévision) sont battus à plate-couture par les blogueurs. Cela vaut sur la rapidité, et même dans une large mesure sur l'exactitude des faits rapportés. Il est vrai que beaucoup d'informations fantaisistes, beaucoup de "hoax" sont diffusés sur Twitter. Pourtant, depuis le début des manifestations, je m'informe de manière quasi compulsive sur Twitter et je suis de plus en plus navré lorsque je branche une radio ou une télé: formulations vagues, abus de conditionnels, quand ce n'est pas tout simplement aveu d'échec et d'impuissance. A France 24, comme ailleurs, j'en suis sûr, nous faisons de notre mieux pour relayer les infos du net, mais nous sommes encore un peu maladroits et réticents devant ce que certains vivent comme une dépossession. Or nous ne devrions pas avoir peur.
Les envoyés spéciaux sont, on l'a dit, empêchés de faire leur travail, menacés et priés de dégager à l'expiration de leur visa. Mais pour les confrères iraniens, c'est encore pire, beaucoup ont été arrêtés, et ont disparu. Demain qu'apprendront nous sur leur sort? Dans ces conditions, notre travail consiste à collecter le plus de témoignages possibles provenant d'acteurs du soulèvement populaire. N'est-ce pas ce que l'on fait, déjà, lorsque , par exemple, on interroge un manifestant par téléphone? Bien sûr le risque de manipulation ou simplement d'erreur existe, mais ce risque n'est-il pas inhérent à l'exercice de ce métier? Avec le temps on apprend à le déjouer, mais qui peut affirmer qu'il ne commettra pas d'erreur, ne sera jamais abusé? Commettre des erreurs n'est pas grave, ce qui l'est c'est de ne pas le reconnaitre, de ne pas rectifier, corriger quand et si on s'en aperçoit. Ce métier est inconcevable sans prendre ce genre de risque qui n'est pas mortel et sans commune mesure, soit dit en passant, avec ceux que prennent les journalistes qui bravent les interdictions pour se méler aux cortèges. Or, depuis que j'utilise Twitter pour rester informer en temps réel et parce que je ne trouve plus mon compte sur les télés et les radios, je suis frappé de voir à quelle vitesse on apprend à éviter certains pièges, à faire le tri entre les sources dont le serieux (ou le manque de sérieux) apparait rapidement. De plus le système du RT (ou retwitt) permet de donner une information en la sourçant, ce que beaucoup de journalistes des medias traditionnels oublient de faire depuis bien longtemps!
Pourtant, lorsque- de plus en plus souvent- ceux-ci reprennent des infos du net, ils prennent de telles précautions que cela en devient presque risible.Pourtant, ces derniers jours ils ont du se résoudre à le faire putôt que de se trouver dans la situation de n'avoir rien à dire, ou de n'annoncer que des infos qui sont sur Twitter depuis 24 heures! Personellement, lors de la première manifestation violente de la semaine dernière, alors que les sources "officielles" parlaient d'un mort, j'ai dit à l'antenne que certaines sources sur twitter avançaient 7 morts. J'ai pris le risque d'être démenti, mais le lendemain matin j'ai constaté avec plaisir que ma radio préférée reprenait ce chiffre sur son antenne! Grâce à Twitter France 24 avait plusieurs heures d'avance! Quand à l'exactitude, je crains malheureusement que nous ayons été encore en dessous de la réalité.
Utiliser Twitter demande un apprentissage (ça va très vite encore une fois!), mais comme on apprend à lire une dépêche d'agence, un article de journal, à hierarchiser la fiabilité des sources d'information. Je ne peux m'empêcher de me demander ce que cache la frilosité d'un certain nombre de confrères (pas tous fort heureusement): paresse? conservatisme? manque de formation aux nouvelles technologies? Il y a sans doute un peu de tout cela. Mais je crois que beaucoup sont en réalité complètement déboussolés. En fait, ils se rendent compte que notre métier est en train de changer rapidement et il ne savent pas si c'est en mieux. Or je pense que l'on a besoin d'eux, de leur formation initiale et leur "professionalisme" pour que cela n'aille pas n'importe où. A condition qu'ils admettent deux principes nouveaux:
1: Informer exige de travailler en réseau. Il n'y a plus de magistère de l'information (la dépèche, le 20 heures, le "grand" journaliste qui sait etc.). Même sur le terrain, au coeur de l'évènement l'envoyé spécial aguerri peut commettre des erreurs voir des fautes. L'histoire récente est pleine d'exemple de ce genre. Publier une info necessite de plus en plus de la soumettre au savoir des autres (et pas simplement à leur jugement). Ce travail de coopération permet justement de corriger certaines erreurs, de confirmer certains choix etc. Croire aux sources "indépendantes" et donc supposées "infaillibles" est une illusion. Ça l'a toujours été. On l'admet pour les sources gouvernementales, mais c'est aussi vrai pour les sources non-gouvernementales. Tout le monde a son prisme, ses préjugés. Il ne s'agit pas toujours de tromper volontairement l'opinion. Le travail en réseau améliore la fiabilité des circuits d'information. Je me souviens d'une époque où l'on croyait encore qu'une information publiée par Le Monde était en béton. Aujourd'hui il n'y a pas moins, mais pas plus d'erreur sur Twitter que dans n'importe quel journal, ou sur n'importe quelle antenne.
2: Plus fondamentale encore: Informer ne peut se faire sans s'autoriser à laisser libre cours à une certaine empathie. Je dis "laisser libre cours", car je sais que le journaliste ressent ce besoin d'empathie. Sinon c'est une brute cynique. Mais au moment de prendre la plume ou de passer à l'antenne, il se croit obligé de le réprimer. Croire que cette empathie obscurcit le jugement est une erreur profonde. Déjà, devant les tentatives de génocide en Bosnie les plus grands reporters se sont rendu compte qu'il était non seulement illusoire mais criminel de maintenir la balance entre les victimes et les bourreaux. L'idée même d'objectivité est une illusion et l'acharnement de certains à maintenir une égale distance émotionelle entre les protagonistes d'un conflit est au moins chimerique, ou pire dangereuse. Je constate que beaucoup de reporters avouent facilement qu'ils ne parviennent pas, ou plus, dans certaines situations à retenir cette empathie spontanée et naturelle qui est intrinsèque sur Twitter. La communauté Twitter soutien les manifestants en Iran, comme 90% des journalistes (au moins!) en leur fort interieur. Il ne s'agit pas de désinformer, de distordre les faits, encore moins de se transformer en agent de propagande, mais seulement d'admettre enfin que le métier de journaliste n'est pas scientifique. Ou alors que c'est une science humaine!

22/05/2009

De la race en Israël (et de la démocratie aussi)

Déjeuner sur l'herbe, et sous les palmiers, à l'université de Tel Aviv, en marge du colloque "Géopolitique d'Israël". Le directeur du département des études moyen-orientales, Uzi Rabi, parfaitement arabophone (ses parents sont des juifs irakiens), s'inquiète de l'indifférence des jeunes israéliens envers la langue et la culture arabes. Il estime qu'un enseignement de base de ces matières devrait être obligatoire dès l'école primaire. Israël est bien un pays du Moyen-Orient et qui se pense et vit ainsi. Il est étrange, en effet, qu'il n'y ait pas davantage de curiosité pour la culture et la façon de penser de "l'autre". Ne serait-ce que, pour ceux qui détestent les Arabes, afin de mieux comprendre "l'ennemi". Notre ami Uzi s'en navre, mais sa propre fille lui a récement témoigné son dégoût- très trivialement, c'est une ado- lorsqu'il a tenté de la convaincre qu'elle tirerait profit à apprendre la langue de ses grands-parents: "ihhh..."(en hébreu dans le texte).  A l'image de nombreux juifs ayant dû fuir les pays arabes, Israël fait un blocage sur une question pourtant essentielle pour son avenir. Il est permis d'y voir un signe de son manque de confiance dans la paix. Autrement, le pays préparerait les futures générations à vendre le high tech et l'agriculture israélienne dans les pays de la région. Je constate moi-même-et je le regrette- que mes parents, nés en Egypte, ne se sont jamais soucié de nous apprendre l'Arabe. C'était "leur" langue, quand ils ne voulaient pas que les enfants comprennent. Et puis à quoi bon? Puisque les Arabes ne voulaient plus des Juifs, fallait-il vraiment ennuyer les enfants avec ça? A l'inverse, un autre participant à ce même même déjeuner, note que les Palestiniens connaissent, eux, parfaitement les israéliens, leur culture et bien sûr leur langue. Incomparable avantage qui pourrait bien se transformer, un jour, en supériorité.
En ce moment les Israéliens, comme toujours, ont plusieurs sources d'inquiétudes. La principale, c'est bien sûr la bombe iranienne. Netanyahou a évoqué la menace d'un "nouvel holocauste", alimentant la psychose déclenchée par Ahmadinejad. Même ceux qui n'y croient pas vraiment, comme Uzi-spécialiste des mondes arabe et perse-, se disent qu'il ne faut peut-être pas prendre le moindre risque. Il espère qu'une guerre peut encore être évitée, qu'on en restera à un affrontement rhétorique. Juste après- et bien avant le conflit avec les palestiniens- l'inquiétude des juifs israéliens porte sur la loyauté de leurs "concitoyens" arabes( 20% environ de la population). Durant la campagne électorale, Lieberman a soufflé sur les braises en incriminant leur manque de loyauté. Il faut dire qu'il pouvait s'appuyer sur des déclarations indendiaires et irresponsables de certains députés arabes, ouvertement pro-Hezbollah. La situation des Arabes israéliens a toujours été très difficile, même si leur niveau de vie est incomparablement plus élevé que dans n'importe quel autre pays de la région, s'il y a des programmes de bourses pour favoriser l' accès de leurs enfants à l'université. Incontestablement, la nouvelle génération se sent de plus en plus "palestinienne". Concitoyens, mais nullement compatriotes: Le drapeau, l'armée, les fêtes, ils ne se sentent concernés par rien de celà. Un jour ou l'autre la question de leur loyauté devait bien finir par être posée. Le fallait-il pour autant? Fallait-il, comme l'a fait Lieberman entailler dans le politiquement correct? Je crois que c'était une grave erreur, car celà ne fait qu'alimenter le racisme.
Oui, bien sûr, il y a du racisme en Israël, de plus en plus même. Il y en a encore entre ashkenazes et sépharades, mais surtout, évidement, entre Juifs et Arabes. Dans les deux sens d'ailleurs, mais les Arabes étant minoritaires, ce sont eux qui en souffrent le plus. Exemple? Ma cousine Smadar qui a créé une société d'évènements a du se battre pour employer Bassam, son électricien arabe de Yafo (Jaffa). Quand elle prononce son nom, ses clients tordent le nez, s'étonnent ouvertement même. Elle s'en fout, elle impose. Il n'y a pas d'autre chose à faire. Dans Haaretz, un sondage inquiétant montre que près d'un Arabe citoyen israélien sur deux nie la Shoah. L'article explique que cette position ne doit toutefois pas être prise au pied de la lettre. Pour beaucoup de personnes interrogées, admettre cet évènement, c'est légitimer l'existence même de l'Etat Juif qui, à leurs yeux n'a été créé que pour réparer la faute et racheter la mauvaise conscience des Européens qui ont laissé les Juifs se faire massacrer. Les Arabes ne veulent pas vivre dans un "Etat Juif", même démocratique. Car pour eux, il ne sera jamais assez démocratique et toujours trop "Juif", c'est l'évidence. C'est pourquoi cette question de la loyauté n'aurait jamais du devenir un enjeu politique, et pourquoi Lieberman est un dangereux apprenti sorcier.
Mais attention, ne déduisez pas de ce qui précède  qu'Israël est, comme le clame le président iranien, un  "pays raciste". Israël est une véritable société multiraciale, ou paradoxalement le poids des Juifs diminue, au profit d'une nouvelle catégorie d'Israéliens dont la religion n'est plus qu'un élément secondaire de l'identité. Je m'explique: On croise maintenant les premiers Israéliens "sabra" d'origine philippine ou thaïlandaise. Parfois issus de mariages mixtes, ils sont en âge de servir dans l'armée. Ils ajoutent une note orientale dans cet extraordinaire melting pot. Mais les guerres, les intifadas et le terrorisme ont bien sûr alimenté les préjugés à l'encontre des Arabes. C'est pourquoi les Russes,  ou les asiatiques que les Israéliens ont fait venir pour remplacer la main d'oeuvre palestinienne sont beaucoup mieux acceptés et insérés, alors que bien souvent ils ne sont pas même Juifs. En revanche, les Ethiopiens, bien que souvent des Juifs très pieux, font toujours l'objet de discriminations révoltantes. En plus, ils ne se plaignent même pas. L'élection d'Obama fera peut-être qu'on commencera à les voir autrement que comme des noirs, mais je n'y crois pas. C'est le paradoxe: Israël, Etat Juif commence à ressembler pour le meilleur et pour le pire à un Etat comme un autre, "post-sioniste", d'une certaine façon. Certains Juifs y sont davantage victimes de racisme et de discriminations que d'autres citoyens "blancs", mais dont la judéité peut-être discutée.
Revenons aux Arabes. Il y a des choses dont on ne parle pas. Par exemple du fait que des familles de la classe moyenne commencent à acheter des appartements dans des quartiers de Jérusalem Ouest. Parce qu'ils en ont les moyens et qu'ils sont plus confortables. Un haut responsable au sein du gouvernement m'a aussi assuré que certains Arabes de Jérusalem Est s'étaient installés récement à Maale Adoumim, cette "colonie" située de l'autre côté de la ligne verte, mais du "bon" coté du mur, dans laquelle l'Etat continue de construire à grande vitesse des logements dans le but de créer une situation irreversible rendant impossible un partage de Jérusalem. Il y a quelques années, il ne serait même pas venu à l'idée d'un père de famille arabe de venir habiter dans un quartier juif. Faut-il y voir un bon signe, celui d'une coexistence enfin assumée, recherchée même? Ou bien, au contraire, la mise en oeuvre d'une stratégie subreptice d'étouffement par utilisation de la "bombe D" (Démographie).
Les vrais sionistes (paradoxalement de gauche, le plus souvent ) n'utilisent plus le terme de "coexistence". C'était leur rêve. Désormais ils laissent ce terme à la droite (qui ne se rend pas compte à quel point le retardement de la création d'Etat palestinien menace l'Etat Juif et prépare le futur d'un Etat "bi-national"). La gauche préfère parler de "divorce". Seul un divorce permettra en effet de préserver le rêve sioniste de l'autodetermination des Juifs dans une Nation ou ils sont majoritaires et souverains. Cela n'a rien à voir avec du racisme. Car seul ce divorce permettra aussi que la minorité arabe israélienne soit respectée dans ses droits, et le soit encore mieux. Sa situation n'est pas idéale, mais au moins est-il resté des Arabes dans l'Etat Juif, alors que les Juifs, eux, ont disparu dans les pays Arabes. Différence de taille,'est-ce-pas? Non seulement ils sont demeurés, mais, malgré les discriminations, ils jouissent de tous les droits politiques et disposent de députés à la Knesseth, ces fameux boutefeux qui fricotent avec l'ennemi. Mais il y a mieux encore: le président du tribunal devant lequel comparait en ce moment l'ancien chef de l'Etat Moshé Katsav pour harcèlement sexuel et viol, George Kara, est un Arabe chrétien. Un homme très réputé pour sa droiture et son courage: il a dejà affronté les principaux responsables de la mafia israélienne. Vous connaissez beaucoup d'autres pays, supposés "racistes", qui auraient laissé juger un de leurs anciens Président par un magistrat arabe? Les défenseurs de Katsav eux même ne s'en sont pas ému, ni alarmé: ils ont seulement protesté et cherché à récuser le tribunal parce que les deux assesseurs de Kara sont... des femmes! Toujours des préjugés...

21/04/2009

Naufrage de l'antiracisme

La presse, les diplomates et responsables politiques, ceux qui sont censés "faire" l'opinion sont tombés les deux pieds devant dans un piège subtil tendu par Mahmoud Ahmadinejad. Leur indignation a l'air d'avoir été écrite d'avance, tant ils s'attendaient à un dérapage annoncé et d'ailleurs fort prévisible de la part d'un homme qui a déjà eu maintes occasions de dire que l'extermination des juifs d'Europe était à ses yeux "un mythe" et qu'Israël devait être rayé de la carte. L'outrance du propos permet aujourd'hui à nombre d'Israéliens de comparer le président iranien à "un nouvel Hitler", ce qui est à peu près aussi aberrant, et a surtout le regrettable effet collateral de banaliser la barbarie nazie. Or hier, à la tribune de l'ONU, le président iranien a démontré qu'il était le digne héritier d'une diplomatie persane réputée pour sa sophistication et, surtout qu'il ne fallait pas le sous-estimer.

Il a bien sûr tenu des propos choquants et déplacés, mais de façon plutôt moins virulente qu'en d'autres occasions, comme s'il cherchait, sans rien abandonner de ses positions sur Israël, à ne pas se caricaturer à quelques semaines des élections et alors qu'Obama lui propose de reprendre le dialogue.

Qu'a-t-il dit, en effet? Rien de bien nouveau chez lui, à savoir qu'Israël est un Etat illégitime et raciste, créé par l'occident en prenant prétexte de la "souffrance juive" durant la seconde guerre mondiale et qui a dépossédé les palestiniens de leur terre. Bref, il a repris à son compte une opinion fort répandue dans le monde arabe, celle du refus d'Israël, Etat Juif, "cancer" dans la région. On peut noter qu'il s'est abstenu de tout propos negationniste, s'en tenant à un vague concept de "souffrance juive". Pour le reste, il a repris à son compte les conclusions de Durban I qui faisaient d'Israël le pays raciste par excellence. On ne voit pas ou est la "rare violence" qu'a cru déceler Libération, ou le "discours de haine" qu'a cru entendre un Nicolas Sarkozy dont l'indignation parait très affectée. Par la suite, lors de sa conférence de presse, le président iranien a eu beau jeu de reprocher aux occidentaux-et davantage encore aux manifestants hostiles- de ne pas respecter sa liberté d'expression, et de ne pas vouloir écouter des opinions différentes des leurs. Il s'est ensuite livré à une critique assez démagogique de l'ONU, dénonçant le privilège du véto que s'arrogent 5  puissances depuis 1945 et en défendant le principe "démocratique intégral" de coexistence entre les nations, que l'on peut résumer ainsi: un pays, une voix. Ahmadinejad, avocat de la liberté d'expression et de la démocratie, avouez qu'il y a là une extraordinaire pirouette: les vraies démocraties, qu'elles aient boycotté la conférence ou aient quitté la salle, étaient désignées au reste du monde comme intolérantes, irrespectueuses, hypocrites, soucieuses de sauvegarder leurs privilèges et incapables de supporter la critique d'Israël. Tout cela devant toutes les télévisions par satellites, occidentales, russes, chinoises et bien sûr arabes. Un coup médiatique planétaire, un Hold up complet sur la conférence anti-raciste. Voici ce dont révait Ahmadinedjad.

Ceci pouvait-il être évité? Peut-être pas. Nous avons, nous les démocraties (qui ne sont pas toutes occidentales) un réel problème face à ce rapt des valeurs des droits de l'homme par des pays qui passent leur temps à les piétiner. Comme le rappelle le rapport d'information que vient de remettre Robert Badinter à la commission des affaires européennes du Sénat,les démocraties sont systématiquement mises en minorité sur ces questions dans tous les forum internationaux. Nous sommes pris à notre propre jeu: débattre et accepter ce principe "un pays, une voix", c'est irrémédiablement nous condamner à renoncer à nos principes: par exemple, accepter la non-diffamation des religions comme un droit de l'homme, en exclure le respect des homosexuels et de toutes les préferences sexuelles, admettre que les femmes n'ont pas toujours les mêmes droits que les hommes, que, s'agissant de l'esclavage, seule la traite atlantique fut un crime contre l'humanité, et, last but not least qu'Israël est un Etat illégitime et raciste. Mais la politique de la chaise vide a aussi des inconvénients, car elle laisse des tribunes à des histrions du type Ahmadinedjad, et l'on peut comprendre que des pays comme la France ou la Grande Bretagne aient voulu malgré tout occuper le terrain. Mais alors, pourquoi laisser cette tribune au seul president iranien (avec-excusez du peu- les présidents togolais ou macédoniens?) Tant qu'à participer, n'aurait-il pas mieux valu qu'un Barack Obama, ou un Nicolas Sarkozy lui répondent et profitent de cette exposition médiatique pour plaider en faveur de leurs propres conceptions des droits de l'homme et de l'anti-racisme? Peut-être ont-il voulu éviter un affrontement alors que l'un comme l'autre ont besoin de se ménager Téhéran. Sans doute aussi n'ont-ils pas voulu donner trop d'importance à Durban II. C'est ignorer qu'aujourd'hui ces considérations diplomatiques ne pèsent pas lourd à côté de la médiatisation mondiale de ce sommet. Da'ailleurs, l'adoption, à la sauvette,et avec trois jours d'avance, du communiqué final-long catalogue de bonnes intentions sans couleur et sans saveur que personne ne lira- ne fait que renforcer l'impression première: l'évènement Durban II a tourné à la seule promotion des thèses iraniennes.

Il est peut-être temps que les démocraties fassent enfin ce qu'elles ont été incapables de faire jusqu'ici: Adopter une attitude commune de boycott de toutes les initiatives futures d'un conseil des droits de l'homme devenu le jouet des dictatures.

17/03/2009

Colonna toujours

Je n'aime pas les comparaisons, et pourtant, un peu malgré moi, certaines images désagréables défilent en boucle: Les "sections spéciales" de Vichy administrant une justice politique...Ses verdicts au mètre. Le président de la cour d'assises jugeant Alfred Dreyfus hurlant à son avocat que "la question ne sera pas posée!", puisqu'elle n'offrait aucune réponse qui convenait à l'accusation et soulignait , au contraire, la légèreté de celle-ci. Ce procès Colonna m'obsède de plus en plus. Pas de reconstitution, pas de supplément d'enquête. La cour d'assises spéciale s'obstine. On sent en effet que le prévenu est condamné d'avance. J'ai même lu dans un compte rendu d'audience (je ne sais si ce détail ahurissant est vrai, ou s'il s'agit d'une coquille) que le président de la cour se serait laissé aller en lançant à Colonna que rien dans le dossier ne prouvait qu'il était innocent...
Je n'ai pas à me prononcer sur le fond de cette affaire, ni à faire part d'une "intime conviction". Je me souviens seulement avoir été bouleversé et révolté par l'assassinat du préfet Erignac, ému par la détresse de sa famille. Mais je sais seulement qu'au dessus de cela, il y a l'idée que je me fais de la justice et qui se résume simplement à ceci: je préfère un coupable en liberté qu'un innocent enfermé à vie.
Surtout, ce que j'ai le plus de mal à comprendre c'est que nous soyons si peu nombreux à nous alarmer de cette parodie de justice qui se déroule, là, sous nos yeux, non pas dans la Russie de Poutine mais dans la France de Sarkozy, et qui va -sauf coup de théâtre- se solder par la condamnation d'un homme à la réclusion perpetuelle. Il y a bien Apathie qui raconte ici , pour s'en indigner, le dernier épisode- hallucinant- de cette mascarade: la réapparition d'un témoin "clé" de l'accusation, subitement guéri d'une dépression, immédiatement après que la défense a annoncé son retrait du procès et ne peut donc plus l'interroger! Et que dire de la chancellerie et, encore plus étonnant de l'opposition, totalement muette et qui préfère concentrer ses tirs sur la réintégration du commandement de l'Otan qui alimente ses fantasmes d'alignement sur les Etats-Unis. Colonna sera donc vraisemblablement condamné, en vertu de la plus sombre raison d'Etat. Reste à espérer qu'il reste encore, à la cour de cassation, quelques magistrats qui disposent encore d'une conscience pour dénoncer ce déni de justice.

11/03/2009

Valse avec Béchir

 

Le journaliste vedette du New York Times Thomas Friedman, pense que, dans le monde arabe, si vous n'expliquez pas un évènement par la théorie du complot, inutile d'insister, personne ne vous croira! Cela se vérifie encore après le mandat d'arrêt lancé par la Cour Pénale Internationale contre le président Soudanais Al Béchir. Et les Arabes ne sont pas seuls à penser que l'occident néocolonialiste se cache derrière le faux nez de la justice internationale. L'Union Africaine-même le sénégalais Wade- s'inquiète, demande la suspension de la mesure, pense qu'on s'en prend toujours aux mêmes, c'est à dire aux Africains. Un comble, alors que les victimes des crimes du Darfour sont bien des Africains (noirs)! En résumé, tout se qui se veut islamiste, anticolonialiste ou marxiste (ou les trois en même temps, ça existe) sur le continent africain pense que la décision des juges est un coup des Américains, rappelle que cela fait des années que Bush veut la peau du leader soudanais, qu'il veut (comme en Irak) mettre la main sur le pétrole soudanais etc...Même un pays modéré comme l'Egypte que menace tous les jours le radicalisme musulman s'est dit "surpris et inquiet", simplement par solidarité arabe.
Que Bush ait quitté la Maison Blanche en janvier, que Washington ne soit pas même partie à la CPI (elle n'a jamais signé le traité de Rome qui l'a créée) ne change rien aux yeux de ces "conspirationnistes". Et même, se demandent-ils, Pourquoi ne pas envoyer l'Otan renverser et arrêter Al Béchir, comme avec Saddam en Irak?
La palme revient au président de l'assemble générale des nations unies, le Nicaraguyen Miguel D'Escoto Brockmann qui s'est déclaré "désolé" par la décision de la cour qui, selon lui, ferait mieux en s'attaquant aux vrais "puissants" qui se rendent coupables des "pires" atrocités commises en ce moment dans le monde. C'est à dire bie sûr aux Américains en Irak. Aux Arabes, aux Africains, il faut donc ajouter dans ce rejet des actes de la CPI les chavezistes sud-américains, qui pensent eux-aussi que l'empire du mal, c'est les Etats-Unis.
Il faut bien sûr leur rappeler quelques faits: D'abord, si Al Béchir est bien le premier chef d'Etat en exercice visé par la cour permanente, avant lui, Milosevic, un européen, l'avait été par le TPY. Ensuite, que c'est le conseil de sécurité qui a saisi le tribunal de la Haye, donc avec l'accord de la Russie et de la Chine qui sont des clients et des protecteurs du régime soudanais. Que Pékin et Moscou s'inquiètent aujourd'hui de ce mandat et demandent sa suspension relève de la pure hypocrisie.
La seule nouveauté dans ce mandat d'arrêt c'est qu'il entreprend un processus de Justice alors que les massacres continuent et que certains craignent que cela menace les efforts de paix. Mais la communauté a laissé à Béchir de nombreuses occasions d'y échapper, mais il a refusé toutes les concessions politiques, incrédule sans doute dans la determination de la CPI, ou pensant sans doute qu'elle n'était pas vraiment indépendante politiquement.
La Cour pénale internationale est une grande avancée pour l'humanité, mais elle vient de se fracasser sur la froide réalité qui gouverne aujourd'hui les relations internationales: le choc des civilisations. Le dénoncer ne sert à rien, on ne peut que le constater: L'idéal d'universalisme qui est à l'origine d'une institution comme la CPI, l'idée qu'au dessus de la realpolitik et de la raison d'Etat il puisse y avoir tout simplement une justice indépendante, laisse froid les trois quart de la planète, persuadée qu'il ne s'agit que d'une justice de puissants, d'une justice occidentale. On peut bien se dire pour se rassurer, qu'il ne s'agit que du sentiment des trois quarts des dirigeants, le plus souvent des dictateurs ou des populistes qui ont bien des choses à se reprocher, mais que, si vous demandez ce qu'en pense la femme qui vient d'être violée par un soldat, ou celle qui vient de voir son fils massacré sous ses yeux, il est fort probable que quelquesoit la couleur de sa peau, la langue qu'elle parle, elle vous dira que dans ce monde barbare, la seule chose qui puisse un tant soit peu la réconforter est de se dire qu'il n'y a plus d'impunité pour les auteurs de crimes de masse, fussent-ils des chefs d'Etats.
Il faut aussi reconnaitre que ce qui entretient ce procès à la mode de "deux poids, deux mesures", c'est que le conseil de sécurité de l'ONU, et en particulier ses membres permanents qui jouissent d'un droit de veto, ne traduit plus la diversité du monde. On peut espérer que, le jour ou un grand Etat musulman ou arabe (l'Indonésie ou l'Egypte), un pays d'Amérique latine (le Brésil ou le Mexique) et une grande démocratie d'Asie comme l'Inde se verront enfin ouvrir les porte de ce club fermé depuis 1945, son bras judicaire s'en trouvera légitimé.


 

16/02/2009

Procès Colonna: le malaise

Il est temps de confier le malaise de plus en plus grand que me procure le procès Colonna, maintenant en appel devant la cour d'appel spéciale de Paris.

Le meurtre du préfet Erignac est un des plus odieux que l'on puisse imaginer dans une démocratie. L'Etat défié est sommé de réagir. Au point de condamner à perpétuité un "coupable idéal"? Lors du procès en appel, l'accusation  est mise en capilotade, et la réaction de la cour d'assise spéciale permet de douter de son indépendance. L'actuelle Garde des sceaux elle-même ne vient-elle pas de déclarer devant des élèves magistrats que "l'indépendance n'es pas un dogme"?

Résumons les nombreuses étrangetés de ce dossier:
Dénoncé par des participants au commando comme étant le tueur, en cavale, Yvan Colonna est finalement arrêté dans des conditions curieuses qui évoquent une négociation. Le ministre de l'intérieur de l'époque, aujourd'hui Nicolas Sarkozy se félicite publiquement de l'arrestation de "l'assassin du préfet", au mépris de la présomption d'innocence la plus élémentaire. Un climat de plus en plus plombé pèse sur la cour d'assise spéciale de Paris qui débat de l'affaire en appel. On évoque une cause "sacrée". Craint-on que le chef de l'Etat ne perde la face en cas d'aquitement? Un ancien collaborateur du défunt préfet vient "soulager sa conscience", il redoute qu'un innocent soit condamné, révèle que deux membres du commando sont sans doute encore au large. Un expert balistique, à peine pris au sérieux par l'accusation, affirme que le tueur mesurait une quinzaine de centimètre de plus que Colonna. Le chroniqueur du figaro, Stéphane Durand-Souffland, vieux routier des prétoires, laisse transpirer son malaise et parle d'une athmosphère de "curée judiciaire".

Déjà certains contre-attaquent en affirmant que rien de tout cela ne prouve l'innocence de Colonna! Doit-on leur rappeler qu'en droit il ne s'agit pas de cela mais seulement de prouver la culpabilité d'un prévenu, au delà du doute raisonnable? Colonna s'est dit "condamné d'avance" et franchement on peut de moins en moins lui donner tort. Il ne faudrait pas qu'à un crime odieux, la justice de notre pays réponde par un procès politique expéditif.

11/02/2009

Lendemain d'élections

Comme vous pouvez le constater mes prévisions n'étaient pas trop mauvaises! En théorie, c'est à Livni d'essayer de former une coalition. Mais laquelle? Si elle veut rester fidèle à son programme elle devra reconnaitre que sa place est dans l'opposition. En effet, elle ne peut atteindre 60 sièges qu'avec le soutien de Lieberman et/ou du Shass qui sont farouchement opposés à toute concession sur les territoires et sur Jérusalem. Faire un gouvernement avec eux reste possible (on a déjà tout vu en Israël!), mais serait une trahison. Si elle l'avait souhaité Livni aurait du reste pu arriver à ce genre de gouvernement improbable sans aller aux élections. Elle a préféré la clarté, ce qui est à son honneur. Cela prendra du temps mais Peres, comme tout le monde, devra admettre que les israéliens se sont prononcés pour un gouvernement de droite. les scores du Likoud et d'Israël Beitenou sont particulièrement spéctaculaires dans le Nord et le sud du pays qui ont été touchés par les tirs de roquette du Hezbollah ou du Hamas. De ce point de vue on peut dire que ce sont ces deux mouvements qui ont une fois de plus fait l'éléction israélienne.
Reste une dernière possibilité qui aurait sa cohérence et pourrait permettre de négocier un accord avec les palestiniens: Un gouvernement Kadima-Likoud avec rotation du poste de premier ministre entre Netanyahou et Livni (Barak a l'air d'avoir compris que le parti travailliste ne peut se refaire une santé que dans l'opposition). Ce  serait un gouvernement assez homogène car il n'y a pas énormémément de différence entre les deux partis sur le fond,  mais je n'y crois pas beaucoup car Netanyahou a la possibilité d'être le seul patron en s'alliant avec Lieberman. C'est son seul objectif. Advienne que pourra.

10/02/2009

Jour d'élection en Israël

On peut toujours se tromper, et la prédiction, en matière de politique israélienne, est sacrément hasardeuse. Néanmoins, on peut risquer que le vainqueur des legislatives s'appellera Netanyahou. Même si dans la dernière ligne droite il ne parvenait pas à devancer Tsipi Livni et Kadima, il est fort probable que le Parti Travailliste sera si faible qu'il ne permettra pas au parti centriste de construire une coalition durable et surtout assez forte pour négocier la paix. Dans ces conditions Netanyhaou sera le maitre du jeu. Le moins mauvais scenario, et sans doute celui qu'il souhaite serait une "grande coalition" avec Kadima et les travaillistes. Immobilisme garanti mais ce serait quand même moins terrible qu'un gouvernement droite-extrême droite-religieux. Je pense que Netanyaou n'a aucune envie de s'associer au croquemitaine Lieberman. C'est un pragmatique.
Netanyahou ne veut pas de nouvelles évacuations de colonies et dans ces conditions il y a fort à parier que les négociations avaec les palestiniens n'avanceront pas d'un pouce sous son leadership, à moins d'une très forte et très improbable pression américaine. Mais en même temps regardez le bilan de Kadima: orpheline de son concepteur, Ariel Sharon, la coalition de centre gauche n'a tenu aucune de ses promesses et a fini par cette guerre stupide de Gaza: les roquettes continuent de tomber sur le sud d'Israël. Les israéliens sont persuadés qu'elle s'est arrêtée trop tôt et s'imaginent qu'avec le Likoud Israël serait allé jusqu'au bout. Mais quel bout? Face à cette ennemi là Israël n'avait qu'une solution rationnelle: négocier avec le Fatah pour l'éliminer. Mais où sont ces "douloureuses décisions" dont parlait Olmert? Résultat, zéro pointé. La gauche est démobilisée et La droite revient en Israël, et bientôt lorsque des élections auront lieu en Palestine, le Hamas gagnera à nouveau et encore plus nettement, car selon les sondages une forte majorité de palestiniens de cisjordannie estiment qu'il est le vainqueur de la guerre de Gaza. Ces élections pourraient avoir lieu si Israël échange la libération de Guilad Shalit contre celle des députés du Hamas à l'assemblée legislative palestinienne. Ceux-ci siègeraient à nouveau et constateraient que le mandat d'Abbas a échu  le 9 janvier. Le Hamas pourrait alors remporter aussi la présidence. Il n'y aurait alors vraiment plus de partenaire pour la paix. Beau travail.

 
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